Once d'or en euros (€) Crb Ix - Coût de l'alimentaire Vix (peur des marchés) Japon - Taux emprunt 10 ans USA - Taux emprunt 10 ans
Euro/Dollar Pétrole en euros Indice CAC 40 Italie - Taux emprunt 10 ans France - Taux emprunt 10 ans
Chargement de la barre de recherche Google...

20/05/2013

Europe: Vers la faillite et l'explosion de l'euro?

.
20/05/2013 - Le Luxembourg plus proche d'un scénario à la chypriote que ce que l'on imagine ?

Poussé à réformer son secteur bancaire sous la pression européenne, le Grand-Duché risque de perdre sa poule aux œufs d'or. Le pays est donc sur le fil du rasoir, et une vraie crise économique est envisageable.

Le Grand-Duché de Luxembourg, avec une population de seulement un demi-million d’habitants, plus petit même que Chypre, est classé dans le Top 3 mondial du classement du PIB par habitant.



Le pays a le plus haut niveau de patrimoine par ménage, avec 710 000 euros en moyenne. Seul Chypre, grâce à ses anciennes activités bancaires en off-shore, pouvait le talonner dans ce domaine. Cependant, le Luxembourg est aujourd’hui menacé par la ruine.

Le pays possède 141 compagnies bancaires sur son territoire, un banque pour 3808 habitants. La plupart ont une activité de banque privée. Le secteur bancaire a représenté 38% du PIB en 2010 et a contribué pour 30% des rentrées fiscales du pays, selon la Luxembourg Banker’s Association (ABBL). Et tout ceci grâce au secret bancaire et au régime fiscal appliqué dans ce secteur. Mais, soudainement, après que la Chypre eut été massacrée, le Luxembourg a commencé à céder.

Menacé par l’artillerie lourde de l’Allemagne, et la menace plus faible d’autres nations, orientées dans sa direction, le Luxembourg a accepté de participer à un accord international de partage automatique de données qui enverra les données bancaires de leurs clients étrangers à leur pays d’origine. Le Premier ministre Jean-Claude Juncker a déclaré, tout en restant sur la défensive, que la réforme du secret bancaire n’était pas un enjeu si important pour le pays, et que le Luxembourg ne vivait pas de l’évasion fiscale. "Les lumières ne vont pas s’éteindre pour les banques en 2015" a-t-il ajouté.

Durant toute la débâcle de la zone euro qu’il a présidé jusqu’en février dernier comme président de l’Eurogroupe, il a prouvé qu’il était d'un optimisme acharné.

"Nous nous attendons à ce que seulement 60 à 70 banques survivent les prochaines années" déclare Alain Steichen, un influent avocat fiscaliste, lors d’une conférence sur les conséquences du partage de données. Une déclaration fiable d’une personne qui prétend sur sa page de profil qu’il a "aidé Thomson dans sa fusion-acquisition de Reuters , notamment via la principale holding du groupe basée au Luxembourg." Il a également "assisté Chase Manhattan pour la fusion-acquisition de JP Morgan, pour former la principale société holding du Luxembourg." Et oui, les opportunités de business sont nombreuses au Luxembourg…

Combiner secret bancaire et société prête-nom est un cocktail particulièrement juteux. Tout une industrie s’est formé autour des banques sur ce seul créneau. Des sociétés de gestion, d’audit et de conseils juridiques mettent en place et gèrent ces sociétés écrans et ces "boîtes aux lettres". Le client et l’origine des fonds restent anonymes pour le monde extérieur. Un cadre idéal pour le blanchiment d’argent. Comme les banques font des affaires avec des sociétés "boîtes aux lettres" et non pas un étranger, et comme ceci est un pilier de la société luxembourgeoise, le système est imperméable au partage de données. Mais ces sociétés-écrans subissent maintenant des menaces, pas seulement de l’Europe mais aussi du Congrès américain.

"J’anticipe un changement considérable dans le paysage bancaire parce que de nombreux clients vont partir." explique Alain Steichen. "Des banques vont perdre leur masse critique, nécessaire à leur survie."

Les banques privées dont il parle gèrent 300 milliards d’euros de capitaux, génèrent 3,14 milliards d’euros de revenus et font rentrer dans les caisses 503 millions d’euros de taxes selon l’ABBL. Elles emploient 10 000 personnes directement ou indirectement. Sur tous ces capitaux, seuls 19% viennent du Luxembourg, tout le reste provient de l’étranger. La moitié de tout ceci risque de disparaître, et les survivants devront se battre pour perdurer.

"Une bonne partie des clients des banques luxembourgeoises cachent des fonds" note Steichen. "Ils n’auront pas d’autres choix que de clôturer leurs comptes au Luxembourg." Soit ils rapatrieront leurs fonds dans leur pays et paieront des taxes et des amendes, soit ils les transféreront vers Monaco, Singapour ou d’autres places bancaires opaques. En tout cas, leur pouvoir de générer au Luxembourg des emplois et des rentrées fiscales disparaîtra.

Ces capitaux cachés – on parle de "black money" – provenaient principalement de Russie, dans le cas de Chypre. L’Europe du Nord s’est révolté contre ce système qui permet d’occulter de tels montants de capitaux. Cette partie de l’Europe, France y compris, a poussé à la fermeture de ce système, et mis l’économie chypriote à genoux, en détruisant sa principale source de revenus. Encouragé par ce succès, l’Europe du Nord, qui inclut même aujourd’hui le Royaume-Uni, dégaine ses armes contre le Luxembourg.

Le Luxembourg est horrifié. Il y a trop de ressemblances avec la Chypre : les sociétés écrans, l’argent caché, un marché de l’immobilier florissant… L’austérité, et notamment l’envolée fiscale qui frise l’absurde en France, ont fait de l’évasion fiscale une cible de choix. Les gouvernements décident donc de frapper fort, non seulement contre leurs évadés fiscaux, mais aussi contre les pays dont l’économie consiste à les assister.

Avec 38% de son PIB dépendant du secteur financier, le Luxembourg ne peut pas se risquer à impulser lui-même une transition brutale vers un autre modèle, comme Chypre y a été forcé. Beaucoup de banques pourraient s’effondrer, cela causerait une dépression économique et ruinerait la bonne santé économique du pays. Le Luxembourg va plutôt coopérer, et impulser une transition graduelle, se disant que le bon temps est terminé, en sachant qu’au bout du chemin, il pourrait y avoir le scénario chypriote.

Atlantico





13/09/2012 - Jean Michel Quatrepoint - Vers la ruine des contribuables européens

21/02/2012 - Nicolas Doze - BFM Business - Le MES est un piège diabolique - "Certains y voient même un coup d'état"

02/12/2010 - Ce soir ou jamais - Les états doivent ils payer leurs dettes? avec les économistes Christian Chavagneux et Jacques Delpa "On a forcé les gens dans les années 30 à rembourser une dette en période de récession et de déflation...ca a ammené Hitler en Allemagne et ca a détruit les démocraties" - "Si 1 tiers de la dette n'est pas remboursée, ça ne met pas le monde à terre..." - "A part envoyer l'armée occuper la Grèce, je ne vois pas comment on fera pour qu'elle rembourse"


25/04/2013 - La BCE aurait-elle perdu le contrôle de la création monétaire en zone euro ?

Les banques européennes auraient trouvé le moyen d'obtenir des liquidités en faisant marcher la planche à billets sous l'oeil bienveillant des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne (BCE) selon Die Welt. 
 
Ce, grâce à des titres financiers opaques potentiellement surévalués déposés en garantie en échange des liquidités offertes par la BCE aux banques. Les banques françaises, plus grandes détentrices de ces titres dont personne ne connaît le prix de marché, pourraient notamment être à l'origine d'une bulle financière par ce mécanisme selon Die Welt. Explications

En stérilisant ses opérations visant à fournir le marché bancaire en liquidités en exigeant des garanties en échange, la Banque centrale européenne (BCE) disait vouloir éviter de faire marcher la planche à billets. Selon le quotidien allemand Die Welt, une faille juridique dans l'Eurosystème, et un peu de mauvaise volonté de la part des banques centrales nationales et du président de la BCE Mario Draghi, auraient pourtant permis la création d'une bulle financière et la perte de contrôle sur le mécanisme de création monétaire par l'institution de Francfort.

A l'origine, un marché dérégulé permettant aux banques de se refinancer

En ligne de mire du quotidien allemand, le marché STEP (Short-Term European Paper). Sous une convention adoptée par la Financial Market Association et la Fédération bancaire européenne (inquiétée dans l'affaire de manipulation de l'indice Euribor), il a atteint un volume de 445 milliards d'euros de titres à court terme détenus par des opérateurs européens en l'espace de quelques années.

Ce marché non réglementé, comme l'ensemble des marchés de titres à court terme, a "constitué une source de financement alternative pour les établissements de crédit et les entreprises durant la crise", commentait la Banque de France (BdF) dans une note datée de février dernier pour expliquer l'engouement soudain des banques françaises pour ces titres.

Des titres opaques éligibles comme garantie au refinancement des banques par la BCE...

Mais la raison pourrait être ailleurs. En effet, ces titres sont éligibles au refinancement de l'Eurosystème depuis avril 2007. En clair, depuis cette date, les banques détentrices de titres STEP peuvent les donner en garantie en échange de liquidités en provenance de la BCE. C'est aux banques centrales nationales d'évaluer l'éligibilité des titres émis et domiciliés dans leurs juridictions puis de déclarer ces informations à la BCE.

Et c'est là que le bât blesse. "Pour cela, la Banque de France s'appuie dans une large mesure sur le dépositaire central de titres national, Euroclear France," la branche française de Euroclear, explique la BdF. Et d'ajouter que "les informations sur les TCN (titres de créance négociables, catégorie à laquelle appartiennent les titres STEP, ndlr) fournies par Euroclear France comprennent plusieurs données statiques", dont la devise et la valeur nominale, mais "aucune information concernant le prix de marché de ces titres".

... qui échappent à tout contrôle a priori

"Dans la mesure où il s'agit de titres à court terme, les TCN ne sont pas référencés dans les bases de données de Bloomberg, Reuters ou Six Telekurs, seul Euroclear fournissant ces informations," explique la BdF. Pour définir le prix de marché de ces titres, la CEPH, la plateforme commune de valorisation du collatéral de politique monétaire chargée de les collecter habituellement au niveau européen pour la BCE, calcule un prix théorique.

Bref, aucun contrôle a priori de la valeur de marché de ces titres, que la BCE accepte comme garantie en échange de la fourniture de liquidités, n'est exercé. Car seuls les émetteurs et les détenteurs eux-mêmes la connaissent.

Des contrôles a posteriori ont toutefois lieu. Ainsi, selon Die Welt, la BCE a-t-elle relevé au niveau de la zone euro 113 cas "d'erreurs de transmission" en provenance de la BdF pour un montant total de 550 millions d'euros sur un total de 6,5 milliards d'euros de titres STEP déclarés. Les titres déclarés auraient été surévalués de 8,5%. Soit autant de liquidités potentielles en plus sans contrepartie réelle. La BCE précise toutefois que tous les certificats liés à ces titres STEP surévalués n'ont finalement pas été soumis. Il existe un garde-fou à cette mécanique opaque. En effet, les titres STEP émis par une banque ne peuvent "excéder 5% de la valeur totale du pool de garanties remises par une contrepartie auprès de l'Eurosystème," selon la Banque de France.

Les banques françaises championnes des titres STEP

Quoiqu'il en soit, la presse allemande voit dans l'appétit des banques françaises pour ces titres opaques un moyen de se fournir en liquidités en faisant marcher la planche à billets. Les Français seraient en effet particulièrement friands de ces titres. Ainsi les trois premières banques françaises capitaliseraient à elles seules plus des deux tiers des titres STEP avec un total de 190 milliards d'euros d'encours. BNP en serait le plus important détenteur avec 44,5 milliards d'euros d'obligations. Société Générale et Dexia en détiendraient pour 35 milliards d'euros chacune, Crédit Agricole 27 milliards d'euros, Crédit Mutuel 25 milliards et Natixis 21 milliards.

On sait que la BCE avait fait état, sans jamais révéler son nom, du fait qu'une grande banque française était au bord de la faillite en raison de sa trop forte exposition au risque. Outre-Rhin, on pense qu'en acceptant de faire entrer ces titres dans la catégorie des titres éligibles au refinancement de l'Eurosystème, la BCE a donné à la France, et aux autres pays dont le système bancaire montre certaines faiblesses, la possibilité de stabiliser leurs propres banques sans que l'Allemagne ne puisse s'y opposer en attendant la mise en place de l'union bancaire. En attendant de voir plus clair dans cette affaire, on peut déjà constater que les banques françaises ont entre les mains des titres dont personne ne connaît la valeur réelle.

La tribune


27/03/2013 - Après Chypre, le Luxembourg ?

Connu pour sa fiscalité avantageuse et son secret bancaire, le Luxembourg, dont le secteur financier assure un tiers du PIB et des recettes fiscales, est montré du doigt alors que l'hypertrophie des banques chypriotes a plombé le pays qui vient d'être sauvé in extremis de la faillite.
Le modèle économique du Grand-duché, membre de la zone euro depuis 1999, est régulièrement mis en cause, avec lui aussi la taille démesurée des dépôts des particuliers et des entreprises. Le ratio est supérieur à 500% du PIB, bien plus important encore qu'à Chypre. "Le secteur financier est surdimensionné par rapport au reste de l'économie", reconnaît auprès de l'AFP un haut responsable luxembourgeois sous couvert d'anonymat.

Un secteur financier surdimensionné

Le député allemand Joachim Poss, vice-président du groupe parlementaire du SPD au Bundestag, vient de pointer "les risques et les dangers des pays de la zone euro dont le modèle économique est basé sur un secteur financier surdimensionné". Pour lui, la crise chypriote "devrait faire prendre conscience qu'on ne gonfle pas le secteur financier artificiellement, entre autre à travers un dumping fiscal".

Mais si, à l'instar de l'île méditerranéenne, l'économie de ce petit pays niché au coeur de l'Europe est trop dépendante de son industrie financière, la comparaison s'arrête là pour beaucoup de responsables européens. "Ce n'est pas à Luxembourg que s'est posé le problème, mais en Irlande avec certaines banques, en Espagne, au Portugal", a souligné en début de semaine le commissaire européen en charge des Services financiers, Michel Barnier. Le Grand-duché, un des six fondateurs de l'UE, bénéficie de la meilleure notation possible de sa dette auprès des agences spécialisées, soit triple A. Sa dette tourne en effet autour de 20%, de très loin la plus basse de la zone euro, et son déficit public est largement sous la barre des 3% imposés par Bruxelles.

Le Luxembourg et Chypre présentent certes "des similitudes, la taille du secteur financier par rapport au PIB", a reconnu lundi le ministre des Finances, Luc Frieden. Mais il a souligné aussitôt les différences, avec selon lui une "grande diversification" tant en terme d'origine géographique que de type de clientèle avec les fonds d'investissement et la gestion de fortune.

Indulgence pour la fraude fiscale

Toutefois, l'évolution du secteur financier du Luxembourg est "ambiguë", estime Gaston Reinesch, le nouveau président de la Banque centrale, qui juge "inquiétante" la baisse de 5% du produit net bancaire entre 2011 et 2012. Le modèle économique luxembourgeois est d'autant plus fragile que son fonds de commerce s'est longtemps appuyé sur un secret bancaire absolu et une certaine banalisation de la fraude fiscale, punissable dans le pays uniquement lorsqu'elle porte sur des montants significatifs et qu'elle est répétitive. Après Chypre, "il faut se poser la question sur d'autres en Europe", a estimé la semaine dernière Jacques Attali, le président de PlaNet Finance, en citant nommément "le Luxembourg qui est un paradis fiscal".

Face à la pression de ses partenaires européens, le gouvernement s'est résolu depuis 2011 à lever le secret bancaire. Mais l'échange d'informations avec les autorités fiscales des autres pays se fait au cas par cas, pas de manière automatique comme le voudraient ses partenaires européens. "Je souhaite que les clients viennent à Luxembourg non pas pour échapper à la fiscalité (...) mais parce que les produits et les services sont plus internationaux", dit M. Frieden.

Expansion


Second article:

Si l'accord entre Nicosie et la troïka a scellé la présence de l'île dans la zone euro, Chypre va devoir dire adieu à son moteur de croissance pour remplir les conditions du plan d'aide. Le secteur bancaire, à l'origine de la crise du pays, va payer pour ses dérives et ainsi perdre le statut de paradis fiscal qui faisait son succès.

Andorre, Suisse, Lettonie, Allemagne... Venus de tous les horizons, des représentants des banques européennes se bousculent depuis une semaine à Chypre pour séduire les clients qui s'apprêtent à quitter l'île. Moscou a d'ores et déjà annoncé qu'elle allait étudier les conséquences pour ses intérêts. De nombreuses sociétés russes étaient enregistrées à Chypre depuis les années 1990, en raison du régime fiscal favorable. L'agence Moody's estime que près de 31 milliards de dollars pourraient être placés sur l'île (25% de son PIB).

Où les fortunes russes vont-elles désormais s'installer, une fois qu'elles auront l'occasion de récupérer la main sur leurs fonds ? Les deux principales banques sont toujours fermées, tandis que le Parlement a voté une mesure limitant les mouvements de capitaux. L'île d'Aphrodite n'est décidément plus l'endroit où placer son argent en toute discrétion. Pour aller où, alors ? Et qu'est-ce qu'un paradis fiscal ?
Qu'est-ce qu'un paradis fiscal ?

Il n'existe pas de définition législative des paradis fiscaux à proprement parler. Chaque pays peut établir sa propre liste, "mettant surtout en exergue les mesures fiscales dommageables de ses voisins", explique au HuffPost Arnaud Poutier, analyste chez IG Markets. C'est pourquoi la Belgique est souvent perçue comme un paradis fiscal aux yeux des Français : il n'y a pas de taxe sur les plus-values de cession de titres (contre 24% en France lorsque l'on revend son entreprise ou ses parts).

L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) considère toutefois qu'il faut quatre critères pour les définir : impôts inexistants ou insignifiants, absence de transparence, tolérance envers les sociétés-écran ayant une activité fictive et enfin législation empêchant l'échange d'informations avec les autres administrations.

Le réseau Tax Justice Network (TJN) a dénoncé cette classification, estimant qu'elle n'était pas fiable et que les exigences de l'OCDE étaient insuffisantes. Sur la base d'un indice qui cumule le degré d'opacité au poids des différentes places financières dans l'économie mondiale, TJN estime que les principaux paradis fiscaux d'Europe sont la Suisse, la City de Londres, l'Irlande, la Belgique, mais surtout le Luxembourg.
Poids du secteur bancaire en % du PIB

Luxembourg 2200%
Malte 790%
Chypre 707%
Irlande 706%

Source : Bloomberg, Eurostat, Goldman Sachs

Luxembourg, cible de toutes les attaques

Les projecteurs se sont immédiatement braqués vers Luxembourg, notamment à cause de la taille de son secteur bancaire. Les banques du Grand Duché représentent 22 fois son PIB, quand celles de Chypre ne pèsent "que" 7 fois les richesses du pays. Luxembourg peut-il pour autant remplacer la petite île méditerranéenne, dont le laxisme de ses banquiers a toujours fait le bonheur des milliardaires russes? "À ma connaissance, aucun autre Etat n'est dans la position de Chypre, et surtout pas le Luxembourg", a objecté Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand, démontant les commentaires selon lesquels les conditions imposées à Chypre profiteraient au Luxembourg, présenté comme un havre bancaire et fiscal.

"Bien que Luxembourg cultive encore un peu le secret bancaire, le pays est extrêmement transparent avec ses voisins", indique au HuffPost Arnaud Poutier de IG Markets. On rappelle aussi que l'Eurogroupe (réunion des ministres des Finances de la zone euro) a longtemps été dirigé par Jean-Claude Juncker, le très rigoureux argentier luxembourgeois.

"Les pays européens sont aujourd'hui très attentifs" note au HuffPost Patrick Ganansia, expert en gestion de patrimoine pour le cabinet de conseil Herez. "Cette situation vire parfois à l'excès", affirme-t-il, "on vous demanderait presque votre CV afin de vérifier que vos 3000 euros ne sont pas de l'argent sale !" Pour la ligne officielle, le Premier ministre luxembourgeois distingue son pays "par un secteur financier beaucoup plus diversifié, offrant une très large gamme de produits, respectant les standards internationaux en matière de régulation".
Tous vers la voie de la transparence, mais...

Si Malte est surnommée "Suisse de la Méditerranée", ce n'est pas pour ses montagnes. Son secteur bancaire est en effet 8 fois supérieur à son PIB et Tax Justice Network regrette de n'avoir pas eu accès aux informations concernant la régulation financière. Pour autant, l'adoption de l'euro en 2008 a considérablement facilité les échanges d'informations. Elle manque toujours de transparence, selon PlaNet Finance, l'organisation dirigée par Jacques Attali.

On l'oublie souvent, mais l'Irlande demeure un paradis fiscal pour les grandres entreprises. Nombre de firmes de haute-technologie (Google, Apple, Amazon...) s'y sont installées afin de profiter de son faible taux d'impôt sur les sociétés (13% contre 33% en France). L'ancien "Tigre celtique" dispose d'une fiscalité avantageuse sur les droits de propriété intellectuelle et d'un impôt sur le revenu plafonné à 41%. L'Irlande n'est toutefois pas un paradis au sens de Chypre, car il n'y a pas de secret bancaire.

Les îles anglo-normandes de Man ou de Jersey ont quant à elle largement subi le mouvement de transparence, réclamé par la couronne britannique, depuis la crise financière. "La dépendance avec Londres est beaucoup trop forte pour en faire un lieu parfaitement secret", indique au HuffPost Pascal Julien Saint-Amand, président du réseau notarial Althémis.

La Lettonie a quant à elle exclu la possibilité de devenir un "second Chypre", avec un éventuel afflux vers ce pays balte aspirant à la zone euro de capitaux russes évacués de Chypre, tout en renforçant le contrôle des dépôts bancaires et des flux financiers. Le régulateur financier national a néanmoins demandé aux banques lettones cette semaine d'évaluer plus précisément leurs clients et la qualité des flux financiers, dans le contexte de la crise chypriote.

La Suisse demeure encore nébuleuse, quant à sa capacité à s'extirper de son image de paradis fiscal. Tantôt favorable à l'ouverture du dialogue avec l'UE, tantôt résolument contre, la question fait débat. "La Suisse essaye de redorer son blason", explique Pascal Julien Saint-Amand, qui note que "les nouveaux comptes sont transparents, mais un doute subsiste sur les anciens, pour lesquels les autorités auraient opéré un transit vers Singapour." Une façon de montrer patte blanche, sans pour autant flouer les clients historiques, dont le secret bancaire était une priorité.

C'est d'ailleurs la conclusion d'Arnaud Poutier, analyste chez IG Markets. "De moins en moins de pays refusent de collaborer avec leurs voisins", précise-t-il. "Il faut davantage se tourner vers l'Asie, et notamment Hong Kong ou Singapour pour trouver des places moins regardantes sur l'origine des fonds."

Huffingtonpost


22/03/2013 - L'Espagne veut aussi instaurer une taxe sur les dépôts bancaires

Madrid pourrait lever auprès des banques une taxe de 0,2 % sur le montant des dépôts qu'elles détiennent. L'Espagne affirme que cet impôt nouveau n'a rien à voir avec celui de Chypre. Mais ce n'est pas l'avis de tout le monde...
Le moment était-il bien choisi ? Mardi, le ministre du budget espagnol, Cristobal Montoro, a annoncé au Sénat la mise en place d’une taxe sur les dépôts bancaires. Certes, le ministre s’est empressé à la tribune et dans un communiqué de presse de préciser que « cet impôt n’a rien à voir avec celui envisagé à Chypre. »

Un impôt différent de Chypre, selon le gouvernement

Cet impôt ne sera pas en effet directement levé auprès des épargnants, mais il sera levé sur les banques. Ce sont ces dernières qui se verront imposées sur l’ensemble de leurs dépôts. En théorie donc, les clients ne seront pas touchés. Par ailleurs, cette taxe levée au niveau national remplace une autre taxe, appliquée elle dans trois régions (Canaries, Andalousie et Extrémadure), et qui a été supprimée à la demande de Bruxelles en décembre. L’Union européenne estimait que ces taxes régionales nuisaient à « l’ordre bancaire » au sein du royaume. La nouvelle taxe, qui pourrait rapporter 3 milliards d’euros par an, viendra compenser « exactement » les recettes perdues par ces régions. Enfin, cette taxe devrait être très modérée : « Elle ne sera pas supérieure de beaucoup à 0 % », explique avec un certain sens de la formule Cristobal Montoro. On évoque, en réalité, le chiffre de 0,2 %. A Chypre, on voulait taxer les déposants à 6,75 % jusqu’à 100.000 euros et à 9,9 % au-delà.

Un impôt si ressemblant, selon certains….

En ne frappant pas les épargnants directement, cette taxe ne devrait pas créer de panique. En Europe, elle est, du reste, demeurée inaperçue au milieu de l’affaire chypriote. Mais il n’empêche : Jaime Becerril, analyste chez JP Morgan, estime que cette taxe est « risquée » et arrive « à un bien mauvais moment. » Pour lui, cette nouvelle taxe « n’est pas si différente de la taxe chypriote que le gouvernement espagnol l’affirme : elle pénalise l’épargne en période d’austérité. » Il y aurait donc un risque de sorties de capitaux, même si la nature exacte des dépôts touchés par cette taxe est encore incertaine. Du reste, pour JP Morgan, cette « incertitude » n’est jamais « la bienvenue » et pourrait « accélérer les retraits. »

Pas de bank run, mais une fragilisation du système bancaire

Certes, l’analyste ne s’attend pas à un « bank run » en Espagne. Mais, en s’inspirant de la comparaison avec le cas italien de 1992 où le gouvernement Dini avait frappé les dépôts d’une taxe de 0,6 %, il prévoit des retraits continus par les ménages de leur argent sur les comptes bancaires espagnols. Or, on connaît la fragilité du système bancaire espagnol. JP Morgan estime que, pour certains établissements, la nouvelle taxe aurait grevé jusqu’à 13 % (dans le cas de Sabadell) le profit opérationnel des banques. Si les dépôts reculent et que les profits chutent, les banques espagnoles risquent d’avoir encore des migraines. Et l’Etat risque de ne pas avoir plus de possibilité de les aider avant la mise en place de l’union bancaire. Reste enfin que cette taxe pourrait apparaître comme la preuve que le cas chypriote n’est pas si « spécial » que l’affirment les Européens…

La tribune



05/02/2013 - Crise de la zone euro: la fin des illusions?

L’Europe sort d’une période d’amélioration de sa situation financière qui a débuté au mois d’aout dernier, lorsque le President de la Banque centrale Européenne (BCE), Mario Draghi, a annoncé que la BCE ferait ce qu’il fallait pour soutenir les pays déficients dans l’Eurozone. Cette intention s’est ensuite traduite par un programme spécifique pour l’Italie et l’Espagne, visant à limiter le niveau de taux d’intérêts de leur dette.

Depuis quelques jours, cependant, une accumulation de questions a inversé ce bel optimisme.
  1. Le scandale politique en Espagne 
  2. La catalepsie de Banca Monte Dei Paschi di Siena en Italie
  3. La nationalisation de la banque néerlandaise SAS Reaal
  4. La mise en question du projet d’union bancaire européenne
  5. Les manifestations visant à diminuer les conditions de financement de l’Irlande

Il n’en faut pas plus pour que les marches internationaux réagissent a la baisse et que les investisseurs reprennent le chemin des obligations de l’Europe du Nord et se délestent de celles de l’Europe du Sud. A mi-chemin, la France perd du terrain. Que faut-il en penser ?

Une certaine complaisance s’est installée dans les allées de Bruxelles, et dans les chancelleries. Il est relativement sain qu’un rappel a l’ordre comme celui des dix derniers jours nous fasse revoir la situation.

  •     L’endettement de la plupart des pays européens par rapport au Produit National Brut est en hausse, malgré les efforts au niveau des déficits budgétaires des Etats Membres. Avec un endettement moyen de l’Eurozone (8.000 milliards d’euros) à plus de 90%, la moindre hausse des taux d’intérêt impacte les refinancements.  L’Eurozone devrait refinancer environ 1.000 milliards d’euros en 2013. Des réformes des couts et des revenus des pouvoirs publics continueront à s’imposer.
  •     La léthargie économique ne semble pas diminuer. Je préfère ce terme a celui de récession dans la mesure ou la croissance du PIB européen se situe aux alentours de 0%. Sans croissance, les recettes fiscales sont egalement léthargiques et les frais financiers des Etats continuent à être excessifs.
  •     Dans ce contexte, la plupart des économies européennes voient leur taux de chômage augmenter, particulièrement dans les secteurs en difficultés comme l’automobile et dans les pays déficients comme l’Espagne.



(source : BLOOMBERG. Obligations à 10 ans depuis un mois de l’Italie (en dessous) et l’Espagne)

La question qui reste présente est celle de savoir d’ou viendra l’amélioration. Fondamentalement, c’est de la solidité de la reprise économique américaine que nous pouvons espérer un début de croissance a la fin de 2013. L’euphorie typique du mois de janvier fait maintenant place a une plus grande sobriété. Mais la création de 157.000 emplois en janvier 2013 est une bonne nouvelle.

Mais la faiblesse de l’Europe reste la situation de ses banques. Les annonces de l’union bancaire européenne ne peuvent cacher que le projet dont a accouche la Commission avec le soutien de la BCE pour l’Eurozone soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Le contrôle par la BCE engendre un scepticisme généralisé. Monte dei Paschi nous rappelle les faiblesses des controles des banques centrales.

Sans entrer dans un pessimisme qui n’a pas de raison d’être, il ne faut pas diminuer la vigilance dont l’Eurozone a besoin pour se restructurer.


Georges Ugeux

31/12/2012 - Ce qui menace la zone euro en 2013

Alors que les dirigeants européens profitent des fêtes de fin d'année pour prétendre que le pire de la crise est derrière nous, certains faits peuvent faire craindre qu'il est encore à venir.

Et si le maître à penser de notre époque de crise était Emile Coué? Tout se passe en effet comme si les dirigeants européens étaient déterminés à rédiger un plagiat de l'œuvre majeure du psychologue nancéen qui s'intitulerait "La Maîtrise de l'Europe par l'Autosuggestion Consciente".
Aussi voit-on fleurir un peu partout, à l'occasion de cette fin d'année, des proclamations de victoire contre la crise. Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble a ainsi assuré ce jeudi dans Bild Zeitung que «le pire était derrière nous». L'embellie sur les marchés, la réduction des spreads vient confirmer cet optimisme. La stratégie d'Emile Coué a donc porté ses fruits: à force de se répéter que «tout va de mieux en mieux», tout finit effectivement par aller mieux. C'est le calcul des dirigeants européens.
Et pourtant, depuis 2010, on sait que les annonces triomphantes sur la «fin de la crise» n'ont pas manqué. A chaque fois prématurément. La méthode Coué a ses limites, celles des faits. Voici les six épées de Damoclès qui menacent toujours l'Europe.


1. La récession

La situation économique de la zone euro va demeurer très difficile en 2013. Les économistes tablent sur une stabilisation ou une légère reprise au second semestre, mais sans autres certitudes qu'une impulsion venant de l'extérieur: de l'Asie et des Etats-Unis. Sans entrer dans le détail de la réalité d'une accélération chinoise ou du risque lié au «fiscal cliff» aux Etats-Unis, il faut rappeler que les conditions internes à la zone euro demeurent très négatifs.

Dans tous les pays de la zone euro, Allemagne comprise, on mène une politique de rigueur visant à comprimer la dépense publique et les salaires afin de favoriser la compétitivité. Cette politique a provoqué dès l'été 2011 une contraction du PIB en Italie, au Portugal et en Espagne. En Grèce, la récession est à l'œuvre depuis 2010. Dans tous ces pays, le PIB devrait continuer à reculer en 2013. Certes, moins vite, mais encore, selon les projections de la Commission européenne, de 4,5% pour la Grèce, de 1,6% pour l'Espagne, de 1% pour le Portugal et de 0,5% pour l'Italie. Même l'OCDE a récemment appelé à «faire jouer» les stabilisateurs automatiques dans ces pays. Un appel en désaccord avec les objectifs fixés par les marchés et l'Europe qui demandent d'aller vite dans la réduction des déficits.

Or, plus le PIB recule, moins il est aisé de remplir ses objectifs budgétaires. Même si Athènes, Madrid et Lisbonne ont obtenu des délais, il n'est donc pas sûr qu'ils puissent respecter leurs promesses budgétaires. Dans ce cas, leur seule alternative sera un nouveau tour de vis qui réamorcera le cycle récessioniste. Il faudra alors oublier la reprise dans ces pays. Et la confiance recommencera à vaciller. Les agences de notation ne manqueront pas de dégrader à nouveau ces pays, les marchés bouderont leur dette. La troïka trouvera les «efforts insuffisants». A nouveau, l'heure sera à trouver des solutions d'urgence pour maintenir ces pays hors de l'eau. Le risque européen renaîtra alors.

2. L'inconnue française

Le gouvernement français ne veut pas démordre de son objectif de déficit à 3% du PIB à la fin de 2013. Mais l'économie française devrait stagner l'an prochain, rendant cet objectif illusoire. Se présentent alors deux solutions à Paris: reconnaître son impuissance, ou prendre des mesures supplémentaires pour atteindre l'objectif malgré tout. Dans les deux cas, la France pourrait y perdre des plumes et faire renaître le doute sur l'avenir de la zone euro.

Si Paris renonce à son objectif, sa crédibilité en sera affectée sur les marchés. Les taux français pourraient monter et le pays risque d'être à nouveau dégradé par les agences, ce qui deviendrait préoccupant. S'il accélère le mouvement de la rigueur pour atteindre ces fameux 3% du PIB, le gouvernement français pourrait entraîner le pays dans le cercle vicieux des pays du sud où la récession conduit à manquer les objectifs budgétaires, ce qui entraîne une nouvelle consolidation et une récession plus profonde. Dans ce cas, nul doute que la note et les taux français en seraient aussi affectés.

Plus généralement, la contagion du doute à la France serait un événement très préoccupant car Paris est avec Berlin le garant essentiel de l'ensemble de l'édifice de garanties mis en place pour sauver l'euro depuis 2010. L'Allemagne ne sera pas capable de défendre seule cet édifice et le doute pourrait alors atteindre le MES, le mécanisme d'aide européen. Autrement dit: Paris ne pourra pas avoir recours à l'aide européenne, donc au programme de rachat illimité de la BCE, l'OMT, qui y est conditionné. Dans ce cas, la crise prendrait une nouvelle ampleur qui n'épargnerait sans doute pas l'Allemagne elle-même.

3. Les élections italiennes

L'Italie vote le 24 février. Le gouvernement qui sera issu de ce scrutin est encore incertain, même si l'hypothèse Berlusconi, qui avait tant effrayé les marchés, semble exclue. Une chose est certaine: les dirigeants européens, tout comme les marchés, ne semblent avoir confiance qu'en Mario Monti pour assurer la poursuite de la politique réformatrice en Italie. L'actuel président du conseil entretient savamment par son «agenda» cette position. Mais s'il ne parvient pas à demeurer au pouvoir, s'il est remplacé par un gouvernement de centre-gauche qui serait tenté de mettre plus l'accent sur la croissance comme l'a prétendu Pier Luigi Bersani, le leader de la gauche, ce mercredi, l'Italie serait immanquablement attaquée. L'épisode du «retour de Silvio Berlusconi» a montré combien la position de l'Italie demeurait fragile sur les marchés.

La balle sera alors dans le camp de la BCE. Mais le «bouclier anti-spread» de cette dernière, autrement dit le rachat illimité de titres obligataires souverains, ne fonctionne que si le pays a fait une demande d'aide européenne accompagné d'un «plan d'ajustement». Ce n'est pas le cas de l'Italie. Que fera alors l'institution de Francfort? Toute hésitation sera un message négatif pour toute la zone euro que Mario Draghi, le président de la BCE a assuré de sauver. Mais la volonté de la BCE de ne pas agir sans contrepartie risque de l'amener, comme en 2011, à s'immiscer dans la politique italienne. Avec un contexte différent: des élections récentes qui n'auront pas porté Mario Monti au pouvoir et une campagne électorale allemande qui n'incitera guère à des concessions vis-à-vis des conditions et de la stérilisation des rachats. La crise italienne pourrait donc être difficile à gérer. En tout cas, l'Italie post-électorale pourrait être le premier test d'importance pour le dispositif de la BCE annoncé en septembre et qui est, pour le moment, le seul vrai élément tangible qui rassure les marchés.

4. La question espagnole

Le royaume espagnol demeure le maillon faible de la zone euro, avec ses régions surendettées, son économie à l'arrêt, son chômage record, son système bancaire à l'agonie et désormais sa menace d'éclatement. Madrid n'a toujours pas déposé de demande d'aide européenne. Sans elle, pas moyen de bénéficier du «bouclier» de la BCE. Mais le gouvernement Rajoy, soumis à la montée des extrêmes et des indépendantistes rechigne à se placer sous la coupe de la Troïka. Mercredi, le ministre de l'Economie a indiqué qu'il voulait une aide «différentes de celle de l'Irlande». Autrement dit, Madrid veut une surveillance allégée de ses finances par l'Europe et le FMI. Mais plus l'Espagne tarde, plus le doute s'installe sur ses intentions.

Or, pendant ce temps, la situation financière de ses banques reste difficile. Les 62 milliards d'euros versés à l'automne ne suffiront pas. Là encore, l'Espagne attend. La mise en place des modalités de l'Union bancaire qui devrait permettre au MES de prêter directement aux banques. Seulement, la chancelière Angela Merkel voit d'un mauvais œil une demande d'aide soumise au Bundestag avant les élections fédérales de septembre 2013. Elle fait donc tout pour repousser à plus tard cette possibilité. Lors de l'accord européen récent sur l'union bancaire, cette donnée restait floue. Seulement, plus la situation est bloquée, moins Madrid dispose de marges de manœuvre. Le risque, c'est que l'Espagne doive réclamer, sous l'effet de la dégradation de la situation de ses banques ou de la conjoncture, une aide au MES en urgence et se retrouve ainsi contrainte d'appliquer un régime de rigueur sévère qui briserait tout risque de reprise du pays. Avant le référendum catalan sur l'indépendance de 2014, ce serait de mauvais augure. Car là aussi, les investisseurs y regarderont à deux fois avant de prêter à une Espagne qui devra gérer son éclatement et la répartition future de sa dette.

5. La contribution des créanciers publics

La quasi-totalité de la dette grecque est désormais détenue par des institutions publiques. Si le programme OMT de la BCE, le «bouclier anti-spread» est activé, la banque centrale de Francfort renforcera son statut de créancier majeur des pays de la zone euro. Or, de plus en plus de voix, à commencer par celles du FMI estiment qu'un défaut de cette dette est inévitable.

Dans le cas de la Grèce, ceci est évident. Malgré une deuxième restructuration de la dette détenue par les créanciers privés, malgré un aménagement des taux et des maturités du reste de la dette, le poids des intérêts demeure intenable pour Athènes. Pour donner de l'air au pays, une coupe dans le stock de dettes du FESF, des Etats de la zone euro ou de la BCE semble inévitable. L'ennui, c'est que ce serait une nouvelle étape dans la crise où, cette fois, les garanties deviendraient des pertes sèches. Les gouvernements de la zone euro qui ont toujours prétendu que le sauvetage de l'euro ne coûterait rien en seraient sans doute gênés devant leurs opinions publiques. Le mouvement semble du reste presque impossible aux Pays-Bas, en Finlande et en Allemagne, du moins jusqu'au scrutin de septembre. Mais en attendant, Athènes doit continuer à supporter ce fardeau, quitte à renoncer à la stabilisation de son économie. Il y a donc fort à parier qu'une fois les fonds accordés début décembre épuisés, il faille à nouveau se pencher sur le problème grec. Sauf que, cette fois, les moyens de gagner du temps semblent épuisés. Il va falloir trancher dans la dette ou trouver une autre solution... De quoi faire à nouveau trembler le marché sur un risque de sortie de la Grèce de la zone euro.

6. Les élections allemandes

Angela Merkel est au pus haut dans les sondages. Mercredi, son parti, la CDU a, avec son allié bavarois CSU, atteint 41% dans un sondage. Une première depuis 2007. La chancelière bénéficie de son aura de «sauveur des intérêts allemands» tout en ayant su préserver l'euro.

Il n'empêche: en période de campagne électorale, la chancelière ne va vouloir prendre aucun risque. Pas question pour elle de s'offrir avant le scrutin le luxe d'un nouveau débat autour du coût et des risques du sauvetage de l'euro dans le cadre d'une nouvelle demande d'aide soumise au Bundestag. Pas davantage question de se montrer souple sur la conditionnalité de l'OMT de la BCE qui inquiète toujours les Allemands. Enfin, pour se distinguer des Sociaux-démocrates fédéralistes, la chancelière va être tentée de tenir un discours plus musclé, notamment pour soutenir les ailes droite de son camp, l'eurosceptique CSU, qui devra faire face avant les élections nationales à une élection régionale difficile et les Libéraux, ses alliés indispensables pour éviter une grande coalition et qui sont actuellement dans les sondages sous les 5% nécessaires à l'entrée au Bundestag.

Autrement dit, il ne faut pas compter sur une Allemagne très souple pendant les neuf premiers mois de l'année. Angela Merkel qui entend faire de la réduction du déficit allemand un de ses arguments de campagne, ne voudra pas dépenser ou engager le moindre euro pour l'Europe. Une attitude qui peut faire renaître des doutes sur la solidarité intra-européenne et, éventuellement, on l'a vu, retarder des actions nécessaires. Autrement dit, les élections allemandes vont être un facteur de déstabilisation de la zone euro, surtout dans les cas où la France ou l'Italie seront touchées par la crise.

La Tribune


16/12/2012 - La dette italienne franchit les 2.000 milliards d'euros

La dette de l'Italie a franchi en octobre pour la première fois le cap symbolique des 2.000 milliards d'euros, selon un document publié vendredi par la banque centrale italienne.

La dette de l'Italie s'est établie à 2.014,693 milliards d'euros en octobre 2012 contre 1.995,143 milliards en septembre 2012, selon un supplément au bulletin mensuel statistique de la Banca d'Italia.

En octobre 2011, la dette publique était de 1.916,402 milliards d'euros. Le gouvernement "technique" de Mario Monti, arrivé au pouvoir en novembre 2011, a mis en place une sévère politique de rigueur destinée à réduire le déficit public italien, attendu à 2,6% cette année et à 1,8% du PIB en 2013, et, à terme, la dette publique, qui est l'une des plus élevées d'Europe par rapport au PIB.

L'Italie a bénéficié ces derniers mois d'une tendance à la baisse des taux d'intérêt lors des opérations de refinancement de sa dette, mais ils demeurent élevés par rapport à ceux d'autres pays de la zone euro, signe que la confiance des marchés n'est pas totalement rétablie.

Les marchés redoutent notamment le résultat des législatives qui ont été anticipées à février au lieu d'avril depuis que le PDL de Silvio Berlusconi a retiré son soutien au gouvernement, poussant M. Monti à annoncer sa démission prochaine.

Expansion - AFP



07/12/2012 - Zone euro : la croissance fortement revue à la baisse en 2013 (BCE)

La Banque centrale européenne (BCE) a déclaré aujourd'hui s'attendre désormais à une contraction du Produit intérieur brut (PIB) en zone euro en 2013, prenant acte de l'accélération de la dégradation de l'économie dans la région, qui est entrée en récession au troisième trimestre.
La BCE prévoit une contraction de 0,3% en 2013, alors qu'elle tablait encore sur une croissance de 0,5% en septembre. Pour 2014 elle s'attend à une croissance de 1,2%, selon une première estimation, et pour cette année sur un recul du PIB de 0,5%, un chiffre révisé en légère baisse (-0,4% précédemment).
L'institution a également  abaissé ses prévisions d'inflation pour 2013, dans ce contexte de dégradation de la conjoncture. La BCE attend désormais une hausse des prix de 1,6% l'année prochaine, contre 1,9% jusqu'ici. Pour 2012 elle a confirmé sa prévision d'une inflation de 2,5%, tandis qu'elle attend à 1,4% en 2014, selon une première prévision.

Taux directeur inchangé

Un peu plus tôt dans la journée, la BCE a annoncé qu'elle laissait inchangé son taux directeur. Le taux de refinancement reste donc de 0,75%, le taux de facilité de dépôt nul et le taux de prêt marginal de 1,0%. Ces trois taux n'ont plus bougé depuis le 5 juillet dernier. Selon Mario Draghi, son président, cette décision n'a pas été unanime.

AFP



01/12/2012 - L'agence Moody's dégrade le Mécanisme européen de stabilité

L'agence de notation Moody's a dégradé la note du fonds de sauvetage de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui perd son triple A.

Moody's a annoncé vendredi avoir abaissé d'un cran la note du MES, qui passe de AAA à Aa1, avec une perspective négative, ce qui signifie que l'agence n'exclut une nouvelle dégradation.
L'agence a expliqué que sa décision était liée à la dégradation, la semaine dernière, de la note souveraine de la France, la seconde économie de la zone euro, qui garantit de manière non-négligeable la capacité de financement du MES, de 500 milliards d'euros au total. Moody's avait abaissé le 19 novembre la note de la dette souveraine de la France, passée elle aussi de AAA à Aa1.
Klaus Regling, le directeur général du MES, a jugé cette décision de Moody's "difficile à comprendre", regrettant que "le cadre institutionnel, exceptionnellement solide du MES, l'engagement politique et la structure de son capital ne soient pas suffisamment pris en compte".

Le MES, un des outils clefs des 17 pays de la zone euro de lutte contre la crise de la dette, bénéficie toujours du triple A, la meilleure note possible, auprès de l'agence Fitch.

Ap/Sipa - Challenges



21/11/2012 - Grèce : la zone euro échoue à trouver un accord sur une aide financière

La zone euro a échoué dans la nuit de mardi à mercredi à trouver un accord ouvrant la voie au déblocage de l'aide financière à la Grèce gelée depuis des mois, et va de nouveau se réunir lundi pour tenter de prendre une décision vitale pour le pays, menacé d'asphyxie.
Réagissant à cet échec, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a mis en garde les partenaires et bailleurs de fonds de son pays contre le risque d'une déstabilisation de la zone euro.
"Nos partenaires et le FMI ont le devoir de faire ce qu'ils ont assumé, ce n'est pas seulement l'avenir de notre pays mais la stabilité de toute la zone euro qui dépend du succès de la conclusion de cet effort ces prochains jours", a déclaré M. Samaras, cité par un communiqué.

Après plus de 11 heures de discussions, les principaux créanciers de la Grèce ont établi un constat d'échec. "Des progrès ont été faits, mais il en faut encore un peu plus", a déclaré la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

"Les questions étaient si complexes que nous n'avons pas trouvé de solution définitive", a renchéri le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Dans un communiqué, l'Eurogroupe explique avoir "fait des progrès en mettant le doigt sur une série d'initiatives crédibles qui devraient considérablement aider à améliorer la soutenabilité de la dette" grecque, qui explose et devrait grimper jusqu'à 190% du PIB en 2014. Un niveau insoutenable.

La réunion a été interrompue "de façon à ce que des travaux techniques puissent avoir lieu concernant certains éléments de ce paquet", selon ce communiqué qui annonce la tenue d'une nouvelle réunion des ministres des Finances de la zone euro lundi à Bruxelles.

Se disant "un peu déçu" par l'échec des négociations, leur chef de file, Jean-Claude Juncker, a estimé qu'un accord serait "possible lundi".

Les ministres étaient réunis une nouvelle fois pour se mettre d'accord sur le versement à la Grèce d'un prêt pouvant aller jusqu'à 44 milliards d'euros. Ils devaient aussi trouver un terrain d'entente avec les autres créanciers publics, en premier lieu le FMI, sur la façon de réduire la dette du pays et comment combler un trou de financement de la Grèce sans injecter de nouveaux fonds.

Pour obtenir l'aide financière de ses créanciers, Athènes a dû adopter une nouvelle série de mesures d'austérité. Sur ce point, l'Eurogroupe a salué les mesures prises, tant dans le domaine de la consolidation budgétaire que des réformes structurelles ou des privatisations.

"Ces efforts témoignent de l'engagement fort des autorités (grecques) en matière d'ajustement", indique le communiqué. Les ministres "ont fait l'éloge des efforts considérables réalisées par les autorités grecques et par les citoyens".

Mais le point le plus sensible des discussions était la réduction de l'énorme dette grecque et le trou de financement de 32 milliards d'euros résultant des dérapages des deux premiers plans d'aide et du délai de deux ans dont devrait bénéficier le pays pour mener à bien son ajustement budgétaire.

La semaine dernière, une divergence était apparue publiquement entre la patronne du FMI, Christine Lagarde, et M. Juncker, prêt à repousser de 2020 à 2022 l'échéance à laquelle la Grèce doit ramener sa dette à 120% du PIB. Une option que refuse catégoriquement le FMI.

Concernant le trou de financement, les créanciers publics ne cessent de se renvoyer la balle et la zone euro exclut tout nouveau prêt ou un effacement de la dette, difficile à faire accepter par les opinions publiques.

De nombreuses solutions sont à l'étude. Parmi elles, un abaissement des taux d'intérêt des prêts déjà consentis à la Grèce, un allongement des durées de remboursement ou un rachat par le pays d'une partie de sa dette à prix cassé.

Des idées dont la "complexité dépasse l'entendement", a reconnu le ministre français des Finances Pierre Moscovici en amont de la réunion.

Les ministres ont en revanche avancé sur le renforcement du contrôle des sommes versées à la Grèce, comme le voulait Berlin. "Nous avons un meilleur mécanisme pour permettre que les engagements de la Grèce soient mis en place progressivement à l'avenir", a indiqué M. Schäuble.

AFP


01/11/2012 - Compte à rebours sur le sauvetage de la Grèce

Réunis mercredi par téléconférence, les ministres des finances de l'eurozone promettent un feu vert financier à la Grèce si elle vote d'ici au 12 novembre l'ensemble des mesures budgétaires et des réformes réclamées par les créanciers.

Mercredi, les ministres des finances de la zone euro ont lancé à l'occasion d'une conférence téléphonique un difficile compte à rebours, dans l'espoir de pouvoir conclure lors de leur rencontre le 12 novembre prochain un « programme » pour la Grèce. « Nous sommes sur la bonne voie pour parvenir à une décision le 12 novembre sur le déboursement de la prochaine tranche de prêts », a déclaré le Commissaire aux affaires économiques, OlliRehn, « mais cela réclame encore des efforts de chacun, surtout du parlement grec, qui doit voter à temps le programme de réformes budgétaires et structurelles ».

Le gouvernement grec doit conclure rapidement ses négociations avec la Troïka (Commission Européenne, BCE et FMI), autrement dit adopter l'ensemble des textes nécessaires pour mettre en oeuvre le nouveau plan d'économies de 13,5 milliards d'euros exigés par les créanciers ainsi que l'ensemble des réformes structurelles promises. Parmi celles-ci, certaines étaient déjà dans le programme d'aide conclu en mars dernier, d'autres ont depuis été ajoutées, au vu du retard pris et de la dégradation des comptes. La finalisation de l'accord est à portée de main, pour peu que le Premier ministre Antonis Samaras parvienne à surmonter les dernières résistances du petit parti de sa coalition « Dimar » face aux mesures de flexibilisation du marché du travail. Dès la semaine prochaine, Antonis Samaras soumettra au vote du parlement son programme budgétaire ainsi que plusieurs textes de réformes. Méfiant, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a une nouvelle fois averti qu'aucune aide ne sera débloquée si les réformes réclamées ne sont pas adoptées. Mercredi, Athènes a réussi à voter une loi importante sur les privatisations, témoignant ainsi de sa bonne volonté (voir ci-dessous).

Si Antonis Samaras passe d'ici le 12 novembre l'épreuve du Parlement, les créanciers doivent de leur côté trouver les moyens de combler le nouveau besoin de financement né de la nécessité d'allonger le programme grec de deux ans. Au vu du retard pris, de l'aggravation de la récession, le délai de 2014 initialement envisagé n'est plus réaliste et l'ensemble du programme doit être redéfini et recalé sur 2016. A l'issue de la réunion des ministres des finances, Jean-Claude Juncker n'a rien dit du « trou » à combler. Pour remettre le programme grec sur les rails, les experts évoquent un besoin de quelque 16 à 20 milliards d'euros. OlliRehn a de son côté rappelé qu'il fallait trouver un moyen de réduire la charge de la dette, l'objectif initial, à savoir une dette réduite à 120% du PIB en 2020, étant désormais hors de portée. « Nous travaillons intensément au sein de la Troika et dans une bonne entente, afin de présenter nos conclusions avant le 12 novembre », a déclaré aux Echos le Commissaire aux affaires économiques.

La tâche relève du casse-tête. Les ministres ont tous rejeté l'option d'un « haircut » sur leurs prêts bilatéraux à la Grèce et ils ne souhaitent pas davantage augmenter leurs prêts à Athènes. L'option des rachats de dette, déjà évoquée par le passé, semblait mercredi une fois de plus être sur le point d'être abandonnée, faute de garantir un réel désendettement. Il faut donc jouer sur une panoplie d'instruments : allongement de la durée des prêts, baisse des taux d'intérêts, report de deux ans du retour à 120% d'endettement... Thomas Wieser, qui préside le groupe des hauts fonctionnaires chargés des questions financières, a déclaré mercredi qu'il espérait pouvoir rester à l'intérieur de l'enveloppe de financement déjà actée en mars dernier. D'autres observateurs doutent que cela soit possible. Quoiqu'il en soit, le programme révisé devra donner lieu à un nouveau « memorandum of understanding » et donc être soumis dans certains pays (Allemagne, Pays-Bas, Finlande) au vote de leurs parlements. Plus le besoin d'argent supplémentaire sera faible, plus facile seront ces votes, résume un proche des négociations. « Nous avons bon espoir de franchir une étape décisive le 12 novembre, mais c'est tout le programme défini en mars qu'il faut remettre sur des rails, et cette fois-ci, personne n'a plus le droit à l'erreur », conclut prudemment un diplomate. D'autant plus que la tranche en jeu porte sur un montant minimum de 31 milliards, mais sans doute plutôt sur 39 milliards, afin d'apporter de l'argent à l'Etat grec et de permettre surtout la recapitalisation de ses banques. 

AFP


23/10/2012 - La BCE prise au piège

Tous les gouvernements de la zone euro ont salué la décision de la Banque centrale européenne (BCE) début septembre de racheter de façon illimitée des dettes d’États de la zone euro.

Même la chancelière allemande et son ministre des finances ont signalé leur accord. Mais Jens Weidmann, président de la Bundesbank, s'y était d'emblée opposé, suivi de Jürgen Stark, ancien chef économiste de la BCE et récemment des instituts de recherche économique allemands. On peut en effet s'interroger sur le bien-fondé de telles interventions sur le marché secondaire obligataire.


Primo, l’institut de Francfort a déjà acheté dès 2010 des obligations publics d’Etats surendettés d'un volume de 210 milliards d'euros, dont 45 milliards d'euros de titres grecs,  sans effet durable sur les primes de risque. Cette fois- ci le nouveau programme est appelé à préserver le mécanisme de transmission de la politique monétaire dans l´ensemble de la zone euro. Mais les tensions sur les marchés de la dette souveraine et des prêts bancaires reflètent le manque de confiance dans la soutenabilité des finances publiques, la perte de compétitivité et la fragilité du secteur bancaire de ces pays. C'est la tâche des gouvernements et non de la BCE de surmonter ces causes structurelles du dysfonctionnement du marché monétaire et obligataire. Des rachats d’obligations d’états ne peuvent pas servir à réparer l’affaiblissent de la transmission de la politique monétaire. La vraie raison du nouveau programme ne peut donc être que le financement monétaire de la dette souveraine des pays de crise, en claire contradiction avec le traité.

Secundo, il n'y aurait pas d'achats de dettes sans signature préalable d'un programme d'ajustement macroéconomique au sein du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou de son successeur, le Mécanisme européen de stabilité (MES). Mais si la politique monétaire dysfonctionne vraiment, il faut intervenir sur les marchés segmentés,  avec ou sans programme d'ajustement, pour préserver le fonctionnement de la politique monétaire et la raison d'être de la BCE !

Tertio, si la conditionnalité du programme n´est pas respectée intégralement, la BCE devrait suspendre ses opérations d'achat, voire revendre les titres de dette souveraine, en aggravant la situation du pays surendetté, une idée peu réaliste. En outre, il faut prendre en compte que les taux d'intérêt élevés sur les marchés obligataires ne s'appliquent qu’à l'endettement nouveau. Selon les calculs du FMI, les taux d'intérêt sur le volume total de la dette souveraine tournent autour de 3 à 4 % dans les pays périphériques, un niveau encore inférieur à ceux précédant l’introduction de l'euro. Or, le vrai problème des pays surendettés n'est pas une crise de liquidité mais une crise de solvabilité à cause de leurs déficits publics primaires et leurs déficits extérieurs primaires, comme évoqué récemment par Patrick Artus dans les colonnes des « Echos ». La BCE, détenant 210 milliards d'euros de «junk bonds» dans son bilan, ne peut pas risquer une faillite des pays en crise. Sa recapitalisation inévitable par les gouvernements, voire les contribuables, ruinerait sa réputation. C'est pour cette raison qu'elle refuse catégoriquement un «hair cut» de la dette grecque. La fuite en avant est sa seule stratégie viable, elle est prise dans le piège de l'euro.

Ceci prévaut aussi pour les gouvernements. Ils ont exclu une restructuration des dettes souveraines des pays périphériques. Un «hair cut» de 100 milliard d'euros, comme pour le secteur privé dans le cas de la Grèce, n'est pas une option politique. Les pays solvables sont devenus  l'objet d'un chantage du côté des pays surendettés.

La BCE cherche à assurer la pérennité de l'euro par ce nouveau programme. «L'euro est irréversible, je ferai tout ce qu'il faudra pour le sauver,  coûte que coûte», déclare Mario Draghi sans arrêt. Cette confirmation ne peut que provoquer l'aléa moral et l'affaiblissement de l'élan des réformes. Mais qui paiera la facture ? Les risques inflationnistes du programme sont évidents. L'injection de liquidité par la BCE a pris des dimensions préoccupantes. Depuis l'introduction de l'euro, la masse monétaire M3 a augmenté chaque année en moyenne de 6 % (le PIB de 1,4 %), sans compter l'allocation de liquidité aux banques d'un montant de 1.000 milliards d'euros fin 2011-début2012. Peut-on vraiment attendre une stricte stérilisation de ce «tsunami monétaire» dès que nécessaire, comme le soutient Mario Draghi, quand les pays surendettés continuent à souffrir de récession et d'un taux de chômage de 25 %?

La BCE doit déterminer sa politique monétaire en fonction de la moyenne de la zone euro. Sa politique ne peut jamais être appropriée à un pays. L'inflation est déjà à l'ordre du jour, ressentie dans les prix explosifs de l'or, des  matières premières, des terres agricoles, des actifs financiers et de l'immobilier («asset price inflation»). Elle va se propager dans la sphère réelle de l'économie au détriment des bénéficiaires de petits revenus fixes et des épargnants. Une politique inflationniste est la plus asociale de toutes les politiques, menant à une redistribution de bas vers le haut.

Finalement, il y a deux éléments politiques aptes à mettre en péril toute la construction européenne. L’expropriation insidieuse par l'inflation, en particulier des couches sociales les moins favorisées,  risque de discréditer davantage l'idée de l'intégration européenne. De même, les troubles graves sociaux dans le sud de la zone euro, et la crainte au nord de de la mutualisation de la dette par la BCE, le FESF et le SME, risquent de miner la solidarité de l'Union européenne dont la base était depuis cinquante ans la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Le retour de l’inflation et une péréquation financière ne peuvent que faire progresser le nationalisme en Europe. Même le comité du prix Nobel a indiqué ses profondes inquiétudes pour la cohésion future de l'Union en lui attribuant récemment le prix Nobel de la Paix. Les dirigeants politiques semblent totalement ignorer le fait que l'euro, conçu comme moteur de la construction européenne, pourrait s'avérer in fine comme un levier de division.

Wolfgang Glomb - Les Echos


18/10/2012 - La faillite de la Grèce coûterait 17.200 milliards

Une étude de deux économistes allemands pour la fondation Bertelsmann sortie hier chiffre les conséquences pour l'économie mondiale d'une faillite de la Grèce et mesure ses effets de contagion.

Sortira, ne sortira pas ? La question du sort de la Grèce dans la zone euro n'est toujours pas tranchée. Et cela dure depuis près de deux ans. Angela Merkel l'a encore dit aujourd'hui : la Grèce doit garder la monnaie unique. 

 Même son de cloche chez François Hollande : la Grèce « doit être assurée de rester dans la zone euro », a-t-il déclaré hier dans les colonnes du Monde.

Alors, la question de la sortie de la Grèce de la zone euro est-elle surannée ? Pas du tout si l'on croît plusieurs économistes de renom. Megan Greene, la chef économiste Europe chez Roubini Global Economics, le centre d'étude fondé par Nouriel Roubini, le professeur d'économie new-yorkais qui a prédit la crise financière de 2007, estime qu'Athènes pourrait lâcher l'euro courant premier semestre 2013. Explication : l'austérité créée une « décennie de dépression » économique.
 

Une sortie de la zone euro « très probable »

Willem Buiter, ancien banquier central britannique et actuellement chef économiste global chez Citigroup, lui, juge que la Grèce a encore 60% des chances de sortir de la zone euro. Une date ? Courant 2014, après les élections législatives allemandes de la fin de l'an prochain. Même dans les milieux institutionnels européens on trouve des responsables gouvernementaux sceptiques. Le Ministre des finances suédois, l'ancien banquier central Anders Borg, sacré meilleur Ministre des finances de la planète en 2011 par le Financial Times, anticipe que la une sortie de la Grèce de la zone euro dans les six mois est « très probable ». Des avis qualifiés qui relancent le débat sur les coûts d'une éventualité de cette nature.

Deux économistes d'outre-Rhin, Thieb Petersen et Michael Böhmer, se sont livrés à cet exercice pour la Fondation Bertelsmann et Prognos AG, une société de conseil économique. Le défaut de la Grèce et son abandon de l'union monétaire aurait, en soi, des « effets mineurs » sur l'économie mondiale, résument les experts allemands. Il en irait tout autrement en revanche des conséquences indirectes sur les marchés financiers.
 

Récession mondiale « sévère »

Si Athènes périclite, la confiance des investisseurs dans les marchés des capitaux espagnol, italien et Portugais en prendrait un gros coup. Conséquence : ces trois pays européens s'achemineraient à leur tour vers la banqueroute entraînant une récession mondiale « sévère ». La crise économique globale qui suivrait réduirait la croissance des 42 principales économies de la planète (environ 90% du PIB mondial) de 17.200 milliards d'euros entre 2013 et 2020.

La contagion grecque passerait tout d'abord par les budgets des Etats européens. En cas de défaut, les prêts qui lui ont été consentis ne seraient plus remboursés. Les prêts aux entreprises grecques prendraient le même chemin d'une décote de 60% de leur valeur nominale. A la fin de la décennie, la faillite de la Grèce aurait coûté à l'Allemagne 64 milliards d'euros en dépréciations de créances et 73 milliards d'euros en croissance.

Si le défaut d'Athènes était suivi par ceux des trois autres pays d'Europe méridionale en difficulté, la note allemande serait de 455 milliards d'euros pour les prêts dépréciés et de 1707 milliards d'euros pour le manque de croissance. Les montants respectifs pour le reste de la zone euro sont aussi impressionnants : 216 milliards d'euros de dépréciations et 239 milliards d'euros de croissance moindre si la Grèce seule fait faillite et 1180 milliards d'euros plus 5383 milliards d'euros dans le cas extrême de banqueroutes en série.

Bien évidemment, la crise profonde et prolongée de l'Europe, la première zone économique mondiale, plongerait le reste du globe dans la dépression. La France serait le pays qui en souffrirait le plus avec un prix à payer de 2900 milliards d'euros. Elle devancerait de peu les Etats-Unis (2800 milliards d'euros), la Chine (1900 milliards d'euros) et l'Allemagne (1700 milliards d'euros). Un scénario catastrophe à éviter absolument, concluent les deux économistes.


MASSIMO PRANDI - Les Echos




09/09/2012 - Le plan de sauvetage de la BCE déchire les Allemands

Le plan Draghi pour sauver la zone euro est vécu outre-Rhin comme la fin du règne de la Bundesbank. Angela Merkel a beau soutenir du bout des lèvres le plan anticrise du président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, l'Allemagne peine à digérer la potion amère.
La quasi-totalité des médias allemands jugent que le programme de rachat de dettes des pays en difficulté est une défaite de la Bundesbank signant la fin de l'orthodoxie monétaire allemande dans la zone euro. Cela ne manquera pas d'alimenter le sentiment grandissant d'eurotiédeur outre-Rhin.
«Les Allemands ne croient pas tous en Dieu, mais tous croient en la Bundesbank!» plaisantait Jacques Delors. Or le plan Draghi est largement présenté comme un cinglant revers pour la banque centrale allemande. Évoquant un «jeudi noir», le quotidien de centre droit Die Welt va jusqu'à déplorer que «les marchés financiers célèbrent la mort de la Bundesbank». Tandis que le quotidien populaire Bilddénonce le «chèque en blanc pour les États surendettés». 50% des Allemands sont hostiles aux rachats d'obligations par la BCE et seulement 13% y sont favorables, selon un sondage de l'institut Infratest dimap, publié vendredi.

«Une presse très nerveuse»

Fait aggravant, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, représentant de la Buba à la BCE, a bruyamment exprimé son opposition. Dans un communiqué, la Buba dénonce un financement des dettes d'État avec la planche à billets européenne et les risques d'inflation galopante. Mais aussi les risques portés par les contribuables de la zone euro, et notamment allemands, sans l'aval des parlements ou gouvernements nationaux. Weidmann, dont la popularité a explosé outre-Rhin après qu'il a menacé de démissionner pour ne pas cautionner les rachats illimités de dettes souveraines, juge aussi que les incitations aux pays en difficulté à mener des réformes structurelles se sont envolées avec l'arrivée programmée de taux plus favorables.

La chancelière allemande a pourtant soutenu implicitement le programme de la BCE. Son porte-parole a souligné vendredi que la BCE «intervenait de manière indépendante et dans le cadre de son mandat», comme l'avait déjà dit Angela Merkel la veille à Madrid. Depuis Stockholm, son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a assuré que ce n'était «pas le début d'un financement monétaire de la dette publique» avant de critiquer la presse allemande «très nerveuse» sur ce sujet, selon lui. Selon le quotidien des affaires Handelsblatt, «une interprétation serait que la chancelière n'est pas favorable (à cette mesure), mais qu'elle n'est plus en position de s'opposer à la cohorte des supporteurs du modèle Draghi».

Espoirs reportés sur Karlsruhe

Plusieurs experts, cités notamment par le Financial Times Deutschland, soulignent qu'en réalité Berlin a obtenu gain de cause sur un point essentiel: le droit de veto. Le rachat de dettes souveraines étant conditionné à une demande officielle des États au Fonds européen de stabilité financière (FESF), le feu vert du Bundestag restera indispensable pour débloquer l'aide.

En attendant, les adversaires de la BCE reportent tous leurs espoirs sur la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui rendra mercredi une décision capitale sur le mécanisme de sauvetage de la monnaie unique (MES). Selon un sondage YouGov, 54% des Allemands espèrent que les juges barreront la route au MES.

Figaro



06/09/2012 - La BCE va racheter de la dette publique "sans limite"

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé d'intervenir sur le marché secondaire de la dette publique face aux primes de risques élevées réclamées à certains pays, a annoncé, jeudi 6 septembre, son président Mario Draghi.

"La BCE fera tout pour sauver l'euro, qui est irréversible", a-t-il dit. Elle va lancer un nouveau programme, baptisé "Outright monetary transactions" (OMT), en raison "des perturbations graves observées sur le marché des obligations publiques qui proviennent de craintes infondées de la part des investisseurs sur la réversibilité de l'euro", a-t-il explicité lors d'une conférence de presse très attendue à Francfort. Mario Draghi a annoncé la fin du 1er programme de rachat de dette publique (le SMP), qui a permis de racheter pour 209 milliards d'euros de titres. Il a précisé que la BCE allait désormais pouvoir acheter des obligations d'Etat de maturité allant de 1 à 3 ans et qu'il ne se fixerait "pas de limite quantitative".

En revanche, contrairement aux rumeurs, Mario Draghi a précisé qu'il n'y aurait "pas d'objectif spécifique" sur les écarts de taux pour ces rachat de titres. Ces achats se feront sous strictes conditions de demande d'aide au Fonds européen de stabilité financière (FESF) par les pays qui souhaiteront en bénéficier.
 
Révision des prévisions de croissance et d'inflation

La BCE va également alléger les exigences de garanties pour ses prêts aux banques. Elle a notamment décidé de "suspendre l'application d'un seuil de notation financière minimum" pour les garanties exigées ("collatéraux") dans le cas de titres de dette d'Etats membres de la zone euro, a détaillé un communiqué.

L'institution a précisé par ailleurs qu'elle laissait son principal taux directeur inchangé, à 0,75%, soit son plus bas niveau historique, fixé en juillet, et qu'elle attendait une inflation de 2,5% en 2012, contre 2,4% jusqu'ici.

Elle a enfin révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro pour cette année et l'an prochain, prenant ainsi acte de la poursuite de la dégradation de l'économie de la région. Elle s'attend désormais à un recul de 0,4% du Produit intérieur brut (PIB) en 2012, contre une baisse de 0,1% lors de sa précédente estimation en juin. Pour 2013, elle prévoit une croissance de 0,5%, contre 1% en juin.
 
Une décision très attendue

La BCE suscitait beaucoup d'espoirs ce jeudi. La Bourse de Paris accélérait à la mi-journée, le CAC 40 prenant 0,94% dans l'attente d'annonces fortes de son président. La France a levé près de 3 milliards d'euros à un taux historiquement bas (2,21%) pour des emprunts à 10 ans. L'Espagne a vu ses taux baisser à toutes les échéances.

Cependant de nombreux observateurs laissaient entendre que les déclaration de la BCE pourraient décevoir. A tort ? Les principales places financières ont salué ses décisions. Après leur annonce, la Bourse de New York a ouvert en hausse. La bourse de Madrid bondissait de plus de 3%, de même que celle de Milan. En Allemagne, le Dax grimpait de plus de 2%.
 
Pourquoi de tels espoirs ?

Ils ont été nourris par les déclarations début août de Mario Draghi, qui a déclaré que l'institution était prête "à faire ce qu'il faudrait pour préserver l'euro". Pendant que ses équipes se sont chargées de mettre au point les détails de son mode d'intervention, les hypothèses ont fusé.

Le 20 août, l'hebdomadaire allemand "Der Spiegel" a ainsi laissé entendre que la BCE pourrait définir une limite pour les taux d'intérêts payés par les pays pour leurs emprunts, au-delà de laquelle elle rachèterait systématiquement leurs obligations pour en empêcher la hausse. En pratique, une telle limite s'applique sur l'écart de taux entre les pays les plus endettés, qui empruntent plus cher, et les pays les mieux lotis - comme l'Allemagne - qui empruntent moins cher.

Mario Draghi n'a pas choisi de fixer de telle limite, mais il laisse la possibilité à la BCE d'intervenir autant que nécessaire afin de donner de l'oxygène aux pays trop endetté, et ainsi de rassurer les investisseurs sur la stabilité de la zone. Juste après son annonce, les taux d'emprunt à long terme de l'Espagne et de l'Italie se sont détendus fortement jeudi après-midi sur le marché obligataire.
 
Les opposants à la BCE : l'électeur allemand et la Bundesbank

Les intentions prêtées à la BCE avaient trouvé une vive opposition au sein de la banque centrale allemande. Cette dernière, sur une ligne très rigoureuse concernant la politique monétaire, considère que la mise en place de ce type d'intervention est une décision politique, puisqu'elle revient à aider financièrement un pays membre avec l'argent des contribuables de l'ensemble de la zone. "Toute socialisation des dettes doit se faire en passant par les parlements ou les gouvernements et non par l'action des banques centrales", a-t-elle ainsi rappelé. Mario Draghi a noté jeudi qu'un membre de la BCE avaot voté contre les décisions qu'il a annoncées....

Les décisions de Mario Draghi auraient aussi pu être fortement influencées par les électeurs allemands. Ils sont de plus en plus nombreux à refuser de payer pour les autres pays, notamment la Grèce, même si le coût d'une sortie de l'euro pourrait coûter bien plus cher. La chancelière, qui prépare les élections législatives en 2013, en tient compte, en maintenant un discours officiel de fermeté. Mais en coulisse, ne laisse-t-elle pas Mario Draghi tout faire pour sauver l'euro ? En France, l'intervention de la BCE est plébiscitée: selon un sondage*, 72% des personnes interrogées estiment qu'elle est nécessaire pour aider les pays de la zone euro en difficulté.
 
Un débat de fond sur l'avenir de l'Europe

Les actions de la BCE renvoient au fond à la question d'une mise en commun de la dette. Sur ce point, l'Allemagne et la France sont en désaccord. La France est pour des eurobligations, titres de dette communs, l'Allemagne considère qu'il faut au préalable mettre en place une solidarité budgétaire, pour avoir un contrôle sur les dépenses des états en difficulté avant de leur prêter.

Mais face à l'urgence de la situation, les dirigeants européens s'en tiennent au "pacte du silence" : aucune déclaration publique sur la gestion de la BCE (positive ou négative) de manière à garantir son indépendance et à la laisser mener la politique qu'elle juge appropriée pour garantir la stabilité de la zone : en l'occurrence, une politique active de sauvetage.

*Etude BVA pour BFM Business, BFM TV, Avanquest et Challenges, réalisée les 30 et 31 août auprès d'un échantillon de 1.151 personnes représentatives de la population française de 15 ans et plus, recrutées par téléphone et interrogées sur internet, suivant la méthode des quotas.

NouvelObs


19/08/2012 - La Finlande se prépare à l'éclatement de la zone euro

« Nous devons accepter la possibilité d’un éclatement de la zone euro », a déclaré au Daily Telegraph Erkki Tuomioja, le ministre des Affaires Etrangères finlandais.

« Personne en Finlande ne le souhaite vraiment, pas même les vrais Finlandais, sans parler du gouvernement. Mais nous devons nous y préparer ». Il précise que les officiels finlandais disposent d’un plan opérationnel pour « toute éventualité ». 


« Mais laissez-moi ajouter qu’un éclatement de l’euro ne veut pas dire la fin de l’Union Européenne. Il pourrait même permettre à l’Union de fonctionner encore mieux », a ajouté Tuomioja.

« Il n’y a pas de règles pour la sortie de l’euro mais ce n’est plus qu’une question de temps. Le sud ou le Nord vont en partir parce que ce corset monétaire génère de la misère pour des millions de gens et détruit l’avenir de l’Europe. C’est un désastre total. Nous allons nous trouver à court d’argent si nous continuons ainsi. Mais personne en Europe ne veut être le premier à sortir de l’euro et en subir toutes les critiques ».

La question d’une dislocation de la zone euro pourrait refaire surface en octobre lorsque les inspecteurs de la troïka composée du FMI, de la BCE et de l’UE retourneront en Grèce pour inspecter les progrès qu’elle aura accomplis dans la poursuite des réformes. Athènes a demandé un allongement de deux ans du délai qui lui a été accordé pour mener ces réformes à bien, mais l’Europe rechigne à le lui accorder.

« C’est aux Grecs qu’il appartient de savoir s’ils veulent rester dans la zone euro. Nous ne pouvons pas les forcer à partir », observe Tuomioja. La Finlande est le seul pays à avoir réclamé des garanties pour sa contribution au plan de sauvetage de l’Espagne et de la Grèce.

Il y a deux semaines, le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, a indiqué que des solutions étaient à l’étude pour résoudre l’épineux problème du rang de priorité des fonds de secours et permettre au MES et à la BCE de pouvoir acquérir des obligations souveraines. En effet, lors de chaque intervention des fonds de secours, les prêts accordés dans le cadre de cette aide au pays en difficulté augmentent le risque de défaut de ce pays sur les créances des prêteurs privés, en raison de leur caractère prioritaire.

Si le pays n’a pas suffisamment d’argent pour rembourser tous ses créanciers, il sera contraint de commencer par payer ceux qui présentent ce caractère prioritaire. C’est ainsi que les pays qui ont bénéficié d’un plan de sauvetage perdent la confiance des investisseurs privés.

Or, Tuomioja a précisé que la Finlande s’opposerait à tout changement du MES qui pourrait remettre en question sa qualité de prêteur à remboursement prioritaire, ce qui pourrait anéantir les espoirs d’un retour de la confiance des investisseurs à l’égard de l’Italie ou de l’Espagne.

« Les prêts du MES sont prioritaires. C’est une ligne rouge pour nous. Nous nous inquiétons beaucoup d’un changement possible des règles du MES ». Tuomioja a également exprimé de la méfiance pour les projets d’embrigadement à leur insu des Etats membres de l’euro dans une forme d’union fiscale manigancée par ceux qu’il a appelés « la bande des 4 », et dont Mario Draghi ferait partie. « Je ne leur fais pas confiance », a-t-il précisé.


Express.be


24/07/2012 - Moody's place Allemagne, Pays-Bas et Luxembourg sous perspective négative

L'agence d'évaluation financière Moody's a abaissé lundi de "stable" à "négative" la perspective pour l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg, trois pays notés "triple A", en raison de "l'incertitude croissante" sur l'issue de la crise de la dette en zone euro.

L'agence a également indiqué lundi qu'elle réexaminerait "à la fin du troisième trimestre" le triple Aaa accordé à la France et l'Autriche, deux autres pays de la zone euro qu'elle avait déjà placés sous perspective négative en février.


Concrètement, le placement sous perspective négative signifie que l'agence n'exclut pas un abaissement de la note souveraine en cas de dégradation de la situation.

Dans son communiqué, l'agence justifie sa décision concernant l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg par "la probabilité de plus en plus forte d'une sortie de la Grèce de l'euro" et l'"impact" d'un tel événement sur des Etats-membres de la zone euro, notamment les plus solides.

"Même si un tel événement est évité, il existe une probabilité de plus en plus forte qu'une aide à d'autres Etats de la zone euro, notamment l'Espagne et l'Italie, soit requise", ajoute Moody's, précisant que ce "fardeau" devrait peser plus "lourdement" sur les Etats considérés comme les plus solvables de la zone euro.

Le ministère allemand des Finances a aussitôt réagi à cette annonce en assurant que l'Allemagne, première économie en Europe, continuerait d'être l'"ancre de stabilité dans la zone euro".

"L'Allemagne va tout faire avec ses partenaires pour surmonter le plus rapidement possible la crise de la dette européenne", a ajouté le ministère dans son communiqué.

La dette de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg jouit auprès de Moody's du fameux triple Aaa, la meilleure note possible, censé refléter la confiance des investisseurs dans la solvabilité de ces pays et leur assurer le paiement de très faibles taux d'intérêts.

Au total, six pays de la zone euro bénéficient encore de cette note chez Moody's mais seule la Finlande jouit encore d'une "perspective stable", que l'agence a confirmée lundi en soulignant la faible exposition de son économie et de son système bancaire aux vicissitudes européennes.

Mi-juillet, Moody's avait dégradé de deux crans, de A3 à Baa2, la note de solvabilité de l'Italie, évoquant déjà un risque de "contagion" de la crise de la zone euro, et suscitant de nombreuses protestations au sein de l'Union européenne.

La dégradation des notes souveraines n'est pas toujours suivie d'effets sur les marchés.

En août 2011, l'agence Standard and Poor's, l'une des trois à dominer le marché mondial de la notation, avait retiré son triple A aux Etats-Unis qui empruntent pourtant aujourd'hui à des taux historiquement bas sur les marchés financiers.

AFP 


11/07/2012 - FESF: la Finlande bloque l'aide financière aux banques espagnoles

Le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos a déclaré mardi que la Finlande bloquait l'accord d'aide financière allant jusqu'à 100 milliards d'euros aux banques ibériques, en situation difficile en raison de la crise financière qui secoue le pays.
"L'accord est pratiquement prêt, mais la Finlande le bloque, en réclamant à l'Espagne des garanties en échange de l'octroi d'un prêt", a dit le ministre lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Auparavant, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a annoncé que l'Espagne recevrait fin juillet un premier versement de 30 milliards d'euros pour recapitaliser ses banques.

Quoi qu'il en soit, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ne peut débloquer l'argent pour l'Espagne que si cette décision est adoptée à l'unanimité. La Finlande a toutefois déclaré plus d'une fois qu'elle refusait de payer les dettes des autres pays de la zone euro. Bien que les cotisations finlandaises ne dépassent pas 2% du FESF, ce pays nordique formule les mêmes revendications à l'égard de la Grèce.

Ria




28/06/2012 - L’Europe en désaccord alors que la crise se propage

A la veille d’un sommet de l’Union européenne très attendu, jeudi et vendredi, la crise de la dette s’est nettement aggravée alors que les principales puissances restent profondément divisées.

Lundi, l’Espagne a officiellement fait la demande d’un renflouement pour ses banques à hauteur de 100 milliards d’euros (125 milliards de dollars). Celle-ci a été officieusement acceptée le 6 juin ;
Chypre a officiellement demandé son sauvetage, portant à cinq le nombre des Etats de l’UE maintenus artificiellement en vie. Le recours de Chypre à un renflouement a ajouté au tout une signification symbolique parce que le pays assumera à partir du 1er juillet la présidence tournante de l’UE.
Le même jour, l’agence d’évaluation financière Moddy’s Investors Service a ajouté à la dégradation de la dette du gouvernement espagnol celle de vingt-huit banques espagnoles, dont Banco Santander, la plus grande banque de la zone euro sur le plan de la capitalisation boursière. Au moins douze de ces banques ont été reléguées dans la catégorie à haut risque (« junk »).

Mardi, le coût des emprunts de l’Espagne a grimpé en flèche et la demande pour ses obligations a chuté lors d’une adjudication de titres de dette à court terme. Madrid a dû accepter de payer à des détenteurs d’obligations des intérêts dépassant deux à trois fois le taux proposé il y a un mois à peine.

En Grèce, la coalition gouvernementale nouvellement élue est déjà en déroute. Vassilis Rapanos, l’ancien président de la Banque nationale de Grèce, qui a été nommé ministre des Finances, a démissionné lundi, apparemment pour raison de santé. Le premier ministre Antonis Samaras a annoncé qu’il serait absent au sommet de l’UE en raison d’une opération aux yeux.

Durant le week-end, la coalition formée par Nouvelle Démocratie (ND), le PASOK et la Gauche démocratique a réclamé une prolongation de deux ans des délais de réduction du déficit public imposés par la « troïka » – l’Union européenne, le Fonds monétaire International (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) – en plus de l’annulation de la suppression de 150.000 emplois du secteur public, de la révocation des réductions de retraites pour les personnes à faibles revenus, de la renégociation de la réduction du salaire minimum et d’une baisse de la hausse des taxes à la consommation précédemment acceptée.

Les responsables allemands ont rejeté d’emblée toute modification des mesures d’austérité. Lors d’une interview accordée à un journal, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a sermonné le premier ministre grec Samaras en disant que sa tâche était de se conformer « rapidement et sans délais [aux termes du renflouement de la Grèce] plutôt que de demander aux autres ce qu’ils peuvent encore faire pour la Grèce. »

Les responsables allemands ont dit que la demande de la Grèce de renégocier les modalités de son accord relatif à la dette ne serait pas débattu au sommet à Bruxelles parce la troïka ne s’était pas encore rendue dans le pays pour examiner les progrès réalisés dans l’application des « réformes » nécessaires.

Avec la propagation de la récession partout en Europe et la contraction de la croissance dans le reste du monde, les perspectives sont celles d’une aggravation de la crise de la dette de l’UE et une intensification des pressions qui déchirent à la foi la monnaie commune et l’Union européenne elle-même.

On avait, surtout après l’échec du sommet du G20 au Mexique la semaine dernière, espéré de la réunion des chefs de gouvernements, des dirigeants de l’UE et des chefs des banques centrales qu’ils se mettent d’accord sur des mesures concrètes pour soulager la crise de la dette souveraine et celle des banques, surtout en Espagne et en Italie. Ces deux économies, la quatrième et la cinquième de l’UE en importance, sont devenues la cible des marchés financiers au moment ou la « contagion » financière s’étend de la périphérie – Irlande, Portugal et Grèce -- au centre de l’Union européenne.

De sombres avertissements ont été lancés quant aux conséquences d’un échec du sommet européen à prendre des mesures décisives. « C’est la survie de l’Euro même qui est menacée » a dit Athanasios Orphanides qui était jusqu’au mois dernier membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).

Dans l’éditorial du Financial Times de samedi on peut lire : « Les investisseurs financiers semblent ne plus vouloir espérer. Les actions en bourse semblent piétiner, mais la plupart des marchés financiers s’enfoncent dans une morosité plus grande encore. »

Mardi, le magazine Spiegel Online publia une interview avec George Soros dans laquelle le spéculateur multi-milliardaire déclarait qu’on n’avait plus que « trois jours pour sauver l’Euro. »

Mais dans les cercles financiers et politiques tous les espoirs d’un accord pour une stratégie pour contenir la crise ont déjà été déçus. Spiegel Online fait ce commentaire : « Parce que l’espoir que des décisions concrètes seront prises est déjà ténu, on peut déjà considérer la réunion de Bruxelles comme un échec. »

Un sommet préparatoire tenu vendredi à Rome et auquel participaient les chefs de gouvernement des quatre économies européennes les plus importantes – Angela Merkel, François Hollande, Mario Monti et Mariano Rajoy – était censé donner une image d’unité. La conférence de presse qui a suivi la rencontre révéla au contraire les fortes divisions au sein de l’Union européenne.

Merkel rejeta de prime abord les propositions faites par Hollande, Monti et Rajoy et également préconisées par le Fonds Monétaire International et Washington, que soient prises des mesures à court terme pour soulager la crise de la dette en Espagne et en Italie. Ces mesures comprennent des aides financières directes de la BCE aux banques des deux pays, des rachats à grande échelle de leur dette souveraine et l’utilisation de fonds de sauvetage dans le but d’acheter la dette gouvernementale de pays en difficulté.

Elle réitéra l’opposition de l’Allemagne à une mutualisation de la dette sous forme de bons européens du trésor ou d’une large supervision des banques européennes et d’un fonds commun de garantie des dépôts, jusqu’à ce que soit établie une union fiscale qui donnerait le contrôle central des budgets nationaux aux institutions européennes, privant les Etats de la zone Euro d’une bonne partie de leur souveraineté.

L’Allemagne en tant que principale économie européenne dominerait ces institutions et dicterait dans une large mesure la politique fiscale de toute la zone euro. Derrière l’Allemagne se tiendraient les principales banques internationales.

« Nous devons utiliser tous les mécanismes existants pour stabiliser les marchés, donner confiance, lutter contre la spéculation » a dit Hollande lors de la conférence de presse. A quoi Merkel répondit « La croissance et la discipline financière sont deux côtés d’une même médaille. »

En réponse à l’insistance de Merkel que l’union fiscale devait précéder l’émission d’emprunts ou autres mesures qui entraîneraient des dépenses plus importantes pour l’Allemagne pour soutenir l’Euro, Hollande dit qu’il y n’aurait pas de « transfert de souveraineté sans une plus grande solidarité ».

Le conflit entre l’Allemagne et la France a des racines profondes. L’Allemagne qui est la puissance économique dominante, cherche à faire valoir ses intérêts au sein de l’Union européenne en renforçant l’autorité politique de celle-ci sur les Etats-membres. La France, plus faible économiquement, cherche à protéger les siens en défendant sa position politique et résiste par conséquent à un affaiblissement de sa souveraineté.

Le seul accord sorti de la rencontre de Rome est celui d’un « fonds de croissance » symbolique de 120 milliards d’euros constitué pour une bonne part de sommes déjà existantes et détournées d’autres budgets européens. Il faut mesurer cette somme marginale, qui n’aurait pratiquement aucun impact sur le niveau de chômage de près de 25 pour cent en Grèce et en Espagne et la montée du chômage dans la plupart des pays européens, aux 4,5 billions d’Euros d’aide étatique approuvée en faveur des banques européennes depuis 2008, l’équivalent de plus d’un tiers de la production économique européenne.

Merkel et Hollande doivent se rencontrer à nouveau mercredi, mais la chancelière allemande a déjà signalé qu’elle ne changerait pas de position. Lors d’une conférence à Berlin lundi, elle dit que partager les risques au sein de l’euro zone serait « faux du point de vue économique et contre productif », ajoutant : « Lorsque je pense au sommet je m’inquiète de ce que nous nous concentrerons à nouveau sur toutes sortes de moyens de partager la dette. »

Mardi, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy publia une proposition de restructurer l’Union européenne et de sauvetage de l’Euro qui doit être débattue au sommet de Bruxelles. Ce plan fut publié en son nom et au nom du président de l’Euro groupe Jean-Claude Juncker, du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso et du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Il appelle à la formation d’une union bancaire, dotée d’un régulateur de la banque centrale et une assurance commune des dépôts ; un contrôle plus strict des budgets nationaux incluant un droit de veto à l’encontre des pays qui manquent à remplir les objectifs de la dette et la mutualisation de la dette européenne. Ce sont là des changements qui, s’ils étaient acceptés, prendraient des années à réaliser. Le plan de Van Rompuy ne contient aucune proposition à court terme pour régler la crise dans l’immédiat.

Le ministre des Affaires étrangères adjoint allemand, Michael Link, rejeta immédiatement l’appel à l’émission de bons européens du trésor. « En commençant par une mutualisation de la dette, nous allons dans une impasse » dit-il à Luxembourg.

L’Angleterre quant à elle, réfléchissant les intérêts de la City londonienne, s’oppose à une union bancaire et refusera de se joindre à une telle union si elle voyait le jour.

Tous ces divers plans et propositions partent d’une prémisse commune – que le poids de la crise doit être imposé à la classe ouvrière, qui doit payer pour les aides de plus en plus importantes aux banques, par l’austérité ou des soi-disant « réformes structurelles », c'est-à-dire en démolissant tous les droits et toutes les protections des travailleurs.

En même temps, l’effondrement de l’équilibre d’après la deuxième Guerre mondiale, qui avait sa base dans la domination économique des Etats-Unis, renforcé par l’effondrement mondial commencé en 2008, a donné à la contradiction fondamentale opposant l’intégration européenne au système d’Etats nations inhérent au capitalisme une nouvelle intensité.

Les divergences croissantes entre l’Allemagne et la France, dont l’alliance a été au centre du projet d’Europe capitaliste unie, annonce l’échec de l’Union européenne et la réapparition des antagonismes virulents qui ont, le siècle dernier, conduit à deux guerres mondiales.


Article original en anglais, WSWS, publié le 27 juin 2012


25/06/2012 - Madrid réclame officiellement l'aide de la zone euro

Après des semaines d'atermoiements, le ministre des Finances Luis de Guindos a déposé ce lundi sa lettre pour réclamer un plan de sauvetage de ses banques en difficulté. La zone euro est prête à lui prêter 100 milliards d'euros.

L'Espagne n'avait plus le choix. Face à la pression conjuguée des marchés financiers et de ses partenaires européens, inquiets du pourrissement de la situation, elle a déposé sa lettre officielle de demande d'aide financière à la zone euro. Les détails du plan, qui servira exclusivement à recapitaliser les banques ibères en difficulté, ne seront connus que le 9 juillet, lors du prochain Eurogroupe, la réunion des ministres des Finances de la zone.

«Le ministre de l'Économie, Luis de Guindos, a envoyé aujourd'hui au président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, au nom du gouvernement espagnol, la lettre de demande d'assistance financière pour la recapitalisation des entités financières qui en ont besoin», a indiqué le ministère dans un communiqué. Le ministre des Finances espagnol a précisé vendredi que seules quatre banques auront besoin de l'aide pour se recapitaliser, les autres établissements pouvant faire cela par eux-mêmes ou étant déjà nationalisée.

La Commission européenne négociera «les nécessaires conditionalités pour le secteur financier, celles-ci incluant des plans de restructuration conformément aux règles européennes», a précisé dans un communiqué le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Il n'est pas encore question d'un montant précis. Toutefois, le gouvernement espagnol a avancé jeudi que ses banques auraient besoin de 62 milliards d'euros. La zone euro a pour sa part précédemment mentionné qu'elle était d'accord de prêter au maximum 100 milliards d'euros. Invité vendredi à fournir des détails sur l'aide, le ministre des Finances, Luis de Guindos, a indiqué qu'il s'agirait d'un plan «à long terme, pour plus de quinze ans, avec des périodes de grâce (sans remboursement, NDLR) qui iront de cinq à dix ans et des taux d'intérêt de 3 à 4%».
Définir les moyens d'action

«Nous sommes tombés d'accord pour avancer sur la procédure car ce qui est beaucoup plus important que la lettre, c'est le protocole d'accord que l'Espagne signera avec la Commission (européenne) et les autres» créanciers internationaux, a déclaré le ministre des Finances. En clair, les conditions dans lesquelles l'Europe prêtera à l'Espagne restent à définir.

La méthode favorisée par l'Allemagne consiste à prêter à l'État espagnol, qui avancera ensuite des fonds aux banques en difficulté. Madrid voyait cela d'un mauvais œil: les sommes qui transitent par ses comptes viendront alourdir sa dette publique.

Au final, les prêts passeront par le fonds espagnol d'aide au secteur bancaire. Comme ce dernier est garanti par l'État, l'arrivée éventuelle de 100 milliards d'euros dans ses caisses devrait alourdir la dette publique. En partie à cause du plan d'aide européen, cette dernière pourrait donc avoisiner les 90% du produit intérieur brut (PIB) d'ici à la fin de l'année, contre 70% aujourd'hui.

AFP


17/05/2012 - Les Grecs, qui redoutent le pire, ont déjà retiré 700 millions d'euros des banques

Alors que depuis quelques jours plane la menace d'une faillite et d'un retour à la drachme (l'ancienne monnaie), voilà que les Européens montent à nouveau au créneau sauver la Grèce. Malgré tout, un vent de panique a soufflé parmi les Grecs, poussant nombre d'entre-eux à vider leurs comptes en banque, comme en novembre 2011 où près de 5 milliards d'euros avaient été retirés au guichet des banques.

« Les retraits d'argent dans les banques grecques ont atteint 700 millions d'euros lundi », a ainsi indiqué le président de la République Carolos Papoulias (photo) aux chefs des partis politiques grecs qu'il a reçus. Le chef de l'État estime que la situation pourrait être pire au cours des deux prochains jours.

Georges Provopoulos, le gouverneur de la Banque de Grèce, a dit qu'il n'y avait « pas de panique, mais qu'il y avait une grande inquiétude qui pourrait se transformer en panique ».

L'inquiétude est provoquée par l'incertitude politique qui a suivi le scrutin législatif du 6 mai (le prochain est prévu le 17 juin), au cours duquel aucun parti n'a reçu de majorité, plongeant le pays dans la paralysie politique. Hier, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a dit avoir « une forte préférence en faveur d'un maintien de la Grèce au sein de la zone euro ».

La Depeche


10/05/2012 - La Grèce n'a jamais été plus proche d'un risque de faillite

L'agacement règne dans les capitales européennes après l'aggravation de la crise politique en Grèce. Athènes demande de revoir le second programme d'aides. Une perspective qui provoque de fortes secousses sur les marchés

Le message que les Grecs ont envoyé par leur vote est sans ambiguïté : ils ne veulent pas du mémorandum qui a ouvert la voie au second programme de financements internationaux. Et ce message semble avoir été reçu. La Grèce «  a testé les limites de ce que la population peut supporter », a avoué Horst Reichenbach, le chef de file de la « task force » de la Commission européenne à Athènes. Pour autant, les Européens ne sont pas disposés, à ce jour, à rediscuter le mémorandum. Ce qui rend les marchés particulièrement nerveux.

Les investisseurs s'interrogent à nouveau sur la possibilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro et sur les conséquences que ce scénario aurait sur l'ensemble de la région. Hier l'euro a glissé sous 1,30 dollar pour la première fois depuis la fin janvier, les taux des emprunts des pays dits « périphériques » se sont tendus, le 10 ans espagnol franchissant même le seuil symbolique de 6 %. La Bourse de Madrid a terminé la journée sur ses plus bas niveaux depuis neuf ans. Autre signe d'inquiétude : la dette allemande a été très recherchée, ce qui a permis au meilleur élève de la zone euro d'emprunter à des taux exceptionnellement bas.

Pour l'heure, la Grèce fait la sourde oreille. Tous les partis qui ont obtenu des sièges à l'assemblée caressent plus ou moins l'idée de renégocier telle ou telle partie du mémorandum. A Bruxelles, on souligne qu'il ne contient pas que des mesures de consolidation budgétaire et d'austérité mais aussi toute une série de réformes structurelles destinées à soutenir la croissance. Or, ce sont ces réformes que la majorité des Grecs ont rejetées, notamment celles dont l'application s'est soldée par des baisses importantes des salaires et des retraites.
Nouveau bras de fer

En Europe, les partisans d'un assouplissement des conditions imposées à la Grèce sont peu nombreux. Un geste vient toutefois d'être fait : l'Europe a donné son feu vert au versement d'une tranche de financements de 5,3 milliards d'euros, dont 4,2 milliards aujourd'hui. Pour la suite, les créanciers internationaux font planer la menace de suspendre toute aide si le prochain exécutif ne confirme pas les engagements déjà pris. Si les responsables grecs s'entêtent à vouloir renégocier le mémorandum, le FMI considérera que le programme de financements n'est plus viable et retirera son appui. Une éventualité qui mettrait les Européens face à un dilemme historique : continuer de financer Athènes sans l'institution de Washington ou le laisser sombrer dans la banqueroute le poussant ainsi hors de l'euro. Avec à la clef des risques de contagion vers l'Espagne et l'Italie. Le retour de la Grèce à la drachme porterait un coup sévère à l'esprit de la construction européenne dont les conséquences ne se mesureraient pas uniquement en termes de contrecoups sur les marchés. Un nouveau bras de fer s'installe donc avec Athènes.

M. P. ET I. CO. - Les echos


06/05/2012 - Séisme politique en Grèce, les électeurs censurent la politique de rigueur 

Les deux partis pro-rigueur grecs Pasok (socialiste) et Nouvelle Démocratie (droite) se sont effondrés lors des législatives dimanche, rassemblant entre 31 et 37% des voix à eux deux, jetant un doute sur la capacité de la Grèce à honorer ses engagements au sein de la zone euro.

Si elle se confirmait, cette débâcle, annoncée par un sondage sortie des urnes diffusé par les chaînes de télévision, rendrait quasi impossible la formation d'un gouvernement de coalition par ces deux partis pour poursuivre la politique de rigueur dictée par l'UE et le FMI.

Pour obtenir une majorité absolue au parlement, soit 151 sièges, ils avaient besoin d'au moins 37% des voix à eux deux.

Un mandat pour former un gouvernement devrait néanmoins être accordé au chef du premier parti, la Nouvelle Démocratie, qui a obtenu entre 17 et 20% des voix contre 33,5% en 2009 et qui a revendiqué la place de premier parti.

Le scrutin a été dominé par la contestation de la politique d'austérité menée sous l'impulsion des bailleurs de fonds du pays, donnant au petit parti de la gauche radicale Syriza entre 15,5 et 18,5% des voix, selon le même sondage diffusé par les télévisions à 16H00 GMT.

Selon ce sondage, le parti socialiste Pasok enregistre une chute historique avec un score compris entre 14 et 17% contre 43,9% en 2009. Il perd même la seconde place au profit du Syriza qui lui enregistrait seulement 4,6% des voix il y a trois ans.

"C'est un séisme politique qui frappe les partis gouvernementaux", a estimé sur la chaîne Mega Panos Panagiotopoulos, un ténor de la Nouvelle Démocratie, le parti conservateur qui revendique la première place.

"Ne considérons pas que le sondage sortie des urnes nous donnera le résultat final, cela va nous donner une image du paysage politique avant un affinement qui va se poursuivre dans la nuit", a cependant averti le politologue Ilias Nikolakopoulos, sur la chaîne de télévision Mega.

Environ 9,8 millions d'électeurs grecs ont voté dimanche pour renouveler le Parlement dans un scrutin dominé par l'implosion du vieux système politique et du bipartisme, au risque de remettre en cause les efforts de redressement du pays au sein de la zone euro.

Aux termes de la Constitution, le mandat pour trouver un gouvernement d'alliance est d'abord remis au premier parti, avant de passer en cas d'échec aux deux suivants, dans un délai d'une dizaine de jours.

Après avoir voté, l'actuel Premier ministre avait tenté de dissiper la menace d'une instabilité politique, en s'affirmant confiant dans la formation d'un gouvernement "dès cette semaine".

Illustrant le climat d'exception qui a régné pendant toute la campagne, une trentaine de néonazis ont fait irruption dans six bureaux de vote athéniens durant la journée, où ils se sont livrés à des intimidations contre des militants de gauche, selon le petit parti d'extrême gauche Antarsya.

La police a confirmé deux incidents, attribués au groupuscule Chryssi Avghi (Aube dorée) qui présentait aussi des candidats et fait son entrée au Parlement pour la première fois de l'histoire moderne du pays, après avoir obtenu entre 6 et 8% des voix selon le sondage sortie des urnes.

Ce parti néonazi, longtemps semi-clandestin et réputé pour ses agressions contre les migrants, dénonce le mémorandum d'accord signé par la Grèce avec ses créanciers, et refuse le remboursement de la dette publique. Son entrée au parlement constitue un choc dans un pays qui a subi durement le joug de l'occupation nazie et une dictature militaire de 1967 à 1974.

Le Point


28/03/2012 - L'Espagne prendra-t-elle le chemin de la Grèce? 

Dans les milieux économiques, certains observateurs le redoudent déjà. L'Espagne, en effet, peine à se relever de la crise économique. Le pays renoue avec la récession. Au 1er trimestre 2012, l'activité s'est de nouveau contractée. Consommation des ménages en baisse, chômage en hausse... Le gouvernement de Mariano Rajoy promet de nouvelles mesures d'austérité.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Non seulement le pays suit de nouveau la pente de la récesion, comme son petit voisin portugais, mais il est désigné comme le mauvais élève de l'Union européenne, un véritable sujet de préoccupation, pour citer un dirigeant à Bruxelles. D'autant que la prime de risque espagnole s'est envolée, tout comme la dette publique qui était jusqu'ici raisonnable.

En clair, l'Espagne souffre ces jours-ci d'une crise de confiance à l'étranger, et ce pour une raison principale : son déficit public ne devait être que de 6%, or il est de 8% du PIB, ce qui va obliger le nouveau gouvernement de droite à faire des coupes terribles dans les dépenses publiques pour abaisser le déficit à 5,3% d'ici la fin de l'année.

C'est tout le défi de Mariano Rajoy : prouver à Bruxelles qu'il est capable de pareils coups de ciseaux, à hauteur de 35 milliards d'euros, tout en contrôlant une rébellion sociale de plus en plus forte.

RFI - Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau



13/01/2012 - Les banques suspendent leurs négociations avec Athènes

Sans la conclusion d'un accord d'effacement de dette avec ses banques créancières et les nouveaux prêts européens, la Grèce fait face à de "graves" dangers économiques, a déclaré, vendredi 13 janvier, le premier ministre grec, après la suspension des négociations entre les banques et le gouvernement. "Nous savons parfaitement à quel point la situation est critique" a déclaré M. Papadémos, lors d'un dîner devant la chambre de commerce greco-allemande.

En effet, les banques ont annoncé, vendredi, qu'elles suspendaient leurs négociations avec Athènes sur les modalités de la restructuration de sa dette publique, et ont laissé entendre qu'elles pourraient revenir sur leur engagement à en effacer volontairement une grande partie. "En dépit des efforts des dirigeants grecs", la proposition des banques d'abandonner 50 % de la dette de l'Etat grec en leur possession, "n'a pas abouti à une réponse ferme et constructive de la part de toutes les parties", écrit l'Institut de la finance internationale (IIF). "Dans ces conditions, les discussions avec la Grèce [...] sont suspendues pour permettre une réflexion sur les bénéfices d'une approche volontaire".

La notion "d'approche volontaire" fait référence à l'accord qui avait été conclu les 26 et 27 octobre entre les créanciers privés de la Grèce et les dirigeants de la zone euro. Les premiers s'étaient alors engagés à renoncer d'eux-mêmes à recouvrer environ 100 milliards d'euros sur leurs créances afin d'éviter une faillite désordonnée du pays.

>> Lire : "La Grèce veut effacer plus de la moitié de son endettement privé" (édition Abonnés)

CONFLIT SUR LES TAUX D'INTÉRÊTS

L'annonce des banques est tombée quelques heures après qu'une source gouvernementale grecque eut déclaré que les négociations allaient "se poursuivre, selon toute probabilité mercredi prochain".
La presse grecque rapportait, vendredi, que les négociations butent notamment sur les taux d'intérêt réclamés par les banques, jugés excessifs côté grec.

Selon le quotidien Kathimérini, les négociateurs représentant le secteur privé réclament, pour les nouvelles obligations qu'ils recevront en échange de leurs anciens titres, des taux d'intérêt autour de 5 %, la partie grecque ne consentant, elle, qu'à une rémunération autour de 4 %.

PLAN DE DÉSENDETTEMENT

L'Américain Charles Dallara, directeur général de l'IIF, et l'inspecteur général des finances français, Jean Lemierre, étaient vendredi à Athènes, où ils ont rencontré à plusieurs reprises le premier ministre grec, Lucas Papadémos, et son ministre des finances, Evangelos Vénizélos, ces jours-ci. "Nous espérons vraiment, pour le bien de la Grèce et de la zone euro, que la première, avec le soutien de la seconde, sera en mesure de renouer le dialogue de manière constructive avec le secteur privé avec pour objectif de mettre au point définitivement un accord d'échange de dette mutuellement acceptable, conformément à l'accord des 27 et 27 octobre", écrivent-ils. Le FMI a également appelé, vendredi, à une reprise des négociations entre la Grèce et ses créanciers.

L'effacement de 100 milliards d'euros de dette détenue par les institutions privées au prix d'une décote de 50 %, susceptible d'entraîner des pertes réelles de l'ordre de 60 % pour les créanciers, est prévu par le plan de désendettement de la Grèce adopté par la zone euro à la fin octobre. Le second volet prévoit quelque 130 milliards d'euros de prêts à Athènes, qui viennent s'ajouter aux 110 milliards débloqués en mai 2010 par l'UE et le FMI.

AFP - Le monde


03/01/2012 - La dette britannique frôle les 1000% du PIB

Un graphique de Morgan Stanley révèle ce que personne n’avait encore réalisé : la taille effarante de la dette du secteur bancaire. La dette de la Grande-Bretagne s’élève à 950% de son PIB, ce qui la place en tête des pays les plus endettés du G10. Les premières responsables, ce sont les banques : leur dette équivaut à 600% du PIB.




A titre de comparaison, la dette privée des Etats-Unis a grimpé jusqu'à atteindre 303% de son PIB. Et comme le souligne Steve Keen, professeur d’économie et de finance à l’université de Sydney, “c’est le déclin rapide de cette dette jusqu’à son niveau actuel qui a provoqué la crise. Je n’aurai jamais cru qu’un autre pays développé donnerait à la crise de la dette américaine un air si trivial, mais je me trompais."

La dette publique, de son côté, focalise l’attention des hommes politiques et des économistes. Mais elle n’est que la part la plus faible de la dette totale, et n’a commencé à augmenter qu’après le début de la crise.

Dans ses vœux, le premier ministre britannique, David Cameron a annoncé "des mesures claires et fortes pour réduire notre déficit, qui nous protègent en partie du pire de l’ouragan de dette qui s’est abattu sur la zone euro."

Business Insider - Atlantico


02/01/2012 - L'écroulement de la zone Euro commence cette année selon le CEBR

La monnaie unique européenne est presque certaine de se désintégrer dans la prochaine décennie, a prédit un principal think tank, avec la Grèce et l'Italie abandonnant potentiellement l'euro cette année.

Comme l'euro en difficulté a marqué son 10e anniversaire ce week-end, le Center for Economics and Business Research (CEBR) a dit qu'il y avait une chance de 99pc que la monnaie ne survive aux 10 prochaines années.

"Il semble maintenant même que 2012 sera l'année où l'euro commence à se désagréger,» a déclaré le CEBR.

Le think tank a ajouté que la Grande-Bretagne pourrait bien être déjà en récession, avec une croissance susceptible de se contracter au dernier trimestre de 2011 et au premier trimestre de 2012.

Mais, il a suggéré que les conditions pourraient s'améliorer plus tard dans l'année si l'inflation baisse et que la pression sur les revenus réels s’atténue.

«Ce n'est pas un fait accompli encore - nous prédisons seulement une probabilité de 60 pc - mais notre prévision est que d'ici la fin de l'année au moins un pays (et probablement plus) partira», a déclaré Douglas McWilliams, chef de la direction du CEBR.

Il a ajouté que la Grèce semble "assez certaine" de quitter l'euro et maintenant il semble "plus probable qu'improbable» que l'Italie emboîte le pas.

Les deux pays ont été secoués par la crise de la dette qui s'envenime et doivent mettre en œuvre des mesures d'austérité sévères dont certains craignent qu’elles pourraient étouffer la croissance économique.

«L’impossibilité de faire les accords politiques qui seraient nécessaire pour faire que l'euro survive, est devenue plus clair dans la dernière année ", a déclaré M. McWilliams.

«Pour que l'euro survive dans le long terme, les pays ont besoin d’être suffisamment compétitifs pour avoir une certaine croissance économique pour être en mesure de payer leurs dettes».

Il a ajouté que le manque de croissance économique pour améliorer la situation de la dette était «la chose la plus probable qui engendrera finalement l'effondrement de l’euro ; maintenant il est plutôt bien certain que cela arrivera".

Le Daily Telegraph avait divulgué le mois dernier que le gouvernement travaillait sur des plans d'urgence en cas de non euro, y compris les plans de restreindre la circulation de l'argent dans et hors de la Grande-Bretagne pour protéger l'économie en cas d’un démantèlement de l’euro à part entière. (cf : Préparez-vous à des émeutes si l'euro s'effondre, avertit le Foreign Office)

La désintégration de la monnaie pourrait avoir un impact dévastateur sur la Grande-Bretagne. Le CEBR estime que cela pourrait couper jusqu’à un point de pourcentage de la croissance du pays et les économistes de HSBC ont prévenu que cela pourrait déclencher une dépression mondiale.

La prédiction de la disparition de l'euro est venue alors que les dirigeants européens ont averti hier, qu’une année rude s'annonce.

Angela Merkel, la chancelière allemande, a déclaré qu'elle ferait «tout pour renforcer l'euro" et Giorgio Napolitano, le président italien, a exhorté les gens à faire des sacrifices pour éviter l'effondrement financier.

Alors que la crise pèse sur les pays à travers l'Europe, les économistes prédisent que la récession sera de retour dans la région l'année prochaine, avec le CEBR prévoyant que le produit intérieur brut baissera entre 0.6% et 2%.

Article rédigé en français par Melvine en Action
Source : Article de Rachel Cooper - The Telegraph


02/01/2012 - 2012, année fatidique ?

Après la terrible année 2011, le pire reste possible, prévient le politologue José Ignacio Torreblanca. La crise pourrait obliger les Vingt-Sept à choisir entre la Grèce et le Royaume-Uni. Et encore une fois, c’est à Berlin que tout se décidera.

2011 restera l’année où, pour la première fois, l’Union européenne aura regardé vers l’abîme et nommé l’innommable. Après dix ans d’introspection et de divisions, l’UE commençait juste à rattraper le temps perdu avec l’objectif de réussir, enfin, à avoir de l’influence au niveau mondial. C’est à ce moment, à la surprise générale – en Europe comme à l’étranger – qu’une crise économique et financière mondiale l’a heurtée de plein fouet et a déstabilisé sa plus grande réussite : l’union monétaire.

"Si l’euro disparaît, l’Europe disparaît", a prévenu la chancelière allemande, Angela Merkel, devant les membres de son parti réunis à Leipzig en novembre 2011, lorsqu'elle a décrit la situation comme étant "la plus difficile depuis la Seconde Guerre mondiale". Et elle avait raison : les conséquences d’un éclatement de la zone euro seraient si profondes qu’elles se limiteraient difficilement aux questions monétaires. Elles toucheraient de plein fouet le marché intérieur et les principales politiques communes, y compris la politique extérieure, anéantissant ainsi plusieurs décennies d’une construction européenne laborieuse.

"Crise de la chaise vide" pendant les années 1960, "eurosclérose" des années 70, début du déclin économique et technologique face aux Etats-Unis et au Japon dans les années 80, retour des camps de concentration et du nettoyage ethnique dans les années 90, échecs des référendums constitutionnels en France et aux Pays-Bas au début des années 2000 : l’UE n’en est pas à sa première crise, mais aucune des précédentes n’a été existentielle au sens littéral du terme.

"Trop peu, trop tard"

Quels ont été jusqu’à présent les effets de la crise de l’euro ? Les ravages en termes d’emploi et de croissance sont les plus visibles et immédiats, et ils ont engendré une généralisation de la méfiance quant à l’avenir de l’Etat-providence. A cause de la crise, nos sociétés ont également commencé à douter de leurs systèmes démocratiques, car elles sentent bien qu’elles ne contrôlent pas les forces du marché auxquelles elles sont confrontées. Il est trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences psychologiques de la crise, mais l’histoire montre que les sociétés qui ont peur et manquent de confiance en elles ont tendance à se replier sur elles-mêmes, à se méfier de leurs voisins, à faire place au populisme et à sacrifier la liberté sur l’autel de la sécurité.

La crise a également révélé de nombreuses faiblesses. Sensée être aussi solide que les édifices imposants que l’on peut voir sur les billets d’euros, mais qui (était-ce un signe prémonitoire ?) n’existent pas en réalité, l’union monétaire s’est montrée incapable de gérer la tempête, comme si elle n’était conçue que pour naviguer par temps clair.

Enfin, le fil identitaire ténu mais vital auquel s’accroche l’Europe a aussi souffert : la solidarité et le projet commun, fondés sur une vision partagée à la fois du passé et de l’avenir, ont été remis en question. Ils ont même été remplacés par les pires préjugés et stéréotypes culturels que nous pensions avoir dépassés, entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, les catholiques et les protestants. La gestion de la crise pourrait avoir un slogan : “trop peu, trop tard”. Presque toute l’année, l’euro a été au bord du précipice et les Européens au bord de l’infarctus.

Les institutions mises à mal

Du point de vue institutionnel, l’UE est aussi particulièrement affaiblie maintenant que l’Allemagne et la France ont opté pour un mode de fonctionnement intergouvernemental sans ménagements ni complexes, et mis de côté les institutions européennes (notamment la Commission et le Parlement) et la méthode dite “communautaire”, qui s’est avérée jusqu’ici la seule façon d’assurer l’équilibre entre les grands et les petits, les riches et les pauvres, le Nord et le Sud.

In extremis, alors que l’année touchait à sa fin, la Banque centrale européenne a évité à l’économie européenne de s’effondrer en inondant le marché bancaire de liquidités. Elle a ainsi donné raison à tous ceux qui affirmaient que les pressions sur la dette souveraine n’étaient pas la cause mais la conséquence d’une crise financière qui, en raison des erreurs de conception et de fonctionnement de la zone euro, a fini par accabler toute l’UE. La décision de la BCE a sauvé l’Union, au moins pour le moment, mais elle n’a pas résolu les problèmes de fond, qui n’ont pas disparu et auxquels il faudra faire face en 2012.

Il s’agit notamment de l’incapacité à séparer l’euro de l’UE, afin que l’échec de l’un n’entraîne pas l’effondrement de l’autre. Ainsi, lorsque cette année, les Grecs et les Britanniques reviendront à la table des négociations, l’UE sera confrontée au même dilemme qu’en 2011 : la sortie des Grecs de la zone euro, dont les conséquences seraient terribles, ou une rupture irréversible avec le Royaume-Uni, qui menacerait l’unité du marché intérieur et affaiblirait la position de l’UE dans le monde.

Les regards se tournent vers l'Allemagne

L’avenir de l’Europe ne se décidera toutefois pas en périphérie, en Grèce et au Royaume-Uni, mais en son centre, en toute logique. Le gouvernement allemand persiste à analyser la crise d’une façon qui empêche sa résolution puisque, comme on l’a vu, la crise exige de modifier les normes qui régissent la zone euro et surtout de donner à la BCE un nouveau mandat et d’émettre des euro-obligations.

A Berlin, Angela Merkel a dû consciemment s'attacher à non pas un, mais deux mâts : une opinion publique très réticente à l’union monétaire et un Tribunal constitutionnel hostile au projet d’intégration européenne. Cette opinion publique et juridique dont la chancelière tente de se protéger n’est toutefois pas à l’origine de ses décisions : c’est elle et son parti qui l’ont créée et ont convaincu les Allemands, en dépit de la réalité, que l’euro n’est qu’une mauvaise affaire pour le pays et même, si l’on en croit son Tribunal constitutionnel, une menace pour la démocratie allemande.

Ainsi, maintenant que la BCE a changé d’avis et a décidé de sauver le système financier, tous les regards vont se tourner vers l’Allemagne pour tenter de savoir dans quelle mesure Berlin continuera de diriger l’Europe sur la base de ses doutes, réticences et peurs, ou en s’appuyant sur une vision constructive et à long terme du continent. Peu importe le calendrier maya : c’est à Berlin que les prophéties de Cassandre se réaliseront ou seront démenties.

El Pais - José Ignacio Torreblanca - Presseurop


25/12/2011 - Au moins 2 grandes banques internationales ont préparé une fin de l'euro

Au moins deux banques d'envergure mondiales ont pris des mesures pour se préparer à mener des transactions dans d'anciennes monnaies de pays de la zone euro, alors que la crise de la dette européenne s'est intensifiée ces derniers mois, écrit le Wall Street Journal vendredi.

Ces banques ont tenté de mettre en place des systèmes pour pouvoir mener des transactions dans des monnaies comme la lire ou le drachme, mais se sont heurtées à des difficultés, explique le quotidien financier, citant des sources proches du dossier.

Des responsables techniques de ces banques ont contacté Swift, la firme belge qui gère le réseau utilisé pour les transations financières internationales, afin d'obtenir son aide technologique et des codes de devises nécessaires pour préparer des systèmes de secours, au cas où la zone euro exploserait, ont détaillé ces sources.

Mais Swift a refusé de donner ces informations, en partie par crainte que cela alimente les spéculations et fragilise encore plus la zone euro.

Selon le quotidien, les banques étudient tous les aspects de l'impact qu'aurait la sortie d'un ou plusieurs pays de la zone euro, des accords de prêts à la sécurité de leurs effectifs sur place.

AFP


21/12/2011 - L'explosion de la zone euro est désormais plausible

De propos imprudents en maladresses politiques, les dirigeants de la zone euro ont bel et bien fini par laisser penser que ce qui était inenvisageable il y a quelques mois est aujourd'hui possible. L'explosion de la zone euro fait désormais partie des scénarios qu'explorent certains chefs d'entreprise.

Ainsi de Gilles Schnepp, PDG du groupe industriel Legrand, qui dans Les Echos, lundi 19 décembre, reconnaît que ses équipes travaillent "sur tous les scénarios, dont celui d'une sortie de la zone euro (...) de tel ou tel pays (et de ses impacts) pour l'activité le bilan, le cash flow (rentrée d'argent)" de sa société. Le voyagiste britannique TUI Travel et sa maison mère allemande TUI ont, eux, envoyé aux hôteliers grecs avec lesquels ils travaillent une lettre contenant des dispositions de paiement en cas de retour à une autre monnaie que l'euro.

De manière générale, les entreprises restent discrètes sur le sujet. Les banques françaises nient s'être pliées à l'exercice. Une telle hypothèse "ne fait pas partie de (nos) scénarios", assure Baudouin Prot, président de BNP Paribas. Une telle éventualité, insiste-t-on à la Société générale, est "inenvisageable".

Dans la grande distribution, ni Casino ni Carrefour n'ont souhaité s'exprimer sur le sujet. Mais comme le dit Gilles Goldenberg, consultant, ces sociétés doivent se poser la question compte tenu "de l'importance de leurs approvisionnements en euros et en dollars".

Et si la plupart des dirigeants en France préfèrent laisser croire qu'une telle option reste aujourd'hui inconcevable, dans l'ombre, des économistes de grands établissements financiers simulent les effets d'une implosion de l'union monétaire pour répondre aux besoins... de leurs clients, des investisseurs, des traders, ou des entrepreneurs.

"Ceux qui ont de la trésorerie nous demandent dans quelle banque il serait préférable de déposer leur argent", au cas où, raconte Nikan Firoozye économiste chez Nomura à Londres.

Pressé par les demandes, M. Firoozye a corédigé une note tentant d'explorer les subtilités juridiques d'un éclatement de l'union monétaire en novembre. Il lui fallait imaginer, par exemple, le cas de professionnels étrangers ayant acheté des actifs en euros avec une protection contre le risque de change euro-dollar.

SE PRÉPARER

Si leur investissement est converti en francs, en drachmes, en pesetas..., que devient cette protection ? "Je n'ai pas réponse à tout", reconnaît l'économiste qui a même rencontré, dit-il, des traders qui achetaient des emprunts souverains allemands, imaginant les convertir en deutschemarks.

Folies de spéculateurs ? Science-fiction ? "Un responsable d'entreprise ou de banque doit se poser la question", tranche Jean Pisani-Ferry, auteur du Réveil des démons : la crise de la zone euro et comment nous en sortir (éd. Fayard, 2011). A ses yeux, envisager l'hypothèse, ce n'est pas la souhaiter mais s'y préparer en bon gestionnaire des risques.

Le Financial Services Authority, le régulateur du secteur financier britannique, n'a-t-il pas demandé aux banques de la City de se tenir prêtes à affronter un tel danger ?

Même au sein des confédérations syndicales, on n'écarte pas le sujet, par acte de pédagogie. La CFDT, opposée à une sortie de l'euro, a ainsi prévenu, en mai, ses militants des suites d'un tel scénario. "Pour répondre au discours montant sur le thème : si on sort de l'euro, tout ira mieux", explique Emmanuel Mermet, secrétaire confédéral.

Les économistes étudient depuis des mois, parfois des années, l'hypothèse d'un démantèlement de l'union monétaire. La première note des équipes d'UBS en ce sens date ainsi de novembre 2008. "Les investisseurs hors d'Europe se demandaient déjà comment l'euro (une union monétaire sans cohésion politique) pourrait survivre à la crise", explique Paul Donovan, coauteur de la note en question.

A la rentrée 2011, le thème est devenu presque incontournable alors que l'accord du 21 juillet peinait à se concrétiser, que la Grèce était menacée de faillite, que son premier ministre d'alors Georges Papandréou envisageait d'organiser un référendum sur l'accord européen... Dès lors, pour les experts, tout était envisageable, y compris la fin de l'euro. Depuis, rien ne leur a permis d'écarter tout à fait cette option

Claire Gatinois avec Anne Michel et Francine Aizicovici - Le monde



28/11/2011 - Londres se prépare à la fin de la zone euro

Les autorités britanniques évoquent désormais ouvertement des « plans » pour faire face à un démantèlement de la zone euro, demandant aux banques de s’organiser en conséquence, mais les mesures envisagées restent à ce stade particulièrement floues.

Un responsable de l’Autorité des services financiers (FSA), le superviseur des marchés britanniques, a relancé les spéculations en affirmant jeudi que les banques du pays avaient été priées de se tenir prêtes à affronter tous les scénarios, y compris les « pires ». « Nous ne pouvons pas ignorer l’éventualité d’une sortie désordonnée de certains pays de la zone euro, » a expliqué Andrew Bailey lors d’une conférence à Londres.

Une crise totale conduisant à la mort de la monnaie européenne est envisagée avec une certaine délectation par une presse largement eurosceptique. Elle est en revanche redoutée par les milieux économiques qui craignent un impact dévastateur sur le Royaume-Uni, qui réalise plus de 40% de ses échanges commerciaux avec ses voisins.

Le ministre des Finances George Osborne avait été le premier à dire, début novembre, que Londres « préparait des plans » en cas d’éclatement de la monnaie unique. « Ici, hors de l’euro, il faut nous préparer à toutes les éventualités et c’est exactement ce que nous faisons, » avait renchéri un peu plus tard devant des hommes d’affaires le Premier ministre David Cameron, sans donner lui non plus le moindre détail.

Du côté du secteur financier, les banques ont déjà largement réduit leur exposition aux pays périphériques de la zone euro, Grèce et Portugal en tête, comme l’ont montré leurs récents résultats trimestriels.

Mais le degré d’inquiétude est monté de plusieurs crans lorsque l’Italie s’est retrouvée à son tour dans la ligne de mire des marchés: selon les estimations de la presse, les quatre principales banques britanniques détiennent encore pour quelque 40 milliards de livres (46 milliards d’euros) de dette italienne. L’onde de choc d’une faillite de l’État italien atteindrait donc rapidement le Royaume-Uni.

Hormis la vente de ces actifs devenus risqués, les banques devraient être incitées à se constituer un matelas de capitaux supplémentaires en revoyant à la baisse bonus et dividendes. Au-delà de ces mesures relativement classiques et attendues, le « plan de protection » de Londres reste mystérieux.

« A ce stade, il est bien difficile de savoir quelles sont les mesures envisagées, » reconnaît Michael Hewson, analyste au cabinet CMC Markets. D’autant que personne n’a, selon lui, une idée claire de la manière dont la zone euro pourrait rétrécir ou disparaître. « C’est comme essayer de défaire une omelette, » dit-il.

Pour son confrère Philip Shaw, d’Investec, le flou actuel du gouvernement pourrait vite s’avérer contre-productif: sans « consignes claires » données aux banques, « le danger est qu’elles répondent en amassant des liquidités et du capital, ce qui fera encore empirer la situation » au moment où le marché interbancaire se trouve au bord de l’asphyxie.

« Les banques britanniques restent bien capitalisées et peuvent faire face à des scénarios difficiles, y compris sur les dettes souveraines, » s’est bornée à indiquer vendredi la fédération des banques britanniques, la BBA, sans être plus explicite. La « crise en est encore à ses débuts, » tempère Philip Shaw, selon lequel il est trop tôt pour acter la mort de l’euro.

C’est aussi l’opinion du gouvernement, qui continue d’appeler les dirigeants européens à trouver une solution rapide à la crise, en espérant que les plans en cours d’échafaudage resteront dans les tiroirs

Boursorama


06/11/2011 - Merkel: "Nous sommes au début d'une crise qui va durer 10 ans"

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé samedi qu'il faudrait à l'Europe "une décennie" pour assainir ses finances et sortir de la crise de la dette, dans un message vidéo hebdomadaire aux Allemands posté sur son site internet.

Résoudre la crise de la dette "est un chemin qui demande beaucoup d'efforts, sur lequel nous devons avancer pas à pas", a-t-elle déclaré, au lendemain du sommet du G20 à Cannes, largement consacré à cette question.

"La crise de la dette ne passera pas d'un coup" et "il est certain qu'il va falloir une décennie pour que nous soyons à nouveau dans une meilleure position", a ajouté la chancelière, soulignant la nécessité que tous les pays de la zone euro limitent légalement leur endettement. "Chacun en Europe doit faire des efforts et accomplir tous ses devoirs", a-t-elle ajouté.

Le sommet du G20, auquel participait Mme Merkel, s'est efforcé d'éviter une propagation de la crise grecque, en plaçant l'Italie sous la surveillance du FMI, sans toutefois se décider sur de nouveaux moyens financiers censés éviter au monde une nouvelle récession. (belga)


02/11/2011 - Référendum : séisme dans la zone euro, tempête au sein du gouvernement grec

La zone euro a brutalement replongé dans l'instabilité mardi après l'annonce surprise d'un référendum en Grèce, un coup de poker qui menace la survie du gouvernement grec et le plan de sauvetage sur lequel les partenaires européens d'Athènes s'étaient mis d'accord jeudi dernier.

Stupeur et indignation dominaient les réactions en Europe et dans le monde à l'annonce surprise, lundi soir, de ce référendum sur le plan de sauvetage par le Premier ministre grec Georges Papandréou, car un "non" des électeurs grecs pourrait être un prélude à une faillite du pays qui menacerait la viabilité de la zone euro.

Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel, qui se rencontreront mercredi à Cannes, dans le sud-est de la France, où doit se tenir un G20 à partir de jeudi, se sont déclarés mardi "déterminés" à faire appliquer le plan de sauvetage de la Grèce malgré l'annonce de référendum.

M. Papandréou, dont la majorité au parlement fond comme neige au soleil alors qu'il a prévu un vote de confiance vendredi, se rendra aussi à Cannes mercredi, où il doit rencontrer les dirigeants allemand et français, ainsi que ceux de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

L'accord européen du 27 octobre prévoit que les banques créancières de la Grèce acceptent de réduire de moitié la valeur des obligations de dette grecque qu'elles détiennent, ainsi que la poursuite du soutien financier des Etats européens à la Grèce, écrasée par sa dette et par la récession causée par les plans d'austérité successifs.

En échange, il prévoit un renforcement du contrôle des créanciers sur la marche budgétaire du pays, une accélération du programme de privatisations et la poursuite des sévères mesures d'austérité débutées en 2010.

L'accord est "la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque", a martelé Nicolas Sarkozy à l'issue d'une réunion interministérielle à l'Elysée.

Le message que les deux poids lourds de la zone euro doivent adresser mercredi à M. Papandréou est brutal, mais limpide. "Il a le droit de faire un référendum, mais avant Noël et uniquement pour poser la question de l'appartenance à la zone euro", a commenté une source proche du gouvernement français, "et s'ils disent +non+, eh bien qu'ils en sortent".

S'il a lieu, le référendum devrait se tenir en janvier et serait le premier dans le pays depuis celui qui avait aboli la monarchie en 1974.

Mais son annonce a fragilisé davantage le gouvernement Papandréou, qui s'est réuni en conseil des ministres extraordinaire mardi soir, et au cours duquel le Premier ministre a réaffirmé son projet de référendum.

La fronde de plusieurs parlementaires socialistes, dont l'une a réclamé un gouvernement "de salut national" pour garantir l'exécution du plan de sauvetage, a réduit à 152 sur 300 le nombre de députés acquis à M. Papandréou.

Au milieu de cette crise politique qui pourrait entraîner la chute du gouvernement, la Grèce a annoncé mardi un changement de tout son état-major militaire.

Dans la zone euro, toutes les Bourses ont dévissé mardi, les actions des banques subissant une descente aux enfers. A la clôture, Paris a lâché 5,38%, Francfort 5%, Milan 6,80%, Madrid 4,19%. Athènes a plongé de 6,92%.

Londres a terminé sur un recul de 2,21%, Wall Street creusait ses pertes à la mi-journée, et l'euro se dépréciait fortement face au dollar.

"Que va-t-il se passer si le peuple dit +non+? Le risque est que la communauté internationale coupe l'arrivée d'argent et que le pays finisse par quitter l'euro", après avoir fait défaut, a commenté à Francfort Christoph Weil, analyste à la Commerzbank.

L'Italie, de plus en plus dans le collimateur des marchés, a vu ses taux sur le marché de la dette s'envoler. Rome a promis à Bruxelles de présenter les grandes lignes d'un plan ambitieux de relance de la croissance d'ici au 15 novembre.

"Je ne peux pas exclure" une faillite de la Grèce en cas de non au référendum, a averti le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. Il a confirmé que M. Papandréou avait "pris sa décision sans en informer ses collègues européens".

Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a comparé le référendum à "un coup de dés"."Si cela échoue, ce sera le bazar!", a-t-il mis en garde.

La Maison Blanche a réagi avec plus de prudence, le porte-parole du président américain Barack Obama se contentant de dire que cette annonce surprise "renforçait l'idée que les Européens doivent expliquer davantage et appliquer rapidement les décisions qu'ils ont prises la semaine dernière".

A Bruxelles, les présidents de l'UE, Herman Van Rompuy, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont dit avoir "pleine confiance" dans le respect par la Grèce de ses engagements à l'égard de la zone euro.

Dans un communiqué commun, les deux principaux dirigeants de l'UE ont estimé que le plan conclu à l'arraché dans la nuit du 26 au 27 octobre à Bruxelles, qui prévoit une recapitalisation des banques européennes afin qu'elles puissent réduire de 50% leurs créances sur la Grèce, était "le meilleur" pour Athènes.

L'Institut de la finance internationale (IIF), qui représente les grandes banques du monde, a fait savoir qu'il s'en tenait à l'accord de Bruxelles et a "réaffirmé son intention d'aller de l'avant".

En Europe, les associations altermermondialistes et plusieurs responsables politiques de gauche ou écologistes sont venus en aide à M. Papandréou en jugeant bien naturel de demander son avis au peuple grec.

"C'est aux Grecs de choisir s'ils veulent garder l'euro au prix de souffrances considérables ou s'ils veulent une autre stratégie pour leur pays", a déclaré en France Arnaud Montebourg, ex-candidat à la primaire socialiste, en "félicitant" M. Papandréou pour son "courage".

En pleine tourmente politique, la Grèce a annoncé mardi un changement de tout son état-major militaire.

Un conseil de sécurité de l'Etat, réuni sous la présidence du Premier ministre Georges Papandréou, a remplacé les quatre têtes de l'armée, le chef d'état-major des armées, les chefs d'état-major de l'armée de Terre, de la Marine et de l'Armée de l'air, et a déchargé de leurs fonctions une douzaine d'officiers de l'Armée et de la Marine, a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué publié dans la soirée.

Une source au sein du ministère a affirmé à l'AFP que les réunions avaient été programmées il y a longtemps, que ce grand remaniement était prévu et n'avait aucun lien avec la situation politique.

AFP


31/10/2011 - Crise de la zone euro : après l'euphorie, le temps des interrogations

Fitch a prévenu que l'échange sur la dette grecque sera considéré comme un défaut. Les investisseurs veulent connaître leur niveau des pertes. Les interrogations sur le Fonds de stabilité sont nombreuses : qui l'appuiera, qui investira dans ses titres et quels sont les risques pour les garants.

L'euphorie qui a suivi le sommet européen est retombée, vendredi. Fitch a jeté un froid en annonçant que les obligations grecques seront considérées en défaut lorsque l'échange de dette proposé aux investisseurs aura lieu, début 2012. L'agence avait déjà expliqué sa position cet été : l'échange de dette avec décote (50 % désormais) se fait dans des conditions de « stress », d'où le défaut. Fitch a ajouté que, après l'opération d'échange avec les investisseurs, la note de la Grèce restera sans doute en catégorie « hautement spéculative » ou pire, étant donné que l'endettement sera toujours excessif : il atteindra 142 % du PIB en 2013 avant de glisser à 120 %, à condition que 85 % des créanciers privés participent à l'échange. Les perspectives de croissance et de réformes en Grèce devraient aussi peser sur la qualité de crédit. La mise en défaut sera sans doute décrétée par d'autres agences de notation, ce qui mettra la Banque centrale européenne (BCE) dans une situation inédite, alors qu'elle a acheté entre 40 et 50 milliards d'euros d'obligations helléniques. Par ailleurs, ceux qui ont couvert leur exposition à la dette grecque avec des CDS (« credit default swaps ») - qui sont des sortes de contrats d'assurance -ne devraient pas toucher d'indemnités, a laissé entendre l'Isda, l'association qui réunit les acteurs du secteur des dérivés de crédit.

Des précisions sont nécessaires

L'échange de dette pose aussi la question du niveau de pertes réelles pour les investisseurs. Car la décote de 50 % sur le nominal n'équivaut pas au montant de perte sur la valeur actuelle nette. D'après les hypothèses de RBS, celle-ci pourrait être de 65-70 %. « Je pense qu'il est trop tôt pour l'énoncer et nous n'avons pas déterminé exactement les termes de l'échange, mais, je suis certain que la contribution sera élevée », a par ailleurs indiqué Charles Dallara, le représentant des banques, à un journal grec. Des précisions sur le coupon, la maturité, etc., sont nécessaires.

Le marché s'interroge aussi sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF) dont la force de frappe sera augmentée. Les investisseurs espèrent que le sommet du G20 cette semaine apportera des éléments de réponse supplémentaires, en particulier sur l'engagement du FMI et de certaines puissances émergentes : qui participera et qui voudra acheter les titres émis par le véhicule de financement spécial (SPV) qui est envisagé ? L'attrait de ce SPV dépendra notamment de sa note de crédit.

Le FESF version 3 pose aussi la question du risque encouru par les garants du Fonds (Allemagne, France...), en première ligne si un Etat aidé fait défaut. Goldman Sachs assure que, avec le système de levier qui est prévu, « le profil de risques des Etats garants est modifié, car la valeur de recouvrement (en cas de défaut) est plus faible ». Moody's reconnaît un risque et se demande en outre si le dispositif calmera les tensions sur les taux italiens et espagnols. La séance de vendredi a montré que la confiance n'était pas rétablie.

Face à cela, les intervenants espèrent que la BCE continuera d'intervenir sur le marché de la dette, comme elle l'a d'ailleurs fait en fin de semaine. Fitch juge « crucial » le rôle de la BCE. Même constat pour Goldman Sachs, qui la perçoit comme un « dernier rempart », derrière le FESF. Mario Draghi devra sans doute se prononcer à ce sujet jeudi, lors de sa première réunion en tant que président de la BCE.

ISABELLE COUET - Les Echos



23/10/2011 - Les banques priées d'effacer 50% de la dette grecque

Les banques créancières de la Grèce vont devoir se préparer à des pertes beaucoup plus importantes que prévu. Vendredi soir, les ministres des Finances de la zone euro sont tombés d’accord pour leur demande d’effacer au moins 50% de la valeur de la dette du pays, menacé sinon de banqueroute. C est sur cette base que se tiennent désormais les négociations avec les représentants du secteur bancaire, censées aboutir au plus tard lors d’un sommet décisif de la zone euro mercredi prochain.

Réunis à Bruxelles, les ministres ont de facto entériné les conclusions d’un rapport qui leur a été remis par les experts de la «troïka» des bailleurs de fonds de la Grèce (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

En juillet, un accord avait été trouvé avec les banques pour qu’elles acceptent une dépréciation de 21% à terme sur la valeur de leurs obligations grecques. Mais la situation du pays s’est nettement dégradée depuis, obligeant à revoir tout le programme.

En échange, les ministres des Finances vont plancher aujourd’hui sur un plan de recapitalisation du secteur bancaire pour lui permettre d’amortir le choc. L’Europe évalue les besoins à entre 80 et 100 milliards d’euros, un chiffre moins important toutefois que celui avancé par le FMI qui est le double.

Désaccord entre Paris et Berlin

Les discussions s’annoncent ardues dans les prochains jours car de profondes divergences entre Paris et Berlin persistent. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel doivent se rencontrer samedi pour préparer la réunion du Conseil européen de dimanche.

Le président français bataille pour un renforcement des moyens d’action du Fonds européen de stabilité financière (FESF), un instrument essentiel pour espérer empêcher une contagion de la crise de la dette à des pays comme l’Espagne et l’Italie

Angela Merkel, elle, défend l’idée d’un dispositif «assurantiel» : le FESF garantirait une part des titres de dette émis par les pays fragiles. Cette seconde option a pour avantage d’éviter de remettre la main à la poche. Mais certains en Allemagne, comme les Verts, rejettent cette solution, estimant qu’elle pourrait coûter très cher à l’Allemagne en cas de défaillance d’un pays.
Le ministre français des Finances, François Baroin, a montré des signes d’ouverture à la fin des discussions vendredi soir. La proposition soutenue par la France est «la solution la plus efficace», selon lui, mais Paris «n’en fait pas un point d’affrontement définitif».

Parisien


07/10/2011 - Le plan de sauvetage de la zone euro entièrement remis en question

L'aggravation de la crise depuis l'été a totalement rebattu les cartes. Du coup, le plan de sauvetage du 21 juillet, brandi par les gouvernements comme la seule option possible, paraît de plus en plus décalé. Aujourd'hui, toutes les options de ce plan ou presque sont à nouveau sur la table.

Après avoir martelé pendant des semaines que la Grèce ne ferait pas défaut et qu'il suffisait d'appliquer à la lettre le programme du 21 juillet pour calmer les marchés, les dirigeants européens sont apparemment en train de changer d'avis. Au moins trois raisons à cela : le lobbying des Etats-Unis et du FMI, inquiets du risque de récession que la crise de la zone euro diffuse peu à peu ; la récession qui s'installe en Grèce et nécessitera plus de fonds que prévu pour lui éviter un défaut : enfin, la pression des marchés qui n'ont jamais vraiment cru à l'efficacité des mesures décidées en plein coeur de l'été. De fait, chacune des dispositions de ce qui devait constituer l'arsenal anti-crise de la zone euro est à nouveau en chantier.

Le niveau de participation du secteur privé au financement de la dette grecque

Le ministre français de l'Economie et des Finances, François Baroin, l'a indiqué hier de façon sibylline, la chancelière Merkel l'a formulé plus clairement, à Bruxelles : les banques pourraient être poussées à participer davantage que prévu aux pertes financières sur leurs créances grecques. Elles devraient accepter une décote plus importante que les 21 % prévus par l'accord du 21 juillet. Au total, la part du secteur privé dans le plan global, qui devait être d'un tiers (50 milliards d'euros) sur un total de 159 milliards, serait revue à la hausse.

La taille du Fonds européen de stabilité financière (FESF)

Les solutions techniques sont encore floues, mais l'idée d'utiliser « de la façon la plus efficace possible » le Fonds européen de stabilité financière, doté de 440 milliards est dans toutes les têtes. Effet de levier, démultiplicateur, différents schémas sont à l'étude pour renforcer sa force de frappe, jugée insuffisante si la crise venait à se propager. Le fonds aura en effet pour mission de faire des prêts de précaution aux pays fragilisés, de racheter leur dette et aussi de recapitaliser les banques. Les Allemands et le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, soutenus pas le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, ont rejeté les solutions qui visent à mélanger les tâches de la BCE et du FESF.

La date de mise en place du Mécanisme européen de stabilité

Il devait succéder au FESF à la mi-2013. L'Allemagne veut désormais qu'il voit le jour dès la mi-2012. Le vice-chancelier allemand, Philipp Rösler, en charge du ministère de l'Economie, a rencontré hier à Paris François Baroin pour discuter dans le cadre de ce mécanisme de l'organisation planifiée d'un défaut d'un pays en difficulté de la zone euro. Il s'agirait de lever les incertitudes sur les effets pour la zone euro, et, au-delà, de la banqueroute abrupte d'un pays. Dans un courrier émanant de Philipp Rösler dont le « Frankfurter Allgemeine Zeitung » a eu connaissance, il est précisé qu'un organisme indépendant supranational serait chargé de mener les négociations avec toutes les parties.

La recapitalisation des banques

Face à l'aggravation de la crise de la dette, l'inquiétude a monté sur la capacité des banques à supporter un défaut de la Grèce voire une contagion de la crise à ses voisins. Tandis que le commissaire aux Affaires monétaires, Olli Rehn, déclare qu'il faut coordonner au niveau européen un nouvel effort de capitalisation, des discussions sont engagées sur une application plus rapide que prévu des règles de capitalisation de Bâle III. Hier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré qu'une recapitalisation des banques pouvait être justifiée, « s'il y a un constat commun que les banques ne sont pas assez capitalisées, compte tenu de la situation actuelle des marchés financiers ». Jusque-là, l'on pensait que le FESF pourrait aider à la recapitalisation des établissements les plus fragiles de la zone euro. Désormais, il s'agit d'une entreprise beaucoup plus ambitieuse, à l'échelle de toute l'Europe

Les Echos - Anne Bauer, à Bruxelles, Catherine Chatignoux et Massimo Prandi




02/10/2011 - Une bombe? L’énorme dette cachée de l’Allemagne…185%

«La vérité», titre le Handelsblatt qui coupe court à la présumée parcimonie de l’Etat allemand, des chiffres faramineux à l’appui. Officiellement, la dette allemande en 2011 est de 2 000 milliards d’euros. Mais ce n’est qu’une demi-vérité, car la majeur partie des dépenses prévues pour les retraités, les malades et les personnes dépendantes ne sont pas inclues dans le calcul. 

D’après des nouveaux chiffres, la véritable dette se chiffre en 5 000 milliards d’euros supplémentaires. L’Allemagne serait donc endettée à hauteur de 185 % de son produit intérieur brut et non pas 83 % comme officiellement annoncé. Par comparaison, la dette grecque devrait être de 186% du PIB en 2012, et la dette italienne est actuellement de 120%. Le seuil critique au-delà duquel la dette écrase la croissance est de 90%.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2005, Angela Merkel, «a créé autant de nouvelles dettes que tous les chanceliers des quatre dernières décennies réunis», remarque l’économiste en chef du quotidien économique. «Ces 7 000 milliards d’euros sont un chèque sans provision que nous avons signé et que nos enfants et petits enfant devront payer.» (SOURCE : « Handelsblatt », 23/09/2011 – Polemia)

A la fin de cette lecture, vous devinez pourquoi Trader Noé vous donne des points suivis sur l’évolution du BUND depuis quelques temps… Il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a des informations que nous préférons diffuser en citant certains journaux « bien vus » (même s’il faut parfois attendre) plutôt que de se référer à des confidences faites à notre rédaction par des sources qui exigent le total anonymat.

Liesi


22/09/2011 - Grèce: On va droit au “génocide financier”

On ne peut rester sans réagir aux diverses déclarations des plus hauts responsables de toute l’Europe, certaines frisant l’imbécillité, au sujet de ces "fainéants" de Grecs qui "refusent d’économiser".

Depuis 16 mois, je dispose d’une résidence secondaire à Athènes, et j’ai vécu cette situation dramatique sur place. On se plaint que les plans d’économie ne fonctionnent pas parce que les revenus fiscaux chutent. On remet en question la volonté des Grecs d’économiser. Quelle surprise !

Voici quelques faits :

- Réductions des salaires et des retraites jusqu’à 30 %.

- Baisse du salaire minimum à 600 euros.

- Hausse des prix dramatique (fioul domestique + 100 % ; essence + 100 %, électricité, chauffage, gaz, transports publics + 50 %) au cours des 15 derniers mois.

Le renflouement de l'UE repart à 97% vers l'Union

- Un tiers des 165 000 entreprises commerciales ont fermé leurs portes, un tiers n’est plus en mesure de payer les salaires. Partout à Athènes, on peut voir ces panneaux jaunes avec le mot "Enoikiazetai" en lettres rouges – "A louer".

- Dans cette atmosphère de misère, la consommation (l’économie grecque a toujours été fortement axée sur la consommation) a plongée de manière catastrophique. Les couples à double salaire (dont le revenu familial représentait jusqu’alors 4 000 euros) n’ont soudain plus que deux fois 400 euros d’allocations chômage, qui ne commencent à être versées qu’avec des mois de retard.

- Les employés de l’Etat ou d’entreprises proches de l’Etat, comme Olympic Airlines ou les hôpitaux, ne sont plus payés depuis des mois et le versement de leur traitement est repoussé à octobre ou à "l’année prochaine". C’est le ministère de la Culture qui détient le record. De nombreux employés qui travaillaient sur l’Acropole ne sont plus payés depuis 22 mois. Quand ils ont occupé l’Acropole pour manifestation (pacifiquement !), ils en ont rapidement eu pour leur argent, à coups de gaz lacrymogène.

- Tout le monde s’accorde à dire que les milliards des tranches du renflouement de l’UE repartent à 97 % directement vers l’Union, vers les banques, pour éponger la dette et les nouveaux taux d’intérêt. Ainsi le problème est-il discrètement rejeté sur les contribuables européens. Jusqu’au crash, les banques encaissent encore des intérêts copieux, et les créances sont à la charge des contribuables. Il n’y a donc pas (encore ?) d’argent pour les réformes structurelles.

- Des milliers et des milliers d’auto-entrepreneurs, chauffeurs de taxis et de poids lourds, ont dû débourser des milliers d’euros pour leur licence, et ont pris des crédits à cet effet, mais ils se voient aujourd’hui confrontés à une libéralisation qui fait que les nouveaux venus sur le marché n’ont presque rien à payer, tandis que ceux qui sont présents depuis plus longtemps sont grevés par leurs énormes crédits, qu’ils doivent néanmoins rembourser.

- On invente de nouvelles charges. Ainsi, pour déposer une plainte à la police, il faut payer sur le champ 150 euros. La victime doit sortir son porte-monnaie si elle veut que sa plainte soit prise en compte. Dans le même temps, les policiers sont obligés de se cotiser pour faire le plein de leurs voitures de patrouille.

- Un nouvel impôt foncier, associé à la facture d’électricité, a été créé. S’il n’est pas payé, l’électricité du foyer est coupée.

- Cela fait plusieurs mois que les écoles publiques ne reçoivent plus de manuel scolaire. L’Etat ayant accumulé d’énormes dettes auprès des maisons d’édition, les livraisons ne sont plus effectuées. Les élèves reçoivent désormais des CD et leurs parents doivent acheter des ordinateurs pour leur permettre de suivre les cours. On ignore complètement comment les écoles – surtout celles du Nord – vont régler leurs dépenses de chauffage.

Où est passé l'argent des dernières décennies ?

- Toutes les universités sont de fait paralysées jusqu’à la fin de l’année. Bon nombre d’étudiants ne peuvent ni déposer leurs mémoires ni passer leurs examens.

- Le pays se prépare à une vague d’émigration massive et l’on voit apparaître des cabinets de conseil sur la question. Les jeunes ne se voient plus aucun avenir en Grèce. Le taux de chômage atteint 40 % chez les jeunes diplômés et 30 % chez les jeunes en général. Ceux qui travaillent le font pour un salaire de misère et en partie au noir (sans sécurité sociale) : 35 euros pour dix heures de travail par jour dans la restauration. Les heures supplémentaires s’accumulent sans être payées. Résultat : il ne reste plus rien pour les investissements d’avenir comme l’éducation. Le gouvernement grec ne reçoit plus un sou d’impôt.

- Les réductions massives d’effectif dans la fonction publique sont faites de manière antisociale. On s’est essentiellement débarrassé de personnes quelques mois avant qu’elles n’atteignent leur quota pour la retraite, afin de ne leur verser que 60 % d’une pension normale.

La question est sur toutes les lèvres : où est passé l’argent des dernières décennies ? De toute évidence, pas dans les poches des citoyens. Les Grecs n’ont rien contre l’épargne, ils n’en peuvent tout simplement plus. Ceux qui travaillent se tuent à la tâche (cumul de deux, trois, quatre emplois).

Tous les acquis sociaux des dernières décennies sur la protection des travailleurs ont été pulvérisés. L’exploitation a désormais le champ libre ; dans les petites entreprises, c’est généralement une question de survie.

Quand on sait que les responsables grecs ont dîné avec les représentants de la troïka [Commission européenne, BCE et FMI] pour 300 euros par personne, on ne peut que se demander quand la situation finira par exploser.

La situation en Grèce devrait alerter la vieille Europe. Aucun parti prônant une raisonable orthodoxie budgétaire n’aurait été en mesure d’appliquer son programme : il n’aurait jamais été élu. Il faut s’attaquer à la dette tant qu’elle est encore relativement sous contrôle et avant qu’elle ne s’apparente à un génocide financier.

Günter Tews - Die Presse - Vienne - Traduction PressEurop.eu



13/09/2011 - Trichet promet aux banques des liquidités "en quantité illimitée""

Les banques centrales sont prêtes à fournir les liquidités nécessaires aux établissements financiers, en difficulté en raison de la crise des dettes publiques. 


L'ensemble des dirigeants européens, y compris allemands, appellent Athènes à mettre en oeuvre "entièrement" ses réformes, a indiqué lundi Jean-Claude Trichet, alors que les marchés s'affolent sur une possible faillite de l'Etat grec. 

"Tous les Européens, y compris l'exécutif allemand (...), appellent le gouvernement grec à mettre en oeuvre entièrement ses engagements", a précisé  Trichet en sa qualité de porte-parole du groupe des principales banques centrales, après une réunion à la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle.

"Les institutions internationales, la Commission (européenne) en relation avec la Banque centrale européenne appellent le gouvernement grec de manière ferme" à tenir ses promesses de réforme, a-t-il poursuivi. Le patron de la BCE, qui tenait sa dernière conférence de presse à la BRI, a estimé que cela était "dans l'intérêt de l'économie grecque, du peuple grec".

"S'ils (le gouvernement grec) confirment très fermement tous les engagements, alors ils seront dans une meilleure situation que dans tout autre cas de figure. Mais cela dépend d'eux", a-t-il insisté.

"En raison du message très fort qui a été transmis au gouvernement grec et en raison de l'intérêt supérieur de la Grèce, nous serons en mesure d'observer quelque chose de satisfaisant" sur la situation du pays, a souligné M. Trichet, ajoutant "nous verrons le temps venu".
Des dissensions sont apparues ces derniers jours sur la situation de la Grèce, embourbée dans la crise de la dette publique.

Le ministre allemand de l'Economie Philipp Rösler a ainsi affirmé dans le journal Die Welt que "pour stabiliser l'euro, il ne doit plus y avoir à court terme d'interdiction de penser à certaines options. Parmi elles, il y a en cas d'urgence l'insolvabilité ordonnée de la Grèce".

 Le ministère allemand des Finances Wolfgang Schäuble se préparerait aussi à ce scénario, selon l'hedomadaire Der Spiegel, qui affirme qu'il a élaboré deux scénarios: dans un premier cas, la Grèce garde l'euro, dans le second elle réintroduit son ancienne monnaie, la drachme.

Face aux tensions que provoque cette situation, M. Trichet a souligné que l'institut d'émission européen était prêt "à fournir aux banques les liquidités demandées" en "quantité illimitée" et à "taux fixe".

Au principal taux directeur de la BCE de "1,5%, nous allons fournir toutes les liquidités demandées par les banques", a insisté le Français, soulignant que l'institut d'émission avait "les armes nécessaires pour fournir les liquidités".
Trichet a confirmé un ralentissement de l'économie mondiale. "Nous ne voyons pas une récession, mais nous voyons un ralentissement", a-t-il dit, se joignant aux récents commentaires du G7. Ce dernier a reconnu dans une déclaration à l'issue de la réunion de ses grands argentiers vendredi à Marseille qu'il y avait "désormais des signes clairs de ralentissement de la croissance mondiale".


La BCE entrevoit quant à elle une croissance de 1,6% en 2011, contre 1,9% en juin. Pour l'an prochain, l'institution monétaire européenne table sur une croissance de 1,3%, contre 1,7% jusqu'ici.

AFP


12/09/2011 - Kessler (Scor) : "Nous n'avons plus de munitions", la zone euro peut exploser

Le PDG du réassureur Scor, Denis Kessler, estime qu'une explosion de la zone euro ne peut désormais être exclue et que les dirigeants mondiaux ont perdu un temps précieux pour lutter contre la crise, qui peut encore s'aggraver, alors qu'ils sont démunis pour la combattre.

Une explosion de la zone euro "n'est malheureusement plus impossible, car la crédibilité des solutions proposées est entamée", analyse M. Kessler, dans un entretien que publie lundi le quotidien Les Echos.

Pour l'ancien vice-président du patronat français, il faut désormais agir "d'urgence".

"Au rythme actuel, les opinions publiques des pays les plus fortes de la zone euro vont devenir hostiles à la monnaie unique", craint-il.

"En France, le sauvetage de la Grèce représente 40 milliards d'engagements supplémentaires pour notre pays", relève-t-il.

Pour M. Kessler, les dirigeants mondiaux ont fait une erreur d'analyse en cherchant à sortir de la crise par une relance keynésienne classique.

"On s'est trompé sur la posologie", en recourant à l'augmentation massive de la dette et de la création monétaire, selon lui.

"Résultat: alors que la crise pourrait à nouveau s'aggraver, nous n'avons plus de munitions et avons perdu un temps précieux".

En une pique dirigée envers l'actuelle président du Medef Laurence Parisot, qui avait dénoncé une campagne contre la zone euro orchestrée outre-Atlantique, M. Kessler estime "inutile de chercher des boucs émissaires".

"La paranoïa n'est pas une variable économique", note-t-il, même s'il admet que la crise actuelle marque une "redistribution entre les zones économiques et les zones monétaires du globe".

AFP


05/09/2011 - Zone euro : Le scénario du pire

Dans le Handelsblatt , le professeur Clemens Fuest d'Oxford a conçu un «scénario du pire".

Le 22 Février 2012: l'Europe du Sud s'enfonce dans la récession. En Grèce, le gouvernement tombe.

L'économie grecque après 2010 et 2011, menace d’une troisième année de déficit d'environ cinq pour cent. Le Portugal a également glissé plus profondément dans la crise, l'Espagne et l'Italie sont également bloqués dans la récession.

Après une vague de manifestations de masse et une grève générale de trois jours, le Premier ministre Georges Papandreou demande un vote de confiance du Parlement - et il perd. C'est plus qu'un changement de gouvernement. La Grèce est à un carrefour.

Le 2 Avril 2012: La Grèce déclare le retrait de l'union monétaire et introduit la nouvelle Drachme

La semaine commence avec un moment historique: A neuf heures, à Francfort, le nouveau chef de la BCE Mario Draghi, et à Athènes, le nouveau Premier ministre Antonis Samaras s’adresse au public.

Draghi est dans la salle de conférence bondée de la BCE, avec une courte déclaration: « la Grèce en accord avec la BCE a décidé de mettre immédiatement en œuvre la nouvelle drachme, initialement dans le rapport 1:1 à l'euro. Tous les dépôts bancaires domestiques se convertiront à la nouvelle monnaie. Le gouvernement d'Athènes s'est déclarée insolvable en € et propose l'échange de titres du gouvernement dans des obligations drachme, 80 pour cent de la valeur nominale d'origine. "

À Athènes, Samaras a convoqué une session extraordinaire du Parlement. "Aujourd'hui est un jour pour le destin de notre nation», commence t’-il, «mais je dis que ce n'est pas un jour de défaite, mais un jour de libération. »

A Berlin, la chancelière Angela Merkel apparait devant les caméras. Elle explique qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter: "C'est un jour difficile pour l'Europe. Mais la zone euro est en bonne santé à sa base, et le fait que la Grèce prenne son propre chemin, rend seulement plus fort. "

Sur les marchés financiers rapidement, les primes de risque pour les obligations du Portugal, l'Espagne et l'Italie établissent de nouveaux records. Sont affectés principalement Paris et Francfort.

Les actions bancaires tombent dans l'abîme. Le système bancaire chypriote s'effondre.

  Le 5 Avril 2012: Une crise bancaire traverse l'Europe. Le fonds de sauvetage sera doublé.

A Berlin, Merkel et Sarkozy devant la presse disent faire tout leur possible pour maintenir la zone euro. "Le président français et moi avons décidé de prendre des mesures supplémentaires pour stabiliser la situation», annonce Mme Merkel. Sarkozy ajoute, qu’il croit que des eurbonds seront bientôt émis, cependant les détails ne sont pas encore déterminés. Merkel ne s’étend pas sur cette remarque. Elle avait dit que la discussion était close avant le printemps de 2011, parce que la résistance était trop grande dans sa propre coalition.

Le week-end suivant, les euro-dirigeants se réuniront pour le sommet de crise à Amsterdam. Comme lors des sommets précédents Merkel et Sarkozy ont travaillé avant ensemble avec leurs conseillers. Mais seulement après une longue nuit de négociations le compromis est: Le Fonds Européen de sauvetage , le FESF, qui a été augmenté en Juillet 2011 de 440 à 780 milliards d'euros, sera doublé à 1,5 trillions €.

"La Grèce est un cas particulier», affirme le président de la Commission, José Manuel Barroso. «Nous convenons que nous allons soutenir tous les pays restants. L'euro est et restera une monnaie stable. "

A la fin Merkel et Sarkozy devant les caméras de télévision donnent une explication supplémentaire. "Nous disons aux épargnants Européens que leurs dépôts sont en sécurité. »

Le lundi après le sommet les marchés boursiers du monde entier montent, les rendements obligataires dans la zone euro baissent, et l'euro récupère à 1,10 $. Mais le mardi, comme de nouvelles rumeurs au sujet de la faillite d'une grande banque française font surface, les prix baissent encore.

Une semaine plus tard, le gouvernement a nationalisé une grande banque à Lisbonne, qui avait échoué à augmenter son capital.


  Le 20 Juin 2012: Le Portugal se sépare également volontairement de l'union monétaire. La crise bancaire s'intensifie.

Le prochain domino : le Portugal. Pendant des semaines, les gens manifestent en masse contre les politiques d'austérité du gouvernement de Coelho. La performance économique, qui était déjà en baisse de 1,2 pour cent en 2011, a diminué au cours du premier semestre de l'année par trois pour cent et le taux de chômage a augmenté à 18 pour cent.

Coelho imite le gouvernement grec - et prêt à se retirer de la zone euro. Le pays introduit le "novo escudo» dans un rapport 1:1 à l'euro.

En Espagne, en Italie, Chypre, et même en France, les banques sont maintenant assiégées par les clients, afin de vider leurs comptes.

Quelques jours plus tard, le gouvernement à Madrid annonce la fusion des onze cajas en deux nouveaux instituts qui sont pris en charge avec une injection de capital de plusieurs milliards € par le FESF. Une banque française, qui est confrontée à la faillite, reçoit trois milliards d'euros du fonds de sauvetage, ainsi qu’une banque allemande qui reçoit cinq milliards.

En Espagne et en France, des dizaines de milliers protestent contre la «camisole néolibérale en Europe". Ils exigent « une fin du diktat de sauvetage » et des aides économiques de l’Etat.


  Le 7 Juillet 2012: Sur l'insistance d'Obama les Européens décident d’ euro-obligations et d'un Plan Marshall pour l'Europe du Sud.

Encore une fois, c'est le week-end, et se tient à nouveau à un sommet de crise de l’Euro. Cette fois, la scène est à Petersberg près de Bonn, et la pression internationale est plus forte que jamais.

Deux jours plus tôt, le président Barack Obama a appelé les Européens à stopper l'effondrement de la zone euro. "Il ne s’agit plus seulement de l'Europe, il s'agit de prévenir une nouvelle crise économique mondiale et la montée des extrémistes", a déclaré M. Obama lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte à la Maison Blanche.

Le sommet débute le vendredi matin marqué par de nouveaux records sur les obligations Espagnoles et Italiennes et un nouveau record sur les titres bancaires européens.

De plus, le sommet décide de créer une autorité budgétaire européenne, qui aura le dernier mot sur tous les budgets de l'Etat dans l'union monétaire. De plus, l'Allemagne et la France crée un fonds de 100 milliards d'euros pour l'Espagne et l'Italie, pour relancer la croissance. "C'est une décision historique, qui prouve que si l'Allemagne et la France sont solidaires, alors l'Europe ne peut pas couler», affirme Mme Merkel.

Deux jours plus tard, la majorité de la coalition gouvernementale se rétrécit.


  Le 23 Juillet 2012: Le Bundestag rejette les euro-obligations et le Plan Marshall.

Le Bundestag discute de la rapidité formulée pour introduire une législation pour les euro-obligations. Également promouvoir une économie plus forte pour l'Italie et l'Espagne est discuté. La veille le groupe parlementaire du FDP et de la CDU mène des discussions. Malgré les six démissions, la coalition a encore une majorité de 14 sièges.

Un débat houleux a lieu au sein du Bundestag. L’expert en finances du SPD Peer Steinbrück reproche à la chancelière d'avoir rendu l'eurosauvetage de plus en plus coûteux avec son hésitation constante avant chaque étape. Les politiciens du SPD s'éloignent aussi de plus en plus vu la rage croissante des citoyens.

Dans ses propres rangs, la chancelière sent une résistance. Horst Seehofer président de l'Union, CSU l'attaque: "On ne peut plus exiger que le contribuable allemand paie un € supplémentaire pour le sud de l'Europe," a t-il gronde.

Merkel à la tribune, s’exprime d’une façon émotive rare: «Il s'agit de l'avenir de l'Europe, et, oui, il s'agit peut-être aussi d'une guerre et de la paix ". «Nous devons tous maintenant avancer pour sauver l'idée européenne».

Quand le résultat du vote est annoncé, ils blêmissent. Parce que la plupart partie est dans l’opposition, la loi échoue. Le FDP déclare son retrait de la coalition.

Les pourparlers d’une grande coalition échouent - l'Union et le SPD se mettent d’accord sur de nouvelles élections dans six mois. Jusque-là, un gouvernement minoritaire toléré par le SPD continue à gouverner.

Dans les jours suivant les marchés financiers s’effondrent. Les investisseurs fuient de l'euro et également des obligations d'État des pays européens, sauf l'Allemagne. La bourse perd dix pour cent, le Dax tombe en dessous des 2500 points.

A Paris, Rome et Madrid des cortèges de manifestants se forment contre l'Allemagne.

  Le 5 Août 2012: Lors d'une réunion secrète à Deauville, Merkel et Sarkozy décident de l’euro du Nord.

Les dirigeants des deux plus grands pays de l'Union européenne, Merkel et Sarkozy, arrive ce dimanche ensemble dans une maison privée à Deauville avec le plus grand secret. Les deux principaux pays de la zone euro veulent sauver ce qui peut être sauvé - et décident de créer une union monétaire du Nord . Le nouvel EURO doit devenir une ancre de la stabilité et recevoir dès le début le cadre institutionnel correct.

Derrière les portes closes, les gouvernements allemand et français négocient un cadre pour la période de l'après-Euro: La nouvelle union monétaire ne prendra que les pays financièrement solides et politiquement stable, notamment le début d'une politique fiscale commune. Cela signifie que les participants doivent abandonner une bonne partie de la souveraineté nationale. La loi budgétaire est européanisée.

En tant que candidats pour participer Merkel et Sarkozy identifient, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, la Finlande et l'Estonie, l'Autriche et la Slovénie. Tous les autres pays de l'UE sont autorisés à les rejoindre plus tard.

La réunion ne reste pas longtemps secrète. Les journalistes français ont eu vent de l’info et la spéculation fait le tour.

Maintenant, le mot clé est « un EURO du Nord « dans le monde,, et Mme Merkel et Sarkozy sont obligés de confirmer les rapports deux jours plus tard. Sur les marchés commencent les spéculations quant à savoir quel pays participera ou pas. Les rendements obligataires et les cours boursiers font des montagnes russes.

  Le 12 Août 2012: Lors d’un sommet à Eltville (Allemagne), les autres pays de la zone euro scellent officiellement l’euro du Nord.

A Eltville une ville au bord du Rhin dans le land de Hesse en Allemagne - ici, la Bundesbank a traditionnellement organisée ses séminaires de formation - le noyau dur du gouvernement décide officiellement de l’euro du Nord. La monnaie devrait continuer à être appelée l'euro. Les pièces et billets, restent comme ils étaient - pour poursuivre les efforts d'organisation - et surtout pour économiser les coûts.

A la suite de cela les membres du conseil de la Banque centrale européenne (BCE) qui ne font plus partis de l’Euro partent. L'institution de Francfort demeure par ailleurs inchangée.

Merkel et Sarkozy vont devant les caméras, mais l'ambiance est tendue. «Nous avons pris les dispositions nécessaires", a déclaré Nicolas Sarkozy. Mme Merkel ajoute: «Nous croyons fermement que les marchés reconnaitront ce signal de stabilité."

Là, ils ont le même jour l'approbation du Bundestag pour l’euro du Nord et la politique budgétaire européenne commune, y compris le partage des revenus. Une étape vers un Etat fédéral européen se fait - mais il n’y a plus qu’un tiers des membres de l'UE.

L'Espagne, l'Italie et les autres de facto sont expulsés de la zone euro et discutent brièvement et de façon peu concluante pour la création de leur propre union monétaire, et lancent de façon contrainte leur propre monnaie nationale.

L'économie réelle souffre de la crise bancaire. En Allemagne le produit intérieur brut chute.


  Le 30 Janvier 2013: L'économie réelle souffre, la BCE est impuissante.

Le Conseil exécutif de la BCE s’est réduit de cinq à trois membres. L’objectif de créer une nouvelle monnaie stable, ne se réalise pas vraiment. L’euro du Nord s'apprécie contre les monnaies des pays éjectés - jusqu'à 40 pour cent. Il s'élève contre le dollar en quelques semaines de 1,25 à 1,50 dollar pour un euro.

L'industrie d'exportation allemande connaît ce qu'elle avait toujours redouté. Les clients dans les pays du Sud refusent d'accepter le prix négocié en Euro. Ils sont à peine capables de payer dans cette monnaie.

Ce scénario a été créé sous la direction scientifique de Clemens Fuest. Il enseigne comme professeur à Oxford et préside la commission technique de conseil du ministère allemand des Finances. Fuest est l'un des dix économistes les plus jeunes allemand et un expert en matière de politique économique et financière.

Article rédigé et traduit par Melvine en Action.com
Source : Article de Clemens Fuest – Handelsblatt


31/08/2011 - La dette grecque "hors de contrôle"

La dette grecque est hors de contrôle et les mesures prises par le gouvernement ne peuvent pas restaurer l'état des finances, selon le rapport d'une commission parlementaire indépendante publié aujourd'hui. 

"La forte hausse de la dette, le déficit primaire élevé (...) ont exacerbé à l'extrême la dynamique de la dette, qui a échappé à tout contrôle", estiment ces experts nommés par le ministère des Finances. La commission, mise en place en 2010, a pour mission de contrôler le budget de façon indépendante.

Elle dépeint un sombre tableau de l'économie grecque alors que les représentants de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) effectuent une mission d'inspection en Grèce afin de déterminer si la prochaine tranche d'aide du plan de sauvetage peut être accordée à Athènes.  "Il est clair que le problème de ce pays n'est pas seulement le volume de sa dette publique, mais aussi l'incapacité de consolider la gestion budgétaire actuelle. Malgré le gigantesque effort d'ajustement budgétaire, aucun excédent primaire n'a été dégagé et, au contraire, le déficit primaire s'est creusé."

La commission a enfin invité le gouvernement à redoubler d'efforts pour lutter contre la fraude fiscale et réduire le déficit primaire. "La dynamique du ratio dette/PIB reste hors de contrôle tandis que les facteurs déterminants évoluent de façon négative", estime la commission.


30/08/2011 - Laurence Parisot dénonce un complot américain contre l'Europe

L'activité économique semble connaître un coup de frein brutal. Comment l'expliquez-vous?
 
Le ralentissement est dû à la rencontre de deux séries de causes: aux États-Unis, une situation économique et politique qui se dégradait; en Europe, des États qui franchissaient la ligne rouge en terme d'endettement. Une fois ces difficultés surmontées, nous retrouverons une croissance vive et créatrice d'emplois mais il ne faut pas se tromper dans l'analyse de ce que nous avons vécu cet été.

La situation s'est tendue quand la Chine a commencé à faire la leçon aux États-Unis sur leur dette. Les Américains ont sans doute voulu alors repasser le mistigri à l'Europe. On a assisté à une sorte de guerre psychologique et à une tentative de déstabilisation de la zone euro. Les marchés ont surréagi, étant par nature très sensibles aux rumeurs, même organisées. La morale de l'histoire, c'est que nous ne devons pas être naïfs et tomber dans le panneau de l'autodisqualification: si l'Europe a été attaquée, ce n'est pas parce qu'elle est faible mais parce qu'elle est forte, et si elle est enviée, c'est parce qu'elle est enviable.

Qui serait à l'origine de ce complot?
 
Je parlerais plutôt d'une «orchestration» outre-Atlantique des difficultés de l'Europe. Voyez les rumeurs sur les banques françaises, qui se sont diffusées immédiatement alors qu'elles étaient absolument infondées. Nos banques sont parmi les plus solides au monde. Des unes de médias américains an­­­nonçaient pourtant la mort de telle ou telle et même la fin de la zone euro. Nous sommes passés d'attaques sur l'Espagne à des attaques sur l'Italie, puis sur la France, jusqu'à des rumeurs de dégradation de l'Allemagne la semaine dernière! Quand des publications américaines très lues par les investisseurs et les analystes financiers titrent sur de fausses annonces dramatiques, des questions se posent.

L'accumulation des dettes des États est pourtant une réalité… 
 
Certes. Les dettes ne sont plus tenables. Elles doivent être résorbées au plus vite. Comme le montrent les mesures prises la semaine dernière, le gouvernement n'a pas tardé à entendre l'avertissement.

Vous êtes donc favorable à la règle d'or de retour à l'équilibre budgétaire?
 
Le principe d'une règle d'or consoliderait la réputation de notre pays et faciliterait le travail de n'importe quel gouvernement. De nombreux pays s'y engagent, il serait étrange que nous Français n'en soyons pas capables.

Dix milliards de prélèvements supplémentaires pour un milliard d'économies de dépenses, est-ce la meilleure façon de lutter contre les déficits?
 
Il fallait ajuster rapidement la situation, le gouvernement l'a fait. Mais vous avez raison, cela ne suffira pas, et l'État doit aussi accélérer la baisse de ses dépenses. L'idéal serait un ratio de 1 à 2: deux fois plus d'économies sur les dépenses que de hausse sur les recettes sociales et fiscales. Des mesures comme la réforme des retraites et le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux vont dans ce sens. Aller plus loin suppose d'autres réformes structurelles: se concentrer sur les collectivités locales et y décliner la RGPP; travailler aussi sur la santé, notamment l'hôpital public (pourquoi facture-t-il plus à l'assurance-maladie que le secteur privé pour les mêmes prestations?); enfin, développer partout les partenariats public-privé et les délégations de service public. Ces voies ont l'immense avantage de ne pas toucher à notre modèle social.

François Fillon a-t-il eu la «PME attitude» que vous ne cessez de prôner dans son plan antidéficit?
 
Il s'est en effet montré attentif aux petites entreprises mais on doit faire encore plus. Parmi les TPE-PME-ETI d'aujourd'hui se trouvent des entreprises du CAC 40 de 2030: elles doivent bénéficier du meilleur environnement possible pour pouvoir grandir. C'est pourquoi nous appelons à un vaste programme pour délégiférer et déréglementer le système juridique qui enserre jusqu'au cou les petites et moyennes entreprises. Il faut aussi alléger leur fiscalité. Il est choquant que l'impôt sur les sociétés (IS) acquitté effectivement par les TPE-PME soit (par rapport à l'excédent d'exploitation) de l'ordre de 39% contre 19% pour les grandes entreprises. Entre autres raisons, ces dernières déduisent de leur résultat les intérêts d'emprunts, tandis que les TPE-PME le font peu du fait de leur moindre capacité à emprunter. C'est la double peine! Il existe aussi un taux réduit d'impôt sur les sociétés (15%) pour les entreprises dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 7,6 millions d'euros. Le Medef demande que ce plafond soit relevé à 10 millions.

Seize grands patrons se sont dits prêts la semaine dernière à être taxés plus. Approuvez-vous la taxe exceptionnelle sur les hauts revenus qui va être instituée?
 
On voit des revenus très élevés chez les sportifs, les acteurs, les professions libérales: ce n'est pas un sujet spécifique à quelques chefs d'entreprise. Je comprends le principe d'une taxe particulière à un moment exceptionnel, mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt et faire oublier la nécessaire modération des rémunérations des dirigeants. Par ailleurs, ne confondons pas tout. Il y aurait de la démagogie à comparer l'incomparable et à mettre dans le même sac des revenus annuels de 250 000 euros et de 2,5 millions d'euros. Veillons à ce qu'à l'avenir une évolution du seuil n'affecte pas les classes moyennes, y compris les classes moyennes supérieures, qui sont le moteur de l'économie.

L'intégration des heures supplémentaires dans le calcul des allégements de charges sur les bas salaires ne risque-t-elle pas de renchérir le coût du travail et de détruire des emplois peu qualifiés?
 
Il y a bien sûr dans ce plan des mesures qui nous plaisent moins que d'autres. Nous déplorons aussi le passage du forfait social de 6 à 8%: il pénalise l'intéressement et la participation que nous voulons encourager. Mais l'ensemble s'inscrit dans une claire logique de désendettement et cela, nous le saluons.

Êtes-vous inquiète de l'évolution du chômage dans les mois à venir?
 
Nous pouvons enrayer la récente dégradation. En comprenant que dans les TPE-PME réside le plus grand potentiel d'emplois et en le favorisant. En travaillant sur la meilleure employabilité des demandeurs d'emploi, en intégrant les fortes mutations des métiers, en adaptant en temps réel les formations.

L'emploi se précarise avec la multiplication des temps partiels, des CDD… Comment y remédier?
 
Dans le cadre de l'accord sur l'assurance-chômage signé en début d'année, nous allons créer avec les organisations syndicales un groupe de travail sur les évolutions des modes d'indemnisation. Nous avons aussi prévu une délibération sociale sur le marché du travail. Je souhaite faire converger ces réflexions pour améliorer l'ensemble emploi-assurance-chômage-formation. Les procédures qui entourent le contrat de travail doivent encore progresser: telles quelles, elles sont bloquantes par leur longueur et leur juridisme excessif. La peur de l'embauche est le problème numéro un des entreprises. Il faudrait réaliser avec les ruptures collectives le travail que l'on a accompli avec les ruptures individuelles. On ne dit pas assez que la rupture conventionnelle a installé pour la première fois en France la «flexisécurité» et que tout le monde y gagne.

Quel est le menu de vos négociations avec les syndicats au second semestre?
 
La priorité dans les jours qui viennent est de mettre en œuvre les accords patronat-syndicats du premier semestre sur l'emploi des jeunes. Nous poursuivrons aussi les négociations sur la valeur ajoutée et la modernisation du paritarisme. Nous lancerons également des délibérations sociales sur le bien-être au travail et l'égalité professionnelle homme-femme, dans laquelle nous inclurons le congé paternité.

Quelle sera votre stratégie pour faire passer vos idées pendant la campagne présidentielle?
 
En 2007, nous avions publié un livre, Besoin d'air, qui a marqué la campagne. Nous préparons «Besoin d'air 2» qui sortira début janvier. «Besoin d'air 2» proposera des réformes structurelles mais surtout portera un grand projet européen. Il y a quelque temps encore, il arrivait que je rencontre des chefs d'entreprise qui reconnaissaient avoir voté non au traité de Maastricht; aujourd'hui, je vois ces mêmes chefs d'entreprise convaincus, enthousiastes et prêts à avancer résolument vers un fédéralisme européen économique et social. La France restera la France si, et seulement si, l'Europe est solidaire, unie et puissante.

Figaro


25/08/2011 - Le président allemand critique les rachats de la BCE

Le président allemand Christian Wulff a mis en doute mercredi la légalité du programme de rachat d'obligations souveraines de la Banque centrale européenne (BCE), mettant en évidence la forte opposition que rencontre cette mesure en Allemagne.

La banque centrale a réactivé son programme début août pour apaiser les fortes tensions sur le marché obligataire en Italie et en Espagne, malgré l'opposition des deux membres allemands de son conseil des gouverneurs, Jens Weidmann et Jürgen Stark.

"Je considère l'acquisition massive d'obligations d'Etats par le biais de la Banque centrale européenne comme étant légalement contestable", a déclaré Christian Wulff lors d'une conférence d'économistes à Lindau, en Bavière.

Le président allemand, dont le rôle est en grande partie protocolaire, a cité un article du Traité de l'Union européenne qui interdit à la BCE de racheter des obligations directement auprès des Etats, c'est-à-dire sur le marché primaire.

"Cette interdiction a du sens uniquement si les responsables ne la contournent pas avec de vastes achats sur le marché secondaire", a-t-il ajouté.

"L'achat indirect d'obligations d'Etat est plus coûteux que (l'achat) direct (...). Encore une fois, les acteurs des marchés financiers engrangent des commissions sans aucun risque."

Reuteurs


22/08/2011 - La croissance en Grèce sera pire que prévue

Le ministre des finances de la Grèce a mis en garde que le pays s'enfonce plus profondément dans la récession, avec des prévisions révisées indiquant une croissance négative de près de 5 pour cent cette année.

La nouvelle projection est venu alors que des experts de l'Union européenne et du Fonds monétaire international ont commencé à évaluer les progrès des réformes budgétaires et structurelles, avant qu'une décision soit prise sur le versement d’une autre tranche du sauvetage de 8 milliards €.

Evangelos Venizelos a déclaré dans une interview avec une station de radio d'Athènes ce vendredi: «Il y a maintenant une fourchette de prévisions suggérant que la croissance pourrait diminuer de plus de 4,5 pour cent - et nous devons encore voir où cela s'arrêtera."

"La vérité est qu'un mélange de facteurs internes et externes intensifie la récession et c'est notre plus gros problème", a déclaré M. Venizelos.

Les projections antérieures de l'UE et du FMI, utilisées comme base pour la révision du programme budgétaire de la Grèce approuvé par le Parlement en Juin, ont supposé que l'économie se contracterait cette année d'environ 3,8 pour cent et montrerait une modeste croissance positive d’environ 0,8 pour cent en 2012.

Les économistes de Kepe, un thinktank de l’Etat grec, avaient averti à l’époque que les prévisions étaient trop optimistes étant donné le plongeon de la demande intérieure. Ils ont dit que la contraction serait d'au moins 4,5 pour cent suivie par une croissance plate l'an prochain.

M. Venizelos a également averti que bien que 45 milliards de financement soient toujours disponible du premier prêt de l'UE et du FMI, le second plan de sauvetage plus complexe sur lequel les partenaires européens se sont mis d’accord le mois dernier ne serait pas prêt avant "la première ou deuxième semaine d’Octobre."

"Si ce n'est pas complet, il y aura un arrangement transitoire», a déclaré M. Venizelos dans une tentative de calmer les craintes à Athènes que le gouvernement peut ne pas être en mesure de faire face aux paiements de la dette et d'autres paiements arrivant pour la fin Septembre.

Les officiels de l'Union européenne s’attendaient à ce que le nouveau plan, qui inclut des rachats d'obligations ainsi que des refinancements de la dette et des échéances en accord avec les obligataires privés, soit en place à temps pour le déboursement prévu le mois prochain.

M. Venizelos a minimisé l’accord bilatéral de la Grèce avec la Finlande pour fournir des garanties en contrepartie de sa part du nouveau prêt, en disant, "ce doit encore être discuté au niveau politique (l'Union européenne)." ( Cf : Les demandes de garanties constituent un obstacle pour le sauvetage grec)

Mais la détérioration de la situation économique de la Grèce peut encourager les pays de la zone à chercher d'autres arrangements similaires, estiment des analystes.

Une estimation rapide de la croissance annuelle en Juillet a montré que la production s'est contractée de 6,9 pour cent. Les revenus ont diminué de 6,4 pour cent au cours des sept premiers mois sur une base annuelle, selon l'autorité statistique grecque.

Pourtant, M. Venizelos a déclaré que la Grèce pourrait encore atteindre son objectif de réduction du déficit budgétaire par trois points de pourcentage du produit intérieur brut cette année, sans avoir à prendre de mesures supplémentaires.

«Nous avons déjà voté des mesures qui, si elles donnent les résultats complets, assureraient que nous puissions surpasser cette objectif .... Et nous nous déplaçons également pour nous occuper du côté des dépenses», a t-il dit, signalant que des réductions supplémentaires seraient faites dans l’investissement public pour ramener le budget sur la bonne voie.

Article rédigé en français par Melvine en Action
Source : Article de Kerin Hope à Athènes - The Financial Times


04/08/2011 - La BCE échoue à éteindre l'incendie

La Banque centrale européenne (BCE) n'est pas parvenue jeudi à ramener le calme sur les marchés, en pleine dégringolade, après avoir pourtant réactivé deux mesures exceptionnelles, dont son programme de rachat d'obligations publiques.

Les principales Bourses européennes ont toutes terminé la journée en baisse de plus de 3%, peu après une conférence de presse du président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, très attendue par les marchés qui espéraient quelque réconfort après plusieurs jours de baisse et de tension.


M. Trichet a annoncé que le conseil des gouverneurs de la banque avait décidé "à une écrasante majorité" de procéder à de nouveaux achats d'obligations.

Auparavant, il avait précisé n'avoir "jamais dit" que ce programme, entamé à contre-coeur au printemps 2010 pour porter secours à la Grèce, avait été "interrompu". La BCE n'en avait pourtant pas fait usage depuis plus de quatre mois, considérant qu'il appartient aux responsables politiques européens d'adopter les mesures d'ajustement nécessaires pour mettre fin à la crise.

Ces achats, censés aider les pays les plus fragiles de la zone euro, étaient réclamés par les marchés, selon plusieurs analystes. Mais cela n'a pas empêché les Bourses européennes de piquer du nez tandis que l'euro se dépréciait face au dollar et que l'or atteignait un nouveau plus haut historique.

Le fait que M. Trichet ait annoncé la reprise du rachat d'obligations, en termes sybillins, au détour d'une réponse à la question d'un journaliste, "crée des doutes sur le sérieux" de cet engagement, estime Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg Bank.

M. Trichet a par ailleurs "refusé de dire si la BCE allait aussi racheter des obligations espagnoles et italiennes", ce qui constitue un mauvais signe, poursuit l'économiste.

La dette publique dans la zone euro

La BCE a pourtant également annoncé qu'elle allait aussi venir en aide aux banques, en mettant à leur disposition des liquidités supplémentaires.

Une opération exceptionnelle de prêt sur six mois sera lancée le 9 août avec une maturité au 11 mars 2012, en réaction aux "tensions renouvelées sur certains marchés de la zone euro", a précisé M. Trichet.

La BCE avait déjà procédé à ce type d'opérations pour faire face à la crise mondiale, mais ces opérations avaient cessé fin 2009.

L'allocation illimitée de crédits aux banques, à taux fixe et sur des périodes allant jusqu'à trois mois, est quant à elle prolongée d'un trimestre, jusqu'à janvier 2012.

Ces tensions sur les marchés ont conduit l'Espagne à reporter une émission obligataire prévue le 18 août, après celle qui a eu lieu jeudi matin au cours de laquelle le Trésor espagnol a emprunté 3,311 milliards d'euros à 3 et 4 ans, à des taux d'intérêt en forte hausse par rapport aux dernières émissions similaires.

Face à la dégradation de la situation, le président de la Commission européenne a prôné une réévaluation des capacités du Fonds de soutien européen, créé l'an dernier au plus fort de la crise grecque. Il a également revelé que la crise de la dette s'étendait désormais au-delà des pays fragiles de la zone euro, dans un courrier adressé aux dirigeants de l'Union monétaire.

M. Trichet souhaite précisément voir ce Fonds de soutien européen relayer rapidement la BCE comme cela a été décidé lors d'un sommet à Bruxelles le 21 juillet.

Or ce transfert serait "dangereux", estime Holger Schmieding. "En cas de panique irrationnelle, un message puissant est nécessaire pour l'arrêter", ce que seule une banque centrale "qui peut agir vite et à grande ampleur" peut faire", ajoute-t-il, estimant que la BCE avait "raté une opportunité d'agir de manière plus convaincante".

Les argentiers de la zone euro, qui étaient réunis jeudi en premier lieu pour décider de leur politique de taux d'intérêt, ont décidé sans surprise de laisser leur principal taux directeur à 1,5%.

AFP


04/08/2011 - La spirale sans fin de la crise dans la zone euro

Les marchés sont-ils happés par le vide ? L'accord du Congrès américain, mardi 2 août, permettant de relever le plafond de la dette et d'éloigner le spectre d'un défaut de la première économie mondiale, n'a eu aucun effet sur des investisseurs affolés.

A la Bourse de New York, le Dow Jones a plongé, mardi, de 2,19 %, entraînant dans sa chute les marchés asiatiques et européens. Mercredi, Tokyo cédait 2,11 %, tandis que Paris et Francfort reculaient de 1,82 % et 2,26 % à l'ouverture. En Europe, ce regain de stress ne fait qu'aggraver la crise aiguë des dettes souveraines dans une sorte de prophétie autoréalisatrice : plus les taux montent, plus la dette est délicate à rembourser.

Quinze jours à peine après que les dirigeants eurent dégainé, le 21 juillet, ce qu'ils croyaient être une arme nucléaire pour neutraliser les peurs, les taux à dix ans des emprunts espagnols et italiens ont ainsi atteint des sommets historiques : 6,36 % pour l'Espagne et 6,18 % pour l'Italie mardi. Les taux grecs, eux, restent à des niveaux record (14,85 %), les investisseurs se réfugiant sur le Bund, l'obligation allemande, jugé plus sûr, descendu à 2,39 %, sous le niveau de l'inflation. Du jamais vu depuis la réunification !

Inquiet, le gouvernement espagnol, les yeux rivés sur les marchés, reste sur le qui-vive, tandis qu'à Rome, le ministre italien de l'économie, Giulio Tremonti, après avoir convoqué, mardi, une réunion du Conseil de stabilité financière, devait s'entretenir avec le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Mais Bruxelles exclut pour le moment toute discussion sur un plan de sauvetage pour l'Italie et l'Espagne. Points sur les causes et conséquences de cet "emballement" spéculatif.









Service infographie du "Monde"

    Quelle est l'origine du regain de stress ?

Le spectre, même improbable et finalement écarté, d'un défaut de paiement des Etats-Unis, a fait prendre conscience aux investisseurs que le surendettement des Etats pouvait frapper tout le monde. Y compris la première économie mondiale. Chacun s'est alors souvenu qu'en Europe, le problème n'était pas réglé. Le plan de sauvetage de la Grèce présenté le 21 juillet n'a rassuré qu'un temps. Surtout, la publication d'une série de chiffres macroéconomiques plus mauvais les uns que les autres fait trembler. Le spectre d'un "double dip", une bascule de l'économie américaine dans la récession, refait surface avec ses inévitables répercussions sur la reprise européenne. Or, le meilleur remède pour éponger des dettes publiques reste la croissance.

    Pourquoi le plan de sauvetage de la Grèce annoncé le 21 juillet n'a-t-il pas rassuré ?

L'accord conclu à l'arraché le 21 juillet entre les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro prévoit un élargissement de la mission du Fonds européen de stabilité financière (FESF) – dont la possibilité d'acquérir de la dette d'Etat sur le marché – et une participation des créanciers privés sous forme d'échange des anciens emprunts grecs.

Si, au moment de l'annonce, les investisseurs ont semblé soulagés, encore faut-il que cette décision soit entérinée. En France, la modification des missions du FESF doit faire l'objet d'un vote du Parlement, et la session extraordinaire consacrée au projet de loi de finances rectificative qui validera l'accord européen ne débutera que le 6 septembre. Trop lent, trop tard, trop bureaucratique, jugent les marchés.

    Pourquoi la spéculation touche maintenant l'Espagne et l'Italie ?

L'Italie, en raison de son taux d'endettement très élevé (120 % du produit intérieur brut, PIB), et l'Espagne (dont la dette publique a atteint 63,6 % du PIB, contre 55 % il y a un an), sont deux "maillons faibles" de la zone euro. L'endettement de l'Italie est supérieur à celui du Portugal (93 %) et de l'Irlande (96 %), et moindre que celui de la Grèce (140 %).

Les marchés craignent que ces deux pays ne tombent dans une spirale infernale : méfiance des investisseurs qui se traduit par des taux plus élevés débouchant sur un étranglement du pays. Tout cela se conjuguant à une croissance insuffisante pour diminuer l'endettement, à une fragilisation du système bancaire en Espagne (très engagé dans l'immobilier) et à une crise politique en Italie.
Or, les investisseurs savent que si la zone euro a la capacité d'apporter son aide à la Grèce, à l'Irlande, au Portugal – voire même à Chypre, qui pourrait bientôt en avoir besoin –, qui ne représentent que 6 % du PIB de l'Union, elle n'a pas les moyens de sauver ces deux grands pays (près de 30 % du PIB de la zone euro).

    Quels sont les risques ?

En dépit de maladresses, les dirigeants européens semblent avoir démontré leurs engagements à sauver la zone euro. Mais certains évoquent toujours son implosion. Dans ce cas, la sortie, même temporaire, d'un "maillon faible" de l'union monétaire, se traduirait par un retour à sa devise, une dévaluation drastique, une inflation galopante qui ruinerait les créanciers. Une fuite en avant douloureuse pour le pays concerné, son système bancaire, mais aussi pour ses partenaires européens.

Le risque est aussi de devoir "gérer la crise". Autrement dit, de mettre chaque fois plus sur la table pour recapitaliser un pays et ses banques. Chaque plan réclamerait aussi des efforts budgétaires de plus en plus drastiques à même de plonger les pays dans la récession.

    Comment apaiser radicalement les tensions ?

L'option la plus probable est d'augmenter la force de frappe du FESF, voire de lui faire un "chèque en blanc". Mais pour l'économiste Daniel Cohen (membre de conseil de surveillance du Monde), l'Europe doit aller plus loin pour faire capituler le marché. Il faut, dit-il, transformer la Banque centrale européenne (BCE) en "bombe nucléaire" en l'autorisant à acheter de la dette d'un pays de l'euro dès que des tensions trop fortes apparaissent sur les taux et l'habiliter à "imprimer" des billets autant que nécessaire. Les marchés sauraient alors que, quoi qu'il arrive, c'est elle qui a l'avantage.

Claire Gatinois et Cécile Prudhomme - Les Echos



24/07/2011 - Soit la fédéralisation, soit l'éclatement ?

La crise de la zone euro n'en finit pas de distiller son parfum de fin de monde. A chaque jour sa mauvaise nouvelle : girations des marchés, divagations des politiques, souffrances des peuples abandonnés - et les sommets n'y changeront rien.

Pour quelle issue ? On sait que les pays faibles ne peuvent pas sortir de la zone euro car leur dette extérieure serait réévaluée du montant de la dévaluation de leur nouvelle devise, tandis que les taux d'intérêt sur leur dette augmenteraient. Seuls les pays forts peuvent sortir car leur nouvelle devise se réévaluerait. Mais ces derniers n'ont pas intérêt à sortir tant que les dettes publiques de la France, de l'Italie et de l'Espagne ne sont pas attaquées. En attendant cette attaque, qui semble inéluctable, deux thèses s'affrontent sur l'euro.

Certains pensent que la mise en place d'un mécanisme européen de stabilité au 1er janvier 2013, pour remplacer l'actuel Fonds européen de stabilité financière de 440 milliards d'euros, et la réforme du pacte de stabilité et de croissance pour le rendre plus contraignant, avec un "pacte pour l'euro plus" comprenant des réformes de compétitivité, vont suffire à pérenniser la zone euro telle qu'elle est. D'autres pensent que la stagnation imposée aux pays du Sud rend impossible un retour à la croissance qui permettrait, seul, de rembourser les dettes. Or, malheureusement, les niveaux d'excédents budgétaires primaires (avant paiement des intérêts) nécessaires pour que la Grèce ou le Portugal puissent se rétablir sont inatteignables. L'Espagne est proche de cette situation d'impossibilité.

Quel est le problème de la zone euro ? C'est une zone cassée en deux. Non seulement la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale, mais elle n'est pas dotée d'un gouvernement économique avec un budget fédéral opérant des transferts automatiques entre les pays en bonne santé et les autres, ainsi que ce mécanisme fonctionne aux Etats-Unis grâce au puissant budget fédéral américain. De plus, et surtout, la zone a divergé avec deux groupes de pays : le premier groupe centré autour de l'Allemagne a choisi, il y a dix ans, un modèle de développement économique fondé sur l'industrie et l'exportation, qui produit des excédents extérieurs de 4 % du PIB, tandis que le second groupe, centré sur la France, l'Italie et l'Espagne, a choisi un modèle fondé sur la consommation et les loisirs qui donne des déficits extérieurs compris entre 2 % et 4 % du PIB. En France, qui plus est, la consommation est tirée par une dépense publique financée par le déficit, c'est-à-dire l'emprunt. Le point-clé est que la moitié des excédents de la zone nord se fait au détriment de la zone sud. Or, l'approche officielle pour traiter les déséquilibres de la zone euro consiste à demander à la zone sud d'adopter le modèle exportateur de la zone nord.

C'est un projet dément alors même que l'euro s'établit autour de 1,4 dollar et que la zone sud n'est plus compétitive au-delà de 1,2 dollar. Supposons néanmoins que la zone sud parvienne à se réindustrialiser. Non seulement se fermeraient les marchés actuels de la zone nord, mais l'ensemble de la zone serait exportatrice, ce qui exigerait, avec l'Asie également excédentaire, des déficits extérieurs croissants des Etats-Unis qui accentueraient la chute du dollar. Il y a donc une impossibilité technique à réussir la mise en oeuvre de l'approche des autorités officielles de la zone euro.

Que faire ? Soit on rétablit une flexibilité du change entre la zone nord et la zone sud, par la sortie de la zone des pays du Nord, soit on prolonge l'agonie des pays du Sud car la crise de l'euro a provoqué le retour de la contrainte extérieure : les pays déficitaires vont s'écraser sur le mur de la dette. On se doute que les pays du Nord ne sortiront pas avant une crise grave des pays du Sud se tournant vers le Nord pour demander 2 000 à 2 500 milliards d'euros d'aides, ce qui va arriver à bref délai.

Pour éviter l'agonie du Sud, il faudrait se résoudre à une fédéralisation partielle de la zone. Celle-ci pourrait inclure l'Allemagne, le Benelux et l'Autriche, la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Naîtrait la deuxième puissance économique du monde. L'Europe reviendrait sur l'échiquier politique mondial et pourrait aborder sereinement les crises géopolitiques en préparation. Mais l'on sait que la probabilité de cette occurrence, pourtant souhaitable, est quasi nulle.

Dans ce contexte, la seule solution raisonnable est une sortie de l'Allemagne, des Pays-Bas et de l'Autriche de la zone euro, qui n'interviendra toutefois que lorsque les dettes publiques de la France et de l'Italie seront attaquées, car aucun gouvernement ne peut prendre cette décision à froid. La France, qui a subi la plus forte désindustrialisation en Europe depuis 1998, devra rester dans la zone euro tout en opérant enfin une réduction de son déficit public. Le rétablissement du commerce extérieur nous redonnera les bases d'une croissance saine. Etant devenu le pays fort, nous pourrons sortir de la zone euro, avec l'Italie, si la situation des pays les plus en difficulté ne se rétablit pas. Un nouvel axe politique franco-allemand relancera la construction européenne. La crise libératrice est proche.

Christian Saint-Etienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, membre du Conseil d'analyse économique - Le monde





18/07/2011 - La crise de l'euro pourrait entraîner un crash des marchés mondiaux

Les marchés du monde entier pourraient chuter de plus d'un tiers si l'Europe ne parvient pas à résoudre sa crise de la dette, ont averti les analystes de la Deutsche Bank.

Une fin désordonnée de la crise mènerait "inévitablement" à une récession mondiale, écrasant la rentabilité des entreprises, selon eux.

"Les actions mondiales pourrait perdre jusqu'à 35% de leur valeur si la situation se dégrade en une véritable crise financière à l'échelle des retombées de l'effondrement de Lehman Brothers en 2008", ont déclaré les analystes dans une note.

*Même dans le scénario "doux" où la crise ne déborderait pas sur l'économie en général, verrait chuter les marchés de 12%. *

L'avertissement est venu comme le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a déclaré que les nations de la zone euro tiendront un sommet extraordinaire à Bruxelles le jeudi 21 pour discuter d'un second sauvetage pour la Grèce.

L'annonce est venue après que le Fonds Monétaire International ait exhorté les responsables à agir avec un "sens plus élevé de l’urgence». (Et oui Merkel se baladant en Afrique alors que la contagion s’étend, ça fait mauvais genre. Mais bon je suspecte que Merkel a voulu imiter les sénateurs du Wisconsin pour échapper à une décision. A ce rythme l’Allemagne ne sera pas la solution, mais le problème….)

L’envolée des obligations italiennes et espagnoles ces derniers jours a alimenté les craintes que les pays «too big to bail» puissent être impliqués.

À moins que le sommet de jeudi annonce des résultats concrets sur la façon de contenir la crise, les analystes mettent en garde que les investisseurs inquiets continueront à cibler l'Italie et l'Espagne.

Neil Mellor, de BNY Mellon, a déclaré: «Tout le monde s'attend à une certaine sorte de défaut, mais en attendant la contagion est omniprésente."

Pourtant, la dette de l'Italie ne pose pas les mêmes problèmes qu'elles des autres nations européennes, comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, et est sous pression en raison de l’incapacité de l'Europe à faire face à la crise de la dette, a déclaré le chef du Fonds mondial PIMCO.

* Mohamed El-Erian, chef du Pacific Mangement Investment Co. a défendu l'Italie, dans une interview sur CNBC, contre les comparaisons avec les autres pays, en disant que l'Italie est «très différente », ajoutant que c’est «un pays assez souple."*

L’Italie, dit-il, souffre d'une incapacité de l'Europe à ce jour à résoudre sa crise de la dette.

"Alors l'Italie ne ressemble pas du tout à la Grèce, l'Irlande ou le Portugal. ».

En attendant ce n’est pas forcément les stress tests qui vont rassurés les marchés.

Harry Wilson du Telegraph a comparé les stress test au permis de conduire irlandais en 1979

En 1979, Sylvester Barrett, alors ministre de l'environnement irlandais, a fait une chose extraordinaire qui a eu des ramifications pour les conducteurs de l'Irlande pour les décennies à venir.

En voyant un grand nombre de ses concitoyens échouer à leur permis de conduire, M. Barrett a déclaré que tous ceux qui avaient passé leur test deux fois et qui avaient échoué, auraient automatiquement leur permis.

Les conséquences étaient prévisibles. Environ 40% de la population irlandaise a été autorisée à conduire sur les routes sans jamais avoir passé un test. Les accidents de la circulation ont augmenté et les coûts pour l’assurance ont suivi.

Prenez l'une des hypothèses de « stress » la plus pertinente, que les autorités européennes ont utilisé pour tester les 90 banques dans les derniers tests.

Les obligations grecques se négocient actuellement sur le marché à la moitié de leur valeur nominale, mais l'Autorité bancaire européenne (EBA) a demande aux investisseurs avertis de croire sérieusement qu'ils ont bien testé les banques en appliquant une "coupe " de seulement 15pc à la dette grecque.

Ou regardez les 2,5 milliards € (2,2 Md £) de nouveaux capitaux dont ont besoin les huit banques qui ont échoué aux tests selon l’EBA.

Les analystes de Credit Suisse, seulement trois heures et 25 minutes après que l’EBA ait annoncé ses résultats, ont conclu que le montant réel dont elles ont besoin serait plus de 45 milliards € et que 14 banques auraient échoué réellement.

Il est probablement trop demander aux politiciens d’apprendre la leçon que, parfois, l'honnêteté est vraiment la meilleure politique.

Source : The Telegraph - Article rédigé par Melvine en Action



15/07/2011 - La BCE est elle insolvable ?

La solvabilité de la Banque Centrale Européenne s’est vue remise en question par une brillante étude effectuée par OpenEurope.org.uk. Cette association de penseurs indépendants voudrait que ‘l’Union Européenne embrasse une réforme radicale basée à la fois sur la libéralisation économique, une structure financière plus flexible et une comptabilité plus transparente’. Cela permettrait aux ‘institutions Européennes dénigrées par les citoyens de l’Union’ de faire face ‘au déclin de la croissance économique ainsi qu’à la compétition et l’insécurité grandissantes et à la crise démographique’.

L’annonce de la publication de ce dossier intitulé ‘A HOUSE BUILT ON SAND? - The ECB and the hidden cost of saving the euro’, présente un sommaire succinct des points clés développés ci-dessous. Mes commentaires y sont présentés en italique.

-En parallèle aux milliards d’Euros que représentent les diverses interventions de l’UE et du FMI, la BCE s’est engagée dans son propre plan de sauvetage, fournissant aux banques insolvables des crédits à taux très faibles et venant en aide aux pays de l’Euro les plus faibles en matière économique, bien que ce ne soit pas son rôle premier. La BCE est soutenue par les contribuables, ce qui signifie qu’il existe un coût de la crise plus ou moins caché dans les registres de la BCE.

-Il en ressort donc que les bilans de la BCE sont extrêmement vulnérables. Nous estimons que la BCE est exposée à la crise européenne à hauteur de 444 milliards d’euros – ce qui représente l’équivalent des PIB combinés de la Finlande et de l’Autriche. Bien que tous les prêts accordés par la BCE ne soient pas ‘mauvais’, il n’en demeure pas moins que la plupart d’entre eux puissent entraîner des pertes importantes pour la BCE si la situation en zone Euro continuait à se détériorer. Les banques des pays insolvables se sont vues autorisées le transfert de leurs biens à risque vers la BCE en échange de prêts. Ces biens à risques sont très difficile à évaluer. (Bien qu’ils aient toutefois une valeur inférieure à ce qu’il en est dit dans les bilans de la BCE).

-En moyenne, la BCE prête entre 23 et 24 fois son capital, qui s’élève à 82 milliards d’euros. Cela signifie que si la BCE voyait ses biens perdre 4,25% de leur valeur, ce qui pourrait se produire à la suite du rachat de la dette d’un pays par exemple, son capital se verrait anéanti. La BCE se trouve donc au même niveau que toutes les autres institutions auxquelles elle rend service en leur proposant des plans de sauvetage.

-Les pertes de la BCE sont désormais plus une réalité qu’un risque, avec la Grèce qui semble sur le point de faire défaut ces quelques prochaines années [OpenEurope est ici très optimiste, dans la mesure où un défaut semble également très probable lors de ces quelques prochaines ‘semaines’ ou prochains ‘mois’. La Grèce a effectivement déjà commencé à faire défaut de sa dette dans la mesure où elle n’a aucunement la capacité de rembourser ses dettes]. Nous estimons que la BCE détient environs l’équivalent de 190 milliards d’euros de biens issus de la Grèce [soit plus du double de son capital de base], originaires du gouvernement Grec comme de ses banques. Si la Grèce parvenait à rembourser la moitié de sa dette – ce qui est nécessaire à un retour de la dette Grecque à des niveaux ‘surmontables’ -, la BCE perdrait entre 44,5 et 65,8 milliards d’euros. Cela représenterait entre 2,35 et 3,47% de ses biens. Nous nous approchons là dangereusement des 4,25% nécessaires à l’anéantissement du capital de la BCE. [Encore une fois, OpenEurope reste généreux en déclarant la Grèce comme pouvant rembourser la moitié de sa dette].

-Une perte d’une telle ampleur rendrait la BCE insolvable et nécessitant une création nouvelle de capital, ce qui signifie qu’elle devrait soit imprimer de la monnaie [La BCE n’est rien si ce n’est une institution imprimant de la monnaie, elle aurait donc à imprimer plus de monnaie que ce qu’elle ne fait en temps normal] afin de couvrir ses pertes, ou bien qu’elle devrait demander des prêts aux gouvernements (grâce par exemple à un appel aux banques centrales nationales). [Cet appel pourrait se faire en termes d’euros, que la BCE devrait emprunter ou imprimer, mais également en termes d’or, qui représente son capital réel. Que les banques centrales nationales lui transfèrent ou non leurs réserves d’or reste encore à voir]. La première option déboucherait sans conteste sur une inflation, ce qui est inacceptable particulièrement en Allemagne [et bien sûr aux yeux de l’ensemble des citoyens de l’Union], alors que la seconde option déboucherait sur un nouveau plan de sauvetage dont les contribuables seraient les premières victimes.

-Les actions de la BCE tout au long de la crise financière n’ont pas uniquement pesé lourdement sur ses propres bilans, mais aussi sur sa crédibilité. Crédibilité qui avait déjà était largement bafouée en mai dernier, alors que les gouvernements étant venus en aide à la Grèce avaient fait pression sur la BCE pour qu’elle outrepasse ses propres lois et rachète la dette souveraine de la Grèce. La BCE n’a depuis pas quitté cette route vers la ruine, rachetant la dette d’autres pays en crise.

Pour toutes ces raisons, la BCE est insolvable. Ses portes demeurent ouvertes pour la seule et bonne raison qu’elle joue le rôle de comptable pour toutes les banques insolvables de par l’Europe. Nombreux sont ceux qui ne peuvent déterminer lorsqu’une banque se trouve en état d’insolvabilité si cette dernière ne mentionne pas la valeur réelle de ses biens dans ses comptes financiers. L’insolvabilité d’une banque éclate au grand jour lorsque cette dernière ferme ses portes, ce qui a été prouvé par le cas de la Lehman Brothers. En d’autres termes, début 2008, alors que quelques personnes retiraient leurs réserves monétaires des coffres de la Lehman Brothers, le marché s’est rendu compte que la banque était insolvable même si ses bilans n’en faisaient pas fi, entraînant le prix des parts de la banque dans une spirale infernale. Le rapport publié par OpenEurope pousse de plus en plus de personnes à se pencher sur le cas de la BCE, les forçant ainsi à tirer des conclusions quant à sa solvabilité. Toute personne détenant encore des euros à ce jour se trouve dans la même situation que celle ayant détenu des parts de la Lehman Brothers.

Si vous êtes de ceux qui pensent que ce problème n’est qu’un problème européen, veuillez considérer ceci :

Dans un article concernant le rapport publié par OpenEurope, paru cette semaine dans le journal Barron’s, indique : ‘La Réserve Fédérale possède un effet de levier plus important que celui de la BCE, à hauteur de 50%, mais ses possessions en bons du Trésor sont de biens meilleure qualité que les dettes du Portugal, de l’Italie, de l’Irlande, de la Grèce ou de l’Espagne’. Ce commentaire passe outre le fait que seuls 55% des biens détenus par la Fed proviennent de la Trésorerie, et que la plupart de ces biens ne sont pas des biens liquides. De plus, la dette de la Trésorerie a autant de chances de se voir un jour remboursée que celle de tout autre pays surendetté.

Il existe donc une seule conclusion logique : Etant donné que le remboursement semble au-delà des capacités des pays surendettés, la part la plus importante de la dette mondiale ne se verra jamais repayée. Puisque qu’une part importante de la dette n’est autre que le bien qui soutient aujourd’hui les devises du monde, ces devises continueront de se voir dévaluées. Ces histoires nous sont familières, puisque ce sont celles que nous pouvons lire dans nos livres d’histoire monétaire, faisant état de rois ayant trompé leurs citoyens par la création d’une monnaie sans valeur afin de protéger leurs possessions en métaux précieux. Aujourd’hui, la dévaluation d’une monnaie fiduciaire naît d’une masse de dettes colossale, de bureaucrates et de politiciens autocratiques, et bien sûr de leurs banquiers centraux. Cette observation met succinctement l’accent sur un thème redondant : Les banques centrales sont une relique barbare.

James Turk 24h gold


12/07/2011 - ILS SE FONT ATTENDRE !

« Nous avons procédé à un tour d’horizon » est le seul commentaire que les journalistes ont pu tirer d’Herman Van Rompuy, président de l’Union européenne, au sortir de son déjeuner au sommet. Enchaînait une réunion de l’Eurogroupe dont rien n’a encore filtré. La nuit risque d’être longue, car Jean-Claude Juncker ne pourra pas s’en tirer avec une telle pirouette. Les journalistes pourraient le comprendre, les marchés moins.

C’est du côté de l’Institute of International Finance qu’il faut se tourner pour avoir du nouveau, si l’on en croit le Financial Times. Un document de six pages a été selon lui distribué aux ministres participants à la réunion, auquel il a eu accès, dont l’essentiel tient en peu de mots : vous devez dans les jours qui viennent financer un rachat de sa dette par la Grèce, afin de diminuer la charge qui pèse sur elle.

C’est à cette condition que pourra être évitée la propagation irrésistible de la crise, qui est entrée dans sa phase la plus critique, poursuit le document. C’est aussi à cette condition que les banques pourraient s’engager à participer au sauvetage de la Grèce, pour un montant estimé à 30 milliards d’euros sur un total de 115 milliards d’euros. Elles pourraient procéder à un échange d’une partie des obligations souveraines qu’elles détiennent contre de nouvelles à longue maturité.

Liant leur soutien à l’action préalable des Etats, les banques cherchent ainsi à se garantir contre des décotes ultérieures des nouvelles obligations grecques qu’elles détiendraient.

Mais ce schéma, en cours de discussion, a fort peu de chances de recueillir l’assentiment des Allemands, faisant dans la pratique peser le poids du sauvetage sur les finances publiques, alors qu’il s’agit de le partager. « C’est problématique », a lâché un négociateur allemand à Reuters, avant de rentrer en réunion.

Au vu de la gamelle enregistrées aujourd’hui par les valeurs financières (les banques) sur les places boursières européennes, et les sauts de cabri des taux obligataires espagnols et italien, quelles sont les marges de manœuvre effective des uns et des autres dans cette négociation au finish ? Pas lourdes, semble-t-il…

Comment ne pas poursuivre, dans le fil de l’actualité, la comparaison avec les péripéties de l’affrontement qui se poursuit aux Etats-Unis, où la dramatisation est à son comble, orchestrée par Barack Obama et son administration afin de tenter de faire plier les républicains (et accessoirement les libéraux, la gauche démocrate) ?

Dans les deux cas, la corde est tendue à l’extrême. Alors que l’OCDE vient de rendre publiques de nouvelles prévisions de croissance du monde occidental, à la baisse avec une mention spéciale pour le Japon, et que la Banque des règlements internationaux a prévenu que la crise de la dette publique est amenée à s’étendre et avoir un impact négatif sur les banques. Explicitant cette menace en précisant que « la hausse du niveau d’endettement de certains Etats a d’ores et déjà conduit à ce que les obligations d’Etat de ces pays perdent leur statut d’investissement sans risque et d’autres pays risquent d’être affectés par cette tendance. » En d’autres termes, sapant le système financier.

Prenant les devants, le FMI vient par la bouche de son conseiller spécial Zhu Min, appelé à devenir directeur général adjoint, d’avertir qu’il va être nécessaire de « trouver un équilibre entre austérité et croissance », en précisant les moyens et les objectifs  : « nous devons ainsi soutenir les plus pauvres et les plus vulnérables, en fournissant par exemple des filets de sécurité sociale pour les chômeurs et en améliorant les administrations fiscales et la collecte de l’impôt ».

La ligne de crête, en effet, va être pour le moins très étroite, comme les événements actuels le prouvent.


François Leclerc  - Jorion Blog



15/06/2011 - Pourquoi la Grèce va entrainer l’euro dans sa chute?

Standard & Poor's vient une fois encore de s’en prendre à l’économie grecque, qui affiche désormais la note la plus basse du monde. Si l’on tient compte de l’histoire de la Grèce, connue pour son dysfonctionnement politique et économique, les seize autres pays de la zone euro sont eux aussi en danger, estime l'Irish Times.

Encore un peu, et la Grèce ne sera plus qu’un Etat en déshérence. Sa société manque de cohésion, elle est profondément divisée. Son économie est en état de choc. Et à en juger par l’histoire du pays, nous sommes à l’aube de très graves ennuis. Il y a plus d’un an, quand la troïka des institutions qui supervisent aujourd’hui le renflouement de l’Irlande a débarqué à Athènes, d’aucuns espéraient que le pays le plus mal gouverné de l’Europe développée pourrait être ramené dans le droit chemin.

La Grèce venait de se doter d’un nouveau gouvernement, dont les plus hauts responsables avaient l’air de vouloir vraiment mettre en place des réformes radicales. Nombre de Grecs, surtout les jeunes et les cadres, conscients du degré de dysfonctionnement de leur pays, étaient en faveur d’une rupture. Beaucoup disaient que cette crise était synonyme de chance.

La Grèce en défaut de paiement une année sur deux depuis 1820

Ce discours-là a vécu. Aujourd’hui, la crise n’est plus synonyme que de menaces et de risques. Ce qui, sous bien des aspects, n’a rien de surprenant. Le dysfonctionnement chronique de l’Etat hellène est établi depuis longtemps. Depuis l’indépendance, il y a presque deux cents ans, la Grèce a connu la guerre civile, des soulèvements, des déplacements massifs de population, des dictatures et le terrorisme.

Rien ne reflète mieux l’échec de l’Etat que la question qui a propulsé le pays sous les feux de l’actualité internationale depuis dix-huit mois : le chaos budgétaire. D’après une étude menée par les historiens de l’économie Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, l’Etat grec s’est trouvé en défaut de paiement près d’une année sur deux depuis sa fondation dans les années 1820. Se débattant sous le fardeau d’une dette publique qui est la deuxième du monde, il semble sur le point de renouer avec cette tradition.

L’incapacité de l’Etat grec à préserver sa solvabilité s’explique en partie par l’histoire. Ayant passé des siècles en tant que province dominée par l’empire ottoman, la Grèce a été coupée des changements progressifs qu’ont vécus la politique et la société en Europe occidentale. Une des conséquences en a été une société civile faible et une tradition limitée dans le domaine de l’indépendance des institutions. En Grèce, les détenteurs du pouvoir politique en usent avec un degré d’absolutisme inhabituel dans le reste de l’Europe démocratique.

Le fait que la Grèce ait joué le rôle de catalyseur dans la crise de la dette souveraine en Europe en est l’exemple le plus pertinent. Dans les pays où l’exercice du pouvoir se heurte à des limites, les statisticiens travaillent indépendamment sur leurs chiffres. En Grèce, au cours des dix dernières années, le gouvernement a obligé l’institut national des statistiques à communiquer des chiffres monstrueusement trafiqués, plaçant à sa tête des hommes de son choix pour veiller à ce qu’il en aille ainsi.

C’est à l’issue d’un changement de gouvernement que l’on a pris toute la mesure de la fraude, à la fin de 2009. Pendant les premiers mois de 2010, le marché obligataire a peu à peu compris que l’Etat grec était ruiné. Et depuis, le monde subit les conséquences de la crise de la dette souveraine de la zone euro.
Les dimensions de l’économie noire grecque sont le reflet non seulement de la faiblesse de l’Etat, incapable d’imposer la loi équitablement, mais aussi du manque de solidarité de sa société. Une étude réalisée par l’économiste allemand Friedrich Schneider montre qu’en 2010, l’économie parallèle de la Grèce représentait un quart de l’économie officielle. La Grèce, sur ce plan, arrivait en tête du classement des 21 pays développés pris en compte dans cette étude.

La corruption généralisée de la vie publique est un autre facteur expliquant la faillite de l’Etat grec. D’après l’ONG Transparency International, la Grèce était l’Etat le plus corrompu des pays européens développés en 2009 et son indice de perception de la corruption la situait au 57e rang mondial (l’Irlande était 16e).

Une fois entrée dans les mœurs, la corruption est une habitude très difficile à combattre. Elle a notamment pour effet de polariser la société. Ce n’est pourtant pas comme si la société grecque n’en avait pas souffert. Soumis à une dictature militaire jusqu’en 1974, les Grecs ont subi toutes les formes d’injustices associées à ce type de régime, des arrestations arbitraires à la torture en passant par les exécutions sommaires.

0,5 du PIB annuel grec consacré à la recherche

Tout cela après une guerre civile qui coûta la vie à près de 50 000 personnes au cours de la deuxième moitié des années 40. La Grèce reste la société la plus militarisée d’Europe et affiche toujours les dépenses de défense les plus importantes du continent. Les violences de rue sont monnaie courante et le pays abrite toujours une nébuleuse de cellules terroristes, même si celles-ci sont moins actives depuis quelques années. Si la situation économique continue de se dégrader, certains milieux pourraient se radicaliser et en désespoir de cause se tourner vers la violence extrémiste.

Il existe un risque de détérioration important. Les contraintes sociales et la corruption généralisée ne sont pas en elles-mêmes des facteurs de faiblesse économique – il suffit de regarder l’exemple de l’Inde et de la Chine – mais elles n’arrangent rien. Malheureusement pour la Grèce, même si ces deux problèmes disparaissaient du jour au lendemain, il est peu probable que cela suffise à enrayer son déclin économique.

La Grèce exporte tellement peu qu’elle constitue l’économie la plus fermée des 27 pays membres de l’UE. Un petit pays de tout juste 10 millions d’habitants ne peut pas s’enrichir sans exportation.

Aucun pays ne peut s’enrichir sans innovation. L’un des meilleurs indicateurs de la capacité d’un pays à innover se trouve dans le montant des dépenses de recherche et développement. En Grèce, l’Etat et les entreprises consacrent 0,5 % du PIB annuel à la recherche, soit moins d’un tiers de la moyenne européenne. Parmi les 15 membres historiques de l’UE, la Grèce a toujours affiché le budget de recherche le plus faible.

La situation de la Grèce ne pousse guère à l’optimisme. L’économie, le système politique et la société sont en panne. Ce n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les Grecs mais aussi pour leurs 16 partenaires de la zone euro. Si la Grèce s’effondre, elle pourrait bien entraîner la monnaie unique dans sa chute.

Vu d'Athènes

Le rééchelonnement ou la menace d'un suicide

Le débat fait rage sur la place de la Constitution où, depuis deux semaines, les "indignés" d’Athènes se rassemblent par milliers le soir pour manifester leur colère face à la situation économique et sociale du pays. Parmi eux, Yannis Varoufakis, professeur d'économie à l'Université d'Athènes, a envoyé une lettre au Premier ministre Georges Papandréou, rapporte dans To Vima Pantelis Kapsis, l'un des éditorialistes les plus influents du pays. Le professeur invite Papandréou à descendre sur la place pour "annoncer aux manifestants que l’heure est venue de redresser la tête et de voir les choses en face : nous ne recevrons plus un sou de l’Europe si nous n’appliquons pas les mesures qu’elle impose."

Mais pour Kapsis, quand bien même le Premier ministre parviendrait ainsi à convaincre ses concitoyens du bien-fondé de l'austérité et des privatisations massives réclamées, "de toutes les façons, nous feront défaut – car il nous sera impossible de faire un nouveau prêt et de rembourser notre dette". "Le professeur Varoufakis n’est pas fou", poursuit l'éditorialiste. "Il sait aussi que l’Europe ne veut pas de la faillite grecque, d’où la nécessité de la réouverture du débat sur les eurobonds [titres européens de la dette]. Mais on sait que certains veulent écarter la Grèce de l’euro. Le rééchelonnement n’est qu’une pommade. C’est comme menacer de nous suicider…reste à savoir si cela va arriver .

Dan O’Brien - The Irish Times - Traduction Presseurop


06/06/2011 - Les Grecs ont retiré 1.5 milliards d'euros aux guichets des banques depuis le 2 juin

Les clients grecs se pressent aux caisses des banques pour retirer leurs économies, rapporte Protothema, et entre jeudi et vendredi derniers des particuliers auraient ainsi procédé au retrait de pas moins de 1.5 milliards d’euros. Au total, les retraits sur mai se sont élevés à 4 milliards d’euros, alors qu’ils avaient été de 2 milliards en avril.

La plupart des clients qui effectuent ces retraits sont des petits épargnants qui viennent retirer des sommes comprises entre 2.000 euros et 15.000 euros. Dans la plupart des cas, ils sont motivés par la crainte que leurs économies ne disparaissent dans l’éventualité de la faillite de la Grèce.

Les politiciens ne semblent pas comprendre les risques posés par ces mouvements de panique généralisée, pas seulement pour la stabilité du système bancaire, mais aussi pour l’économie du pays.

Si la Grèce ne bénéficie pas d’un nouveau plan de sauvetage, elle sera défaillante à la mi-juillet, rappelle le Wall Street Journal. Les obligations grecques à deux ans sont désormais rétribuées avec des taux d’intérêt de 26%, témoignant de la faiblesse de la confiance des marchés dans la capacité du pays à sortir de sa situation. Mais il est aussi possible qu’en fin de compte, la crise provoque la sortie de la Grèce de la zone euro, ce qui impliquerait un retour à une drachme qui serait immédiatement dévaluée, et entrainerait la faillite de la Grèce d’office, sans parler de la catastrophe induite pour les établissements financiers européens qui sont impliqués dans son financement.

Toujours selon le Wall Street Journal, l’Allemagne pourrait renoncer à exiger un rééchelonnement de la dette grecque pour permettre la mise ne place d’un nouveau plan de sauvetage, tandis que des officiels du FMI, de la BCE et de l’Union Européenne sont toujours sur place pour évaluer la situation. Jean-Claude Juncker, le Président de l’eurogroupe, a promis lundi qu’une solution serait trouvée pour la crise Grecque d’ici à fin juin.

Express.be



02/06/2011 - L’Europe tente de sauver les apparences, mais la situation s’aggrave…

Cela fait désormais plusieurs mois, que l’on nous répète que l’Allemagne est la locomotive de l’Europe, que l’on vante sa rigueur budgétaire, sa compétitivité industrielle et sa haute technicité.

Seulement voilà, le ciel ne s’éclaircit plus aussi vite au-dessus de l’économie allemande, comme l’illustre parfaitement les dernières statistiques. Je vous propose un tour des indicateurs qui montrent que le rebond tant attendu… va se faire attendre !

La locomotive allemande proche de la panne

La semaine passée, les indicateurs d’activité manufacturière et des services ont déçu, touchant un plus bas de sept mois. Les nouvelles commandes industrielles européennes, dont une grande partie dépend de l’Allemagne, ont reculé de 1,8%.

La confiance des consommateurs outre-Rhin s’est également effritée à 5,5 points, plus bas de quatre mois.

Et, comme pour enfoncer le clou, les ventes de détails publiées hier confirment la nette dégradation de l’économie avec seulement 0,6% de progression en avril et 2,7% de baisse en mars !

L’Allemagne a un nouvel ennemi…

Et comme tous les pays du monde, et tout aussi solide soit-il, l’Allemagne a un point faible : la politique.

Quand les ambitions personnelles deviennent le moteur principal des grandes décisions d’une nation, les problèmes sont juste devant nous. Quand cette nation est le leader de la zone euro, c’est toute la zone euro qui est en danger.

Angela Merkel nous a démontré à plusieurs reprises sa capacité à utiliser son influence, quitte à être un poil populiste, pour conserver le pouvoir…

Mais le fond a été touché avec la décision purement politique de stopper les centrales nucléaires allemandes.

Si je ne suis pas particulièrement en faveur du nucléaire, on peut quand même se demander ce qui peut pousser un pays qui n’a déjà que 20% de sa production énergétique issus du nucléaire à prendre une telle décision (coûteuse et écologiquement très discutable).

Nous avons donc ici une preuve que désormais, il va falloir compter avec les ambitions de chaque dirigeant pour sortir la zone euro de l’impasse où elle se trouve.

Merkel lâche la Grèce

Ce mercredi alors que je préparais mon Alerte 9 O’Clock, tôt le matin, une dépêche est tombée sur mes écrans : l’Allemagne, selon un analyste de Tokyo, abandonnerait ses demandes de rééchelonnement de la dette pour la Grèce, laissant place à la mise en oeuvre d’une nouvelle aide financière.

Cette décision sonne pour moi comme un aveu que l’Union européenne n’a que peu de marge de manoeuvre réelle, et fait désormais tout pour sauver l’apparence politique.

L’euro rebondit… mais pour de mauvaises raisons

L’euro rejoint ce mercredi les 1,4420, soit un rebond de plus de 3,2% depuis son point bas à 1,3966.

Les raisons de ce rebond sont uniquement dues à l’assouplissement de la décision de l’Allemagne que j’évoquais plus haut.

L’euro monte alors que les problèmes de dettes se font de plus en plus inquiétants, que les chiffres d’activité s’essoufflent. L’euro monte également alors que l’estimation d’inflation pour le mois de juin est en-dessous des attentes. Cette baisse inattendue illustre deux choses :

  •     que l’inflation est étroitement liée aux matières premières et n’est donc pas dans un cycle complet classique avec hausse des salaires, de la croissance etc. ;
  •     que l’euro monte pour de mauvaises raisons car ce léger affaiblissement va sans doute permettre à la BCE de repousser encore la prochaine hausse de taux.

Billet du trader


09/05/2011 - Une implosion programmée


« Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou. » Cette sentence biblique a inspiré le tableau de Bruegel l’Ancien, où l’on voit une procession d’aveugles liés les uns aux autres s’entraîner mutuellement vers le précipice. La parabole illustrée par Bruegel vaut pour le destin de l’Union européenne, qui n’a jamais paru aussi précaire.

Notre inconscient collectif nous le murmure : l’Union, dans son organisation actuelle, est condamné

Certains experts le savent et le disent, à l’instar de Joseph Stiglitz, de Jacques Sapir, de Christian Saint-Étienne, de Jean-Luc Gréau, d’Alain Cotta, de feu Maurice Allais, Nobel d’économie symptomatiquement dédaigné par notre intelligentsia pour crime de lèse-béatitude envers l’euro. Notre élite politique aussi le sait, mais elle le tait soigneusement. Il faut la comprendre, exposer la vérité signifierait sa chute. L’euro, ce moteur de la croissance zéro, ne sera bientôt plus qu’une poudre de comète, abîmée dans le vaste charnier d’une oligarchie supranationale qui s’est trop tôt rêvée toute-puissante. Se corrompre dans de telles illusions d’omnipotence et d’expansion indéfinie, c’est la justice que l’Histoire réserve à tous les projets impériaux, même les plus technocratiques et les moins séduisants. L’extraordinaire revitalisation des mouvements populistes européens, que la doxa nous affirmait enterrés dans les sables de la fin de l’Histoire, souligne assez la marche à la mort de l’illusion euratlantique.

Certes, la crise de 2008 a eu un effet d’aubaine pour une partie de la classe politique qui s’est ingéniée à masquer sous les traits de la conjoncture ce qui relève en réalité de failles structurelles, systémiques, propres à l’architecture même de l’Union. Il faut être bien naïf pour avaler la fable crisiste qu’on tente de nous vendre : avons-nous attendu 2008 pour subir la stagflation, les délocalisations, la désindustrialisation massive, le chômage de masse, une politique d’élargissement aberrante, une immigration massive qui a explosé à la fin du siècle dernier, c’est-à-dire au moment même où la lutte contre l’immigration devenait l’alpha et l’omega du discours gouvernemental, plongeant le débat médiatique dans une schizophrénie ravageuse, où le durcissement des paroles va de pair avec l’impuissance des actes ? 2008 n’aura fait que révéler ces lignes de failles, dont aucune n’a été colmatée. La machine s’épuisera dans des annonces de réformes impossibles à mener, et pour cause, l’ordre même de l’Union l’interdit.

Le trou noir des dettes souveraines fait aujourd’hui sentir son irrésistible attraction, poussant à leur perte les économies européennes. Deux événements survenus ces dernières semaines soulignent l’effet d’accélération : d’abord la perspective négative émise par Standard & Poor’s sur la note AAA de la dette publique des États-Unis, qui signifie que le séisme financier mondial n’a pas encore épuisé ses capacités de réplique, puis l’annonce, tout aussi inédite, par le gouvernement français de sa volonté de suspendre les accords de Schengen pour tenter de juguler, vainement, l’afflux de dizaines de milliers de jeunes Tunisiens. L’édifice craque de partout. La pitoyable querelle avec l’Italie dit la faillite civilisationnelle dans laquelle nous sommes engagés. Sur le plan économique, maintenant que les pions sont tombés (Grèce, Irlande, Portugal), le cercle du désastre s’élargit et ce sont les pièces de choix qui vont être mises en jeu. L’Espagne sera la prochaine à offrir sa tête au billot du Fonds de solidarité. Gageons que le couple franco-allemand, roi et reine de ce sombre échiquier, fera tout pour proroger la demande de soutien des Ibères, qui entraînerait inéluctablement l’effondrement de l’union monétaire. Formidable entropie qui engloutira tout de l’utopie sans-frontiériste : l’euro et Schengen imploseront simultanément. L’effet de sidération qu’engendrera cette implosion dans les opinions publiques se traduira par une série de révolutions politiques internes. Un basculement que tous les sondages annonçent et dont 2012 va dramatiquement préciser les contours.

On aimerait ne pas avoir à se réjouir de telles perspectives. Et pourtant, nombre de politiques avisés, défaits par le référendum de Maastricht, nous avaient mis en garde : cette autodestruction était inscrite dans le programme génétique même de l’Union et de l’idéologie supranationale. Nous serions-nous bornés à une Europe des Douze, fondée sur des coopérations bilatérales, seule solution pour aboutir à terme à un ensemble politique et économique stable et cohérent, que nous n’aurions pas eu à redouter un naufrage aussi radical. Persistance des Cassandre. Inutile désormais de chercher à sauver un vaisseau amiral dont la coque est trouée. La situation ne nous laisse d’autre choix que de nous préparer à abandonner l’embarcation. L’épreuve sera douloureuse à court terme mais salvatrice à moyen terme. La plaie a de toute façon suffisamment suppuré. Il est temps de parapher l’acte de décès et d’achever cette chimère malade ou c’est elle qui nous achèvera.

Georges-Henri Bricet des Vallons est chercheur en sciences politiques, spécialiste des questions de défense - Valeurs actuelles



18/04/2011 - La crise ne fait que commencer

Si la crise des dettes souveraines de la zone euro focalise l'attention, les besoins de financement des banques sont énormes, de l'ordre de 3600 milliards de dollars dans les deux prochaines années.

Quatre ans après l'éclatement de la bulle immobilière américaine et la déconfiture des crédits «subprime», les États-Unis, l'Europe et le Japon sont très loin d'avoir réglé leurs problèmes. Partout «l'État et les ménages restent lourdement endettés, à des degrés divers, et la santé des institutions financières ne s'est pas rétablie au rythme de la reprise de l'économie dans son ensemble», avertit le Fonds monétaire international dans son rapport semestriel sur les risques financiers, publié mercredi.

On ne peut plus se contenter de faire de «la prévention» en fournissant des liquidités, il faut établir un véritable «traitement structurel», insiste José Vinals, conseiller financier du FMI.

Si la crise des dettes souveraines de la zone euro focalise l'attention, «les États-Unis et le Japon seraient tous deux très sensibles à un relèvement de la charge de la dette si les taux d'intérêt devaient monter substantiellement par rapport à leurs niveaux actuels». Le FMI a calculé que l'État japonais devra cette année emprunter sur les marchés l'équivalent de 56 % de son PIB pour refinancer la dette publique qui vient à échéance en 2011. Le Trésor américain arrive en second avec un besoin de financement égal à 29 % du PIB, suivi par la Grèce, l'Italie, la Belgique, le Portugal et la France dont les programmes d'émissions publiques dépassent 20 % de leur PIB.

Du côté des banques aussi, les besoins sont énormes. Les refinancements venant à échéance sur les deux prochaines années s'élèvent à 3600 milliards de dollars. Certes, des progrès ont été accomplis pour améliorer les ratios de fonds propres.

Effets limités des séismes au Japon

Mais, dans le monde, «30 % des banques examinées par le FMI ont des ratios de fonds propres inférieurs à 8 % (de leur bilan), note José Vinals. En Europe, presque tous les établissements en Grèce, en Irlande, au Portugal, de nombreuses petites caisses en Espagne, quelques banques régionales en Allemagne ont perdu l'accès aux marchés. J'attends beaucoup des 'stress tests'qui seront lancés en juin. J'espère qu'ils seront suffisamment crédibles et stricts. Les banques qui ne sont pas viables ne devront plus exister sous leur forme actuelle».

Le Fonds n'est en revanche pas trop inquiet des conséquences sur le système financier mondial des séismes au Japon. De même, les risques géopolitiques dans les pays arabes auraient des effets limités. L'exposition des banques américaines, européennes et japonaises est «d'environ 330 milliards de dollars», pas plus. Avec cette précision pour les banques françaises, «exposées à hauteur de 12 milliards de dollars dans les Émirats arabes, 22 milliards au Maroc, 19 milliards en Arabie saoudite et 17 milliards en Égypte». Figaro


Commentaire de Gilles Bonafi sur l'article:


Graphique du centre de recherche de la Fed de Saint Louis sur les profits nets des entreprises US

La crise prend une telle ampleur que les médias "officiels" sont désormais obligés d'écrire sur ce sujet. N'oubliez pas que l'on me traitait d'idiot  il y a trois ans !

Vous avez d'ailleurs bien lu les taux d'endettements des états qui vont tous franchir la barre des 100 % du PIB cette année. Pour le Japon, ce sera la catastrophe et les 300 % de dette sont proches.

De plus, devinez qui va payer ? La classe moyenne bien sûr. La crise systémique actuelle aura pour conséquence la désintégration de la société, le grand retour de la féodalité avec d'un côté les très riches et de l'autre, les pauvres.

Le graphique des profits des entreprises US est le révélateur d'un paradoxe. En effet, alors que les USA sombrent dans le chaos, les profits nets des entreprises US battent tous les records.

Warren Buffet a eu l'honnêteté de le déclarer dans une phrase qui résume a elle seule la situation actuelle:

"Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n'avons jamais été aussi prospères. C'est une guerre de classes, et c'est ma classe qui est en train de gagner."
 


13/04/2011 - L'Islande confirme son vote sur la dette, analyse

Le 9 avril 2011, les Islandais ont refusé, à près de 60%, de payer pour assumer les erreurs de ceux qui ont conduit leur pays dans l’abîme. Ils ont une nouvelle fois refusé par référendum l’accord Icesave, qui prévoit que l’État indemnise les centaines de milliers d’épargnants britanniques et néerlandais ayant perdu de l’argent lors de la faillite de cette banque en ligne en 2008. Ils ont donc confirmé le premier « non » prononcé en mars 2010, ce qui agace au plus haut point tout à la fois le gouvernement islandais, les gouvernements britannique et néerlandais, l’Union européenne, les banquiers et les promoteurs de la mondialisation néolibérale. Tous ces hauts responsables ne voient aucun inconvénient à ce qu’une banque en ligne nommée Icesave propose des taux mirobolants pour attirer les clients, que des citoyens britanniques et néerlandais attirés par la promesse de gains faciles y investissent en toute connaissance de cause, que Londres et Amsterdam viennent éponger les pertes de ces spéculateurs quand une crise de grande ampleur éclate provoquant la faillite de la banque concernée, puis que ces gouvernements se retournent contre l’Etat islandais pour qu’il prenne en charge les 3,8 milliards d’euros qu’ils ont dépensés, et que la première ministre islandaise soit d’accord pour imposer cette purge à son pays. Fort heureusement, le peuple islandais a une nouvelle fois dit non.

Avouons que les mines défaites de ceux qui pensaient que le peuple allait accepter l’inacceptable ont été assez jubilatoires. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, « très déçus », reprendront la procédure judiciaire devant l’Autorité de surveillance de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Selon le ministre néerlandais des Finances : « Le temps des négociations est terminé, l’Islande demeure dans l’obligation de rembourser, la question relève désormais des tribunaux. » Du côté du gouvernement islandais : « Le résultat du référendum n’affectera pas le début des versements par la société Landsbanki Islands hf [maison-mère d’Icesave] aux créanciers prioritaires - y compris les autorités britanniques et néerlandaises. » Le peuple s’est exprimé, il est maintenant instructif de suivre le niveau de respect de cette décision. Mais pour comprendre comment l’Islande en est arrivée là, un retour en arrière s’impose.

Du paradis à l’enfer

Vue de l’extérieur, l’Islande, qui figurait au premier rang pour l’indice de développement humain du PNUD en 2007, loin devant des pays d’orthodoxie néolibérale comme les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, semblait être un petit paradis. Avec une espérance de vie parmi les plus élevées au monde, un chômage quasi inexistant, les conditions de vie difficiles des populations du tiers-monde paraissaient bien loin pour les 320 000 Islandais. Pourtant, la dette publique du pays était montée en flèche à partir de 2003, date de l’achèvement de la privatisation des banques. Sur le graphique 4-1, la courbe haute indique l’évolution de la dette extérieure totale tandis que la courbe basse ne concerne que la dette extérieure à long terme. Au cours des dernières années, il est clair que le recours à des emprunts à court terme s’est multiplié.

Aujourd’hui, dans ce petit pays qui vit de la pêche à la morue, d’un peu d’aluminium, de tourisme, de quelques moutons et de beaucoup de géothermie, plus d’un tiers des ménages est surendetté. En phase avec l’idéologie dominante, le gouvernement avait incité les familles à devenir propriétaires de leur logement. Mais la catastrophe guettait. Depuis les années 1980, tous les prêts étaient indexés sur les prix, mais pas sur les salaires. La dévaluation de la monnaie islandaise (krona, en français couronne) de 50% en 2008 et une inflation à deux chiffres allaient pousser les Islandais dans le précipice.

Désormais, Reykjavik rencontre des soucis comparables à ceux des capitales situées au bas du classement du PNUD : manque de liquidités, négociations difficiles avec des créanciers intraitables, primes de risque très élevées, notation dégradée par les agences comme Fitch ou Standard & Poor’s, intervention du FMI, prêteur en dernier ressort.

Tout a commencé avec un système financier ayant comme priorité absolue la libre circulation des capitaux, suite à la révolution néolibérale des années Reagan-Thatcher au virage des années 1980. Partout où elle fut appliquée, les inégalités se sont creusées.

L’Islande a elle aussi participé à cette tendance forte, notamment à partir de 1999 où le gouvernement islandais a commencé à privatiser le secteur bancaire.

Déjà, lors de la mini-crise de 2006, Fitch annonçait la dégradation de la dette publique islandaise et les agents boursiers comparaient la situation de l’Islande à celle de la Thaïlande en 1997 ou de la Turquie en 2000. C’était la première alerte.

Les trois principales banques islandaises (Kaupthing, Glitnir, et surtout Landsbanki à travers sa filiale Icesave), privatisées en 2003, ont rapidement trouvé leur place dans le monde de la grande finance. Leurs activités principales avaient lieu à Londres, au Luxembourg et dans les pays scandinaves. Rapidement, ces trois banques s’étaient dotées de fonds hautement spéculatifs. La City de Londres, totalement dérégulée, était leur terrain de jeu préféré.

Dans un souci de recherche effrénée de bénéfices pour les actionnaires, elles ont profité de ce qui ressemble fort à du laxisme organisé dans le contrôle bancaire pour pouvoir investir sur les marchés financiers mondiaux sans garde-fou.

La population islandaise étant insuffisante pour générer un chiffre d’affaires de taille internationale, ces banques ont cherché à élargir leurs activités à l’étranger, en proposant des comptes courants en devises étrangères, rémunérés, dans d’autres pays dont le Royaume-Uni (octobre 2006) et les Pays-Bas (mai 2008). Après la mini-crise de 2006, les agences de notation ont alors fait pression pour que les banques diversifient leur base de financement.

Le marché a bien répondu à leur offre, vu que les comptes courants sont rarement rémunérés dans les banques européennes. Devant ce succès, entraînant une augmentation de leurs propres réserves, ces banques se sont trouvées dans la possibilité d’offrir des prêts alléchants, toujours indexés sur les devises fortes.

Suivant la logique bancaire jusqu’au bout, elles ont placé le reste de leurs réserves dans des produits financiers étrangers divers, y compris ceux qui se montreront par la suite les plus risqués et les plus nocifs.

Deux fléaux : la crise et le FMI…

La crise frappe alors et, le 6 octobre 2008, les banques islandaises hypertrophiées s’effondrent. À ce moment-là, leurs dettes s’élèvent à 10 fois le PIB du pays. L’État n’a pas les moyens de les renflouer, puisque leurs besoins dépassent largement ses capacités. Pour éviter une panique bancaire, les gouvernements britannique et hollandais acceptent de dédommager leurs ressortissants détenteurs de comptes dans des banques islandaises. Mais ces gouvernements présentent la facture (3,8 milliards d’euros en tout, soit 2,6 pour le Royaume-Uni et 1,2 pour les Pays-Bas) à l’Islande ! Paradoxe de la situation, le chiffre de la population islandaise est inférieur au nombre des 400 000 comptes concernés.

Le jour même du déclenchement de la crise, le FMI envoie une mission sur l’île. Le 24 octobre 2008, il fait son retour en Europe de l’Ouest avec un accord de prêt de 2,1 milliards de dollars (ratifié le 19 novembre), faisant de l’Islande le premier pays occidental à recourir à une telle aide depuis un quart de siècle. Le financement s’étalera sur deux ans, avec un versement immédiat de 830 millions de dollars. Huit autres tranches de 160 millions de dollars suivront. Le prêt sera remboursé par les Islandais entre 2012 et 2015.

Le chef de la mission du FMI précise que l’Islande devra trouver quatre milliards supplémentaires : « Pour la période de deux ans, le paquet d’aides est d’environ six milliards de dollars dont quatre milliards provenant d’autres pays ». Les pays du Nord de l’Europe (la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark avec 2,5 milliards de dollars) et la Pologne complètent cette somme.

Comme toujours avec le FMI, en contrepartie, l’Islande s’engage à appliquer un « programme de redressement » de son économie, par des mesures immédiates, à court et moyen terme. Ce programme très contraignant implique des efforts significatifs de réduction des dépenses, autrement dit une cure d’austérité.

Le geste le plus humiliant pour les Islandais est, dès le début de la crise, le gel des avoirs des banques islandaises par le Royaume-Uni dans le cadre juridique d’une « loi anti-terroriste », mettant l’Islande dans la liste des pays « terroristes » pour Londres. Le pays sera retiré de cette liste le 15 juin 2009.

Tout juste cinq ans après avoir privatisé ses trois banques, en septembre 2008, le gouvernement islandais se trouve obligé de reprendre 75% de la banque Glitnir. Le mois suivant, il renationalise Kaupthing et Landsbanki. En février 2009, Glitnir est totalement renationalisée sous son ancien nom « Islandsbanki ». Le processus est très clair : avant 2003, comme ces banques faisaient des profits colossaux, il fallait qu’elles soient privatisées, mais dès qu’elles ont plongé dans le rouge, l’État a été sommé de les récupérer, d’assumer leur charge, d’emprunter lourdement pour faire face aux échéances, puis de les reprivatiser au plus vite sans oublier de réformer son économie dans un sens néolibéral pour faire payer la facture par la population islandaise. Voilà comment le peuple paie pour les lourdes erreurs des banquiers !

Les réactions ne manquent pas. Tous les samedis, durant plusieurs mois, la population a manifesté contre les mesures d’austérité qui impliquent notamment des attaques très dures contre le système de protection sociale et contre les retraites, entraînant par exemple la fermeture d’hôpitaux.

Sous cette pression, le Premier ministre annonce en janvier 2009 la tenue d’élections anticipées pour le 9 mai. Les Islandais ne se satisfont pas de cette proposition. Le samedi 24 janvier, rassemblés comme chaque week-end depuis seize semaines, ils réclament le départ du gouvernement. Deux jours plus tard, le Premier ministre, issu du parti de l’Indépendance, formation de centre-droit qui partageait le pouvoir avec le parti social-démocrate depuis mai 2007, annonce la démission immédiate de son gouvernement.

Un gouvernement intérimaire est formé jusqu’aux élections, le 25 avril 2009, qui voient arriver à la tête du pays une coalition formée par le parti social-démocrate et le parti gauche-verts.

Le 16 juillet 2009, l’Islande dépose officiellement sa candidature à l’Union européenne.

Icesave : non une fois !

Le 30 décembre 2009, l’Althingi (Parlement islandais) vote de justesse la loi dite « Icesave », en accord avec les exigences des pays demandeurs, qui entérine le remboursement de 3,8 milliards d’euros à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Cela revient à payer environ 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans pour la faillite d’une banque aux investissements très hasardeux. La population manifeste son désaccord en exigeant, par une pétition et plusieurs jours de « casserolades » devant le parlement, que le président Olaf Ragnar Grimsson ne promulgue pas la loi. Ces manifestations permettent aussi la sensibilisation d’une partie de la population sur les méfaits du monde financier.

Devant la pression de la rue, démontrant que les peuples en mouvement peuvent se faire entendre, le président refuse de signer, appelant, dans le cadre de l’article 26 de la Constitution islandaise, à un référendum contraignant pour le gouvernement.

Le 6 mars 2010, avec une forte mobilisation, 93% des Islandais rejettent l’accord, ce qui oblige les ministères des Finances des trois pays concernés (Islande, Royaume-Uni et Pays-Bas) à reprendre les négociations. Depuis, les trois délégations se rencontrent très régulièrement à Londres, dans une atmosphère volcanique de chantage.

En parallèle, se tiennent les pré-négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, qui a tenu à lier les deux types de discussions. Malgré les demandes répétées du gouvernement islandais de dissocier les différentes négociations, pendant cette période il subit des pressions très fortes pour avancer dans le sens voulu par les créanciers. Donnant donnant…

Bien que le FMI se défende de considérer le règlement de ce litige comme condition au versement, ses États membres décident de geler la troisième tranche (160 millions de dollars), pour finalement débloquer son versement le 9 avril 2010. Après le FMI, la Suède, la Norvège, la Finlande et le Danemark annoncent le déblocage de la seconde tranche de leur prêt bilatéral.

Le 17 juin 2010, jour anniversaire de ses 66 ans d’indépendance, l’Islande obtient le statut de candidat officiel à l’Union européenne.

Les négociations avec Londres et La Haye aboutissent, le 8 décembre 2010, à un nouvel accord, supposé plus acceptable par la population. Le taux d’intérêt est ramené à 3,3% pour la part britannique et 3% pour la part hollandaise, au lieu de 5,5%, et la durée de remboursement allongée de huit à trente ans (entre 2016 à 2046, au lieu de 2024). La liquidation des actifs de Landsbanki est mieux prise en compte.

Le 10 janvier 2011, le FMI annonce avoir débloqué la cinquième tranche de son prêt à l’Islande, pour un montant de 160 millions de dollars. Les termes de ce nouvel accord sont débattus devant l’Althingi le 16 février 2011 et votés à 44 voix pour, 13 contre et 3 abstentions.

Pour la majorité des parlementaires, il s’agit là d’une taxe à payer pour faire la paix avec la « communauté internationale », plaire au FMI, aux agences de notation, avoir à nouveau accès aux marchés financiers mondiaux et faciliter les négociations d’adhésion à l’UE.

Et non deux fois !

Mais, le 20 février, le président de la République décide l’organisation d’un nouveau référendum populaire, faisant suite à une nouvelle pétition de plus de 40 000 signatures. La Première ministre islandaise, Johanna Sigurdardottir, se permet alors de déclarer : « C’est décevant. Nous avions anticipé que le président allait signer l’accord sur Icesave […] L’accord a été approuvé à la majorité au Parlement et ce n’est pas commun qu’un président s’oppose à un accord adopté à une telle majorité », ajoutant que, selon elle, il y a « peu de chance que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas soient prêts à renégocier cet accord ». Pourtant, et heureusement, le peuple se prononce donc une deuxième fois pour le non.

Depuis une indépendance à l’égard du Danemark un peu hâtivement négociée en 1944, la question de réécrire la Constitution, encore largement basée actuellement sur celle du Danemark, a été plusieurs fois soulevée. La crise « Icesave » semble avoir précipité ce débat sur la place publique islandaise. Le Parlement décide alors, en accord avec le programme électoral, la création d’une Assemblée constituante en vue de mener ce projet à terme. Le 27 novembre 2010, vingt-cinq membres sont élus par vote populaire parmi plus de cinq cents candidats.

Peu de temps avant que cette Assemblée commence à délibérer, l’élection des membres a été invalidée par la Cour suprême islandaise pour vices de procédure. Fin février 2011, l’Assemblée constituante est transformée en Conseil constitutionnel, composé des mêmes personnes précédemment élues. Elle devrait faire ses propositions d’ici au mois de juin 2011.

À cause de cette crise systémique du capitalisme, l’Islande est descendue en 2010 à la dix-septième place du classement du PNUD selon l’indice de développement humain. Elle souffre d’une blessure sociale et économique profonde, qui a laissé un nombre important de chantiers de construction inachevés et probablement pour longtemps, une inflation importante, un surendettement des foyers et un taux de chômage élevé. Au moment de leur nationalisation, les trois banques ont licencié en urgence 20% de leurs salariés.

D’après le Rapport mondial sur les salaires 2010/11 de l’Organisation internationale du travail[1] sur les politiques salariales en temps de crise, le salariat islandais est le plus durement frappé, avec une baisse moyenne des salaires de 8% en 2009 faisant suite à une baisse de 4,9% en 2008. Un sondage fait apparaître qu’un tiers de la population envisage de quitter le pays.

Reste aussi une immense frustration parmi la population qui admet mal que la dizaine de responsables dorme toujours tranquille. Les banquiers et les hommes d’affaires islandais, sous investigation criminelle en Islande, sont encore actifs dans le monde bancaire, certains sont même devenus conseillers financiers à Londres, au Luxembourg ou au Canada.

Les Islandais n’acceptent pas qu’un banquier puisse amasser une fortune considérable en faisant prendre des risques démesurés à la société entière puis en fasse payer le prix à l’État et aux citoyens. Comme le disait William K. Black : « The best way to rob a bank is to own one » (la meilleure façon de voler une banque est d’en posséder une). Ils sont convaincus que l’on peut trouver suffisamment d’argent dans les avoirs des banques pour payer les dégâts occasionnés. Ils ne comprennent pas pourquoi les responsables de la crise n’ont pas été mis hors d’état de nuire : la plupart des dirigeants des grandes puissances et des grandes banques ayant mené l’économie dans cette impasse n’ont pas été inquiétés, même s’ils sont parfaitement identifiés. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi les règles du jeu n’ont toujours pas été changées au niveau international, alors que les conséquences sur les conditions de vie des populations, qui sont les principales victimes de la crise, se dégradent durablement. Pour l’instant, les coupables ont réussi à faire payer le prix aux victimes. Où est la justice sociale ?

Les biens nationaux continuent à être bradés à des sociétés étrangères. L’Islande est le septième producteur mondial et le deuxième producteur européen d’énergie géothermique. En 2010, la chanteuse islandaise Björk, soutenue par la députée européenne Eva Joly, a mené une campagne contre le projet de rachat quasi intégral de la compagnie publique HS Orka, productrice d’énergie géothermique, par la multinationale canadienne Magma Energy Corp. Sans succès. Les groupes extérieurs à l’Espace économique européen (EEE) n’étant pas autorisés en Islande à posséder un producteur d’électricité, Magma a utilisé une filiale en Suède pour cette acquisition. Depuis fin 2010, Magma détient donc 98.53% de HS Orka[2].

Mobilisations populaires, référendums refusant les diktats des créanciers, l’actualité islandaise a de quoi donner un peu d’espoir. Mais pas de quoi être euphorique. En effet, malgré ces quelques rebondissements, il n’est pas raisonnable, comme certains l’ont fait, de parler d’une révolution en marche. Ce mouvement social n’est pas actuellement de nature à remettre en cause l’adhésion aux principes du libre marché, du néolibéralisme et de l’orthodoxie économique. Les élections n’ont pas vraiment changé la donne : le capitalisme est toujours aussi structurellement dominant qu’il l’était avant la crise. L’élite restreinte de l’île est toujours bien en place. L’élection de l’Assemblée constituante n’a pas réellement suscité des passions : seulement 36% des inscrits se sont déplacés aux urnes pour sélectionner ses membres. Et, malgré une forte participation aux pétitions et aux manifestations, la crise « Icesave » n’a pas stimulé un intérêt démesuré pour la politique de la part des Islandais, ni un désir particulier de faire tomber le système qui les a ruinés.

Les sondages récents montrent que plus de la moitié des citoyens ne souhaitent pas s’engager dans une aventure politique. Mais si une nouvelle Constitution réellement progressiste peut sortir de ce processus, malgré la lassitude constatée parmi les citoyens islandais, cela peut être un vrai pas dans la bonne direction.

Yvette et Mike Krolikowski sont militants au CADTM France. Damien Millet est porte-parole du CADTM France et coauteur avec Eric Toussaint de La crise, quelles crises ?, Aden-CADTM, 2010.

[1] http://www.ilo.org/global/publications/ilo-bookstore/order-online/books/WCMS_146706/lang—fr/index.htm

[2] http://www.magmaenergycorp.com/Properties/Operations/Iceland/default.aspx


12/04/2011 - La grèce est insolvable selon un expert allemand

Comment traduire l'expression « les pieds dans le plat » en allemand ? Car c'est bien ce que semble faire Hans-Werner Sinn, Président de l'Institut d'études allemand Ifo, en affirmant tout net que la Grèce est insolvable.

Selon lui, Athènes se trouverait confrontée à la nécessité d'une restructuration de sa gigantesque dette, seule solution à ses yeux pour que le pays puisse retrouver des marges de manoeuvre.

"Il est évident que la Grèce est insolvable. Nous devons mettre (le cas de) la dette sur table et libérer, du moins un peu, ce pays du poids écrasant de sa dette", a ainsi déclaré Hans-Werner Sinn, dont l'Institut für Wirtschaftsforschung de Munich publie l'"ifo Geschäftsklimaindex", indicateur très influent du moral des patrons en Allemagne, et donc du climat des affaires.

Histoire d'enfoncer le clou, le Président de l'Institut estime par ailleurs que les mesures européennes visant à aider la Grèce se sont montrées guère efficaces. Il est vrai qu'en 2012, l'endettement de la Grèce devrait atteindre 300 milliards d'euros, représentant la bagatelle de 158% du produit intérieur brut (PIB) du pays.

Un discours qui voit le jour alors que samedi dernier, Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires et le président de la Banque centrale européenne ont déclaré qu'une restructuration de la dette grecque était totalement exclue.

"Nous avons un programme solide et nous travaillons sur la base de ce programme. Et il repose sur une analyse très attentive de la viabilité de la dette", a ainsi affirmé Olli Rehn, faisant allusion au programme d'ajustement des finances publiques prévu par la Grèce en échange de l'aide financière extérieure.

"Nous avons un programme (...) et nous appliquons le programme", a martelé de son côté le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet.

Mercredi dernier, le Financial Times Deutschland rapportait toutefois que certains gouvernements de la zone euro estiment actuellement que la Grèce ne sera pas capable de se refinancer et qu'elle pourrait devoir restructurer sa dette.

"Nous devons tenir prêt un plan de rechange", au cas où la Grèce demanderait une assistance supplémentaire, a même déclaré un responsable politique au journal.

Le président de la principale banque grecque, National bank, estime néanmoins pour sa part que la plupart des banques grecques ont des ratios de fonds propres qui devraient leur permettre de réussir les prochains tests de résistance bancaire.

Sources : Reuters, Presse allemande - Blogfinance


03/03/2011 - L'Irlande de plus en plus touché par la crise immobilière

Après des années de frénésie immobilière, de vastes complexes résidentiels ultramodernes se délitent aujourd'hui lentement à travers toute l'île, faute d'acheteurs.

Qu'il a l'air épanoui, ce jeune couple escorté de bambins blonds déambulant dans une avenue arborée le long de boutiques flambant neuves ! Sauf que cette image du bonheur n'est qu'un mirage : derrière les palissades illustrées de publicités géantes pour cette «nouvelle capitale du côté nord (de Dublin)» , il n'y a qu'un immense terrain vague. En fait de magasins, une ribambelle d'affiches «coming soon» promettent ici un salon de coiffure, là un restaurant… qui ne viendront jamais.

À Clongriffin, où les promoteurs espéraient attirer 25.000 résidents, des centaines d'appartements, dans les hauts immeubles de béton et de verre qui bordent la rue principale, restent, depuis 2007, désespérément vides. Après des années de frénésie immobilière, dopée par le boom de l'économie irlandaise, de vastes complexes résidentiels ultramodernes, parfois seulement à moitié achevés, se délitent aujourd'hui lentement à travers toute l'île, faute d'acheteurs.

«À vendre», «À louer», «Prix cassés», tous les immeubles ou presque sont hérissés de panneaux multicolores. Qui voudrait maintenant du quatre-pièces des Ramsey, acheté 283.000 euros au plus fort de la flambée, et qui n'en vaut même plus la moitié ? «Dire qu'il y a cinq ans, nous avons fait la queue pendant dix heures, la nuit, en plein hiver, pour l'acheter, tellement cela avait l'air d'une bonne affaire !, se souvient Selene Ramsey, une jeune pharmacienne, mère de deux enfants. La piscine, le centre sportif, le cinéma, on en rêvait ! Finalement on n'a qu'une supérette et une pharmacie ouverte à mi-temps. Et on est coincés à vie dans ce trou de Clongriffin. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est calme…» Dans ces contrées de manoirs hantés, ce sont désormais des «lotissements fantômes» et des «hôtels zombies» que l'on peut visiter. Comme autant de monuments en mémoire du défunt «Tigre celtique». Selon un récent rapport officiel, il existe 2856 quartiers résidentiels fantômes dans le pays : quelque 121.000 logements vendus sur plans et qui, à cause de l'éclatement de la bulle immobilière, n'ont pas tous trouvé preneur.

Vague d'émigration

Le rapport a recensé 78.195 habitations inachevées, la plupart aux abords des grandes villes, mais aussi en rase campagne. Parfois, les routes qui y mènent ne sont ni goudronnées ni éclairées, il n'y a pas de raccordement au tout-à-l'égout ni de collecte des ordures. «Cela entraîne des problèmes de santé, de sécurité, de comportement antisocial… Et plus de 78.000 familles vivent dans ces conditions !» s'alarme Rob Kitchin, directeur de l'Institut national d'analyse régionale et spatiale (Nirsa), coauteur d'un rapport intitulé «Un paysage hanté».

Au total, plus de 330.000 habitations sont aujourd'hui inoccupées à travers le pays. Selon Rob Kitchin, la plupart d'entre elles le resteront encore longtemps, «plus de dix ans dans certains comtés». «Entre 1993 et 2007, l'immobilier est devenu une composante majeure de l'économie, employant jusqu'à 13,4 % des Irlandais, rappelle-t-il. Tout le monde trouvait son intérêt à cette frénésie immobilière, planifiée à l'aveugle, à coups de dérégulation, d'incitations fiscales et de prêts à taux records : les spéculateurs, les autorités locales, les banques et l'État, avide de taxes générées par le secteur.» Le prix moyen d'une maison a bondi de 75.000 euros en 1996 à 311.000 dix ans plus tard, pour retomber autour de 200 000 actuellement. Quant aux prix des terrains, ils ont été multipliés par six pendant la même décennie, devenant les plus chers d'Europe ! Désormais à Dublin, 23 % des bureaux sont vides. Dans l'ensemble du pays, 400 commerces sont menacés de fermeture et 15.000 chambres d'hôtel sont considérées comme superflues. «Nous sommes bien situés, donc pas trop menacés, indique Dara Mc Eneaney, directrice de l'hôtel O'Callaghan Stephen's Green. Mais nous avons dû baisser le prix de nos chambres de 40 %, les salaires d'au moins 10 % et fermer le restaurant…»

« Un mémorial à notre folie»

S'il y a une entreprise prospère aujourd'hui en Irlande, c'est bien Visa First. Quelque 22.500 visas australiens et plus de 4000 visas canadiens ont été accordés à des Irlandais l'an dernier. «Avant, c'était surtout des jeunes qui voulaient une expérience à l'étranger, indique Edwina Shanahan, directrice du marketing. Maintenant, ce sont des trentenaires et des familles entières.» Avec un chômage à 13 %, qui atteint 30 % chez les jeunes, beaucoup ne voient d'autre solution que d'émigrer.

En un an, entre avril 2009 et avril 2010, plus de 65.000 personnes - sur une population de 4,5 millions d'habitants - ont quitté l'Irlande. Désormais, c'est plus d'un millier d'Irlandais qui font leurs valises chaque semaine. Et d'abord, les jeunes : 70 % des jeunes chômeurs ont l'intention d'émigrer au cours des douze prochains mois. «On ne voit aucune perspective, assène Ian, 20 ans, à la sortie du Trinity College. Ma maîtrise d'économie, je ne peux rien en faire ici.»

Que vont devenir tous ces lotissements fantômes, alors que tant d'Irlandais quittent le pays ? Une commission d'experts travaille sur le sujet. En attendant, sur les rives de la Liffey, le vent s'engouffre dans la carcasse abandonnée de l'immeuble qui devait devenir le nouveau siège de l'Anglo Irish Bank, cet établissement au cœur de la crise financière. «Je propose de le laisser tel quel, suggère Rob Kitchin. Comme un mémorial à notre folie.» 

Figaro


01/02/2011 - Crise obligataire: vers un défaut de l'Allemagne?

Deux grands déséquilibres financiers mondiaux suscitent actuellement l'inquiétude. D'un côté, l'endettement des Etats-Unis, dont la dette nette envers l'extérieur s'élève à près de 3 000 milliards de dollars - soit 25 % de leur produit intérieur brut (PIB) -, fait face aux positions excédentaires du Japon mais aussi de la Chine, dont l'actif net sur l'étranger atteint 40 % de son PIB.


L'autre déséquilibre oppose au sein de l'Europe l'Allemagne, qui accumule les excédents (sa position créditrice internationale atteint 40 % de son PIB), et les pays de la périphérie (Espagne, Grèce, Irlande, Portugal), dont les positions débitrices avoisinent les 100 % du PIB. Les dettes publiques engendrent la défiance des investisseurs, car elles sont largement détenues par des investisseurs étrangers, ce qui peut créer la tentation d'un défaut souverain.


Durant l'entre-deux-guerres, des déséquilibres comparables ont été réglés par des défauts massifs, en particulier celui de l'Allemagne entre 1931 et 1933. Certes, ce furent les crises bancaires de 1931 qui transformèrent la crise de 1929 en "grande dépression", mais ces crises furent elles-mêmes le résultat de l'incapacité des grands pays à régler pacifiquement les déséquilibres des paiements internationaux et les dettes qui les liaient. Il vaut donc la peine d'y revenir.

En mai 1931, la principale banque autrichienne (le Creditanstalt), rendue insolvable par la crise, fit faillite. En quelques mois en résultent un retrait massif des crédits internationaux à court terme (dont l'encours recula de 30 % en quelques mois), la nationalisation d'un secteur bancaire allemand en faillite, une série de défauts de paiement étatiques et l'abandon par la moitié de l'Europe d'un étalon or péniblement restauré quelques années plus tôt.

Si la crise austro-allemande eut un tel effet dévastateur, c'est que l'Allemagne n'était pas seulement endettée au titre des réparations dues aux vainqueurs de la première guerre mondiale, mais qu'elle avait également accumulé des dettes privées entre 1924 et 1929 (l'ensemble totalisait environ 100 % de son PIB), et qu'elle ne disposait en contrepartie d'aucun actif international à vendre.

En outre, sa dette était libellée en devises, de sorte qu'elle ne pouvait s'en défaire que par le défaut de paiement. Enfin, ce défaut était facilité par son poids politique, celui-là même qui, au nom de son rôle de "rempart contre le bolchevisme" et de contrepoids à une supposée hégémonie française en Europe, lui avait valu prêts américains et réduction des réparations entre 1924 et 1929.

LE DEFAUT ALLEMAND ET LA MONTEE DES NATIONALISMES

Le défaut allemand légitima ceux de la France et de la Grande-Bretagne sur leurs dettes de guerre (en 1932), la montée des nationalismes (protectionnisme, dévaluations compétitives) et l'abandon de tout système monétaire international organisé. Ce processus destructeur culmina fin 1932 quand les Etats-Unis, scandalisés par ces défauts qui équivalaient à environ un tiers de leur PIB, élurent un président, Franklin Roosevelt, moins attaché à l'étalon-or que ses prédécesseurs.

Ce qui conduisit à une vague de spéculation qui déstabilisa tout le système bancaire américain, provoqua la dévaluation du dollar et supprima tout espoir de réorganisation internationale.

Aujourd'hui, tous les pays débiteurs sont en même temps créanciers pour des montants élevés (100 % du PIB dans le cas de la Grèce, plus de 1 000 % pour l'Irlande), tandis que les créanciers sont aussi d'importants débiteurs, à l'exception de la Chine. Cela rend un défaut unilatéral risqué tant à cause des représailles possibles que des interdépendances entre créanciers et débiteurs.

Les Etats-Unis, endettés en dollars, peuvent se débarrasser de leur dette par l'inflation, mais pas les autres débiteurs, dont une dévaluation alourdirait la dette réelle. Les pays débiteurs pourraient tenter le défaut unilatéral, s'ils sont capables de renoncer à emprunter (au moins à l'étranger) quelque temps. Si les conséquences économiques du défaut d'un petit pays pourraient sans doute être surmontées, les effets politiques seraient désastreux pour l'Union européenne (UE).

Quand, comme en Europe, créanciers et emprunteurs sont reliés par des entrelacs multiples de dettes et sont structurellement alliés, la meilleure solution serait pour les prêteurs d'échanger une restructuration de dette contre l'octroi par les débiteurs de garanties politiques sous les auspices de l'UE, à qui se verrait par ailleurs déléguée la collecte de recettes fiscales spécifiques.

Parce qu'elle peut assurer les débiteurs qu'une telle manoeuvre ne les inféodera pas définitivement aux prêteurs, et parce qu'elle constitue d'ores et déjà une instance politique, l'UE serait crédible pour cette opération. Seul un tel transfert significatif de souveraineté à l'Europe peut désormais éviter tant la déflation que la montée de conflits entre Etats européens.

Pierre-Cyrille Hautcoeur, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et de l'Ecole d'économie de Paris, signe sa première chronique dans "Le Monde Economie".




11/01/2011 - Portugal - L'épreuve du feu

Le Portugal entraîne l’Espagne et l’Italie dans ses tourments.Pressé par la France et l’Allemagne de demander une aide financière, selon le «Spiegel», Lisbonne doit lancer un emprunt clé mercredi. La défiance s’étend malgré le soutien de la BCE

Paris, Berlin et Bruxelles le nient haut et fort: non, le Portugal ne fait actuellement l’objet d’aucune pression en vue de demander un soutien financier européen. «Il n’y a pas de discussion dans ce sens et elles ne sont pas envisagées à ce stade», a martelé lundi le porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn.

La thèse développée dans le magazine allemand Der Spiegel publiée lundi selon laquelle la France et l’Allemagne seraient en passe de contraindre Lisbonne à suivre les exemples irlandais et grec, dans le but d’éviter une contagion à l’Espagne, serait donc infondée. Le journal cite pourtant «des experts gouvernementaux», dont les affirmations ont été corroborées par une source officielle interrogée par Reuters.

Démenti de façade ou non, toute la zone euro a les yeux rivés sur l’émission d’un emprunt portugais qui doit avoir lieu ce mercredi. Lisbonne doit lever entre 750 millions et 1,25 milliard d’euros (entre 940 millions et 1,57 milliard de francs) – une somme au demeurant assez symbolique – en deux lignes d’obligations, l’une à trois et l’autre à dix ans. Toute la question est de savoir si les investisseurs répondront présent. Et surtout à quel taux.

L’épreuve du feu

Pas plus tard que la semaine dernière, le Portugal a dû consentir à servir 3,68% pour un emprunt de 500 millions d’euros à six mois. Soit davantage que ce qu’exige le marché pour un emprunt allemand… à 30 ans (3,37% lundi après-midi). L’échéance de mercredi sera donc cruciale.

Cruciale, mais pas insurmontable, estime Daniel Varela, spécialiste obligataire à la Banque Piguet. «Le Portugal verra certainement ses taux se tendre encore, mais il parviendra à lever des fonds, car la Banque centrale européenne (BCE) est très active pour soutenir les souscriptions d’emprunts des petits pays périphériques de la zone euro», explique-t-il. Des traders cités par Bloomberg confirmaient d’ailleurs lundi que l’institut présidé par Jean-Claude Trichet avait acheté le jour même des obligations portugaises. «Lisbonne ne devrait donc pas avoir besoin d’aide à court terme», estime Daniel Varela.

Le temps


08/01/2011 - L'Europe réussit le lancement de ses premières obligation

La demande pour les titres européens a été quatre fois plus élevée que l’offre. Le Portugal et l’Espagne restent dans la ligne de mire des marchés

Joli succès pour la première émission d’obligations, mercredi 6 janvier, de l’Union européenne. La demande s’est élevée à 19 milliards d’euros alors que seuls 5 milliards seront effectivement alloués pour cette tranche. Une telle sursouscription montre « la reconnaissance des marchés de la bonne notation de l’UE », a commenté une porte-parole de la Commission à Bruxelles, Amelia Torres.

C’est dans le cadre du plan de sauvetage de l’Irlande que l’UE a effectué ses premiers pas sur le marché obligataire. Le dispositif prévoit en effet une aide des États membres (pouvant aller jusqu’à 440 milliards d’euros) et du FMI (jusqu’à 250 milliards), mais aussi une somme venant d’un emprunt garanti au niveau communautaire (jusqu’à 60 milliards). Cette année, la Commission européenne prévoit ainsi de lever 17,6 milliards d’euros, puis 4,9 milliards en 2012.

Selon une source de marché, le rendement de cette obligation à cinq ans devrait se situer aux environs de 2,50 %, un taux nettement plus favorable que le rendement à cinq ans obtenu par Dublin, qui atteignait mercredi 7,78 %. En réalité, la somme empruntée sera prêtée à l’Irlande à un niveau majoré – le premier ministre irlandais a évoqué un taux de 5,8 % par an.

La crise de la dette en Europe préoccupe aussi outre-Atlantique

Partout, la course aux levées de dette a démarré. L’Allemagne a alloué mercredi 3,916 milliards d’euros au taux moyen de 2,87 %, alors que la demande s’élevait à 6,29 milliards. Aujourd’hui, c’est au tour de la France de placer des titres à 10, 15 et 20 ans, pour un total prévu entre 7,5 et 9 milliards.

Mais 2011 s’annonce d’abord comme un test pour le Portugal et l’Espagne, dans la ligne de mire des marchés depuis la crise irlandaise. Lisbonne a levé mercredi 500 millions d’euros à six mois, à un taux en forte hausse, mais la véritable échéance sera la première émission de dette à long terme, au premier trimestre. L’Espagne, elle, mesurera l’appétit des investisseurs jeudi prochain (13 janvier). En visite à Madrid mercredi, le vice-premier ministre chinois Li Keqiang a promis d’acheter « plus » d’obligations espagnoles.

La crise de la dette en Europe préoccupe aussi outre-Atlantique. Les dirigeants de la Fed s’inquiètent « d’éventuelles retombées économiques et financières dans le cas où les problèmes liés aux banques et à la dette (…) viendraient à empirer », d’après le compte rendu de leur réunion du 14 décembre. Quant à l’Américain Joseph Stiglitz, Nobel d’économie, il a estimé mercredi dans Libération que « l’euro, faute de politiques appropriées et d’institutions équilibrées (…), peut disparaître. »

Marie DANCER - La croix


06/01/2011 - Jeffrey Sachs: "Les États-Unis traversent une crise plus grave que l'Europe"

L'économiste américain Jeffrey Sachs soutient une réforme du système monétaire mondial avec un euro aussi important que le dollar.

Il est conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon et professeur à l'université de Columbia, intervient aujourd'hui au colloque «Nouveau monde, nouveau capitalisme», organisé à Paris par le ministre de l'Industrie Éric Besson en présence de François Fillon et du premier ministre grec George Papandreou. Père de la thérapie de choc libérale dans la Russie d'Eltsine, Sachs, qui a conseillé de nombreux gouvernements, s'est mué au fil des ans en croisé interventionniste de la lutte contre la pauvreté.

L'Union européenne va-t-elle devoir sauver d'autres États membres cette année ?

Jeffrey SACHS. - Je suis plus optimiste que la plupart de mes collègues économistes au sujet de l'Europe. Je pense que l'euro va résister et que les pays qui ont choisi le chemin difficile de l'austérité tiendront bon. Le plan de sauvetage de la Grèce puis de l'Irlande a trop tardé et a été mis en place de mauvaise grâce, ce qui a coûté cher à l'Europe. Je souscris à ces plans à une réserve près : dans le cas de l'Irlande, où le poids de la dette privée est important, les garanties publiques accordées aux banques ont été trop généreuses à mes yeux.


Le modèle économique français a-t-il été protecteur contre la crise ?

En tant qu'Américain, je serais tenté de dire, en particulier à la droite française longtemps séduite par un libéralisme à l'américaine : n'allez pas vers le modèle américain ! Les États-Unis traversent une crise structurelle beaucoup plus profonde que l'Allemagne ou la France. Aux États-Unis, le chômage atteint 10 %, les inégalités de revenu n'ont jamais été aussi criantes, et le déficit budgétaire pèse 10 % du PIB. Le système financier et le marché du travail dérégulés sont à l'origine de cette crise. Le cœur de l'Europe -hormis l'Italie qui a ses propres problèmes politiques- la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Scandinavie sont beaucoup plus équilibrés, plus résilients, plus compétitifs à long terme que les États-Unis.

Comment les pays occidentaux peuvent-ils rester compétitifs ?

La concurrence mondiale est intense. On peut augmenter la compétitivité en baissant les salaires des employés non qualifiés, ou au contraire promouvoir l'éducation. La crise a entraîné une baisse de la consommation. Les gouvernants avaient le choix entre stimuler la consommation ou stimuler l'investissement. La seconde option était la meilleure, ce n'est pas celle qu'ont choisie les États-Unis qui ont préféré les politiques de court terme. La reprise suppose des investissements dans les grandes infrastructures, l'économie verte et le capital humain. Relancer la consommation est une approche très naïve. La prime à la casse par exemple, en vogue dans beaucoup de pays, est une solution facile, mais absurde.

Êtes-vous favorable à une réforme du système monétaire international ?

Le dollar a déjà bien entamé son déclin. Un système monétaire international fondé sur plusieurs devises est nécessaire. Il faut d'abord restaurer la crédibilité de l'euro. Deuxième difficulté : l'Asie. Le yuan s'imposera-t-il comme la devise asiatique ou y aura-t-il une coopération monétaire avec le yen japonais et le won coréen ? Le yuan n'est même pas une vraie devise internationale, mais la Chine a sans doute un plan pour le transformer d'ici dix ans, voire beaucoup plus vite. Si l'Europe parle d'une seule voix (il y a eu les tergiversations en Allemagne), si l'Asie aussi s'accorde, alors le système monétaire pourra se fonder sur trois piliers, l'euro, une monnaie asiatique et le dollar.

Dans ce contexte de croissance faible et d'endettement en Occident, la Chine va-t-elle étendre son contrôle sur l'Europe ?

Pas besoin d'être grand clerc pour voir que la Chine est en train de refondre l'économie mondiale. Elle épargne la moitié de son PIB ! Cette accumulation de richesse est spectaculaire. Une partie alimente l'urbanisation la plus rapide de l'histoire, qui suppose la construction d'infrastructures, de routes, de centrales électriques à une échelle sans précédent. La Chine est devenu aussi le premier investisseur en Afrique. Elle a par ailleurs joué un rôle de stabilisation importante de l'euro. Le premier ministre Wen Jiabao a dit que la Chine continuerait d'acheter des titres de dette grecque, portugaise ou espagnole. D'un autre côté, la Chine est à l'origine de la hausse des coûts mondiaux de l'énergie et de l'alimentation. Ce qu'elle n'a pas bien géré, ce sont ses ressources naturelles. Elle traverse une crise environnementale profonde. Mais cela fait vingt ans que je répète que la croissance chinoise est solide et qu'elle change le monde.

Figaro


27/12/2010 - L’euro nous mène-t-il à la banqueroute?

Il n’aura fallu qu’une décennie pour que l’avenir de notre monnaie apparaisse comme incertain et que le risque de défaut d’Etats de la zone euro puisse être sérieusement envisagé. Crise passagère ou remise en cause majeure de l’euro dans un contexte de bouleversements des grands équilibres mondiaux et européens ?

Le rôle de la monnaie dans la création et le maintien des équilibres permettant un développement économique optimum et durable a toujours été essentiel. Un bref rappel historique est nécessaire pour situer la question de l'avenir de l'euro et des risques de voir certains des Etats de la zone euro se retrouver dans l'incapacité d'honorer leurs engagements financiers.

Etalon-or

Dans le système de l’étalon or, les monnaies nationales étaient « ancrées » sur l’or (et, à l’origine, également sur l’argent). Lorsqu’un pays avait une balance des paiements déficitaire son économie perdait une partie de son stock d’or. Une balance excédentaire permettait, au contraire, d’accroître ce stock. La sortie d’or résultant d’une balance déficitaire entrainait une contraction de la masse monétaire du pays concerné, ce qui provoquait une baisse des prix internes permettant le rétablissement de la compétitivité du pays[1]. Ce système impliquait donc une grande flexibilité – à la hausse comme à la baisse - des prix et des salaires nominaux et un certain contrôle des sorties d’or pouvait être assuré par l’instauration de droits de douane susceptibles de diminuer les importations et donc les sorties d’or (ou d’argent).


Bretton-Woods

L’étalon-or fut remplacé, à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale, par le système monétaire instauré par les accords de Bretton Woods. Les monnaies nationales étaient liées par une parité fixe au dollar, lequel était initialement convertible en or. Cette parité fixe était toutefois ajustable. Chaque pays pouvait assurer un certain contrôle de ses mouvements de capitaux par l’instauration, sous l’égide du Fonds Monétaire International (FMI), d’un système national de contrôle des changes qui s’ajoutait aux droits de douane éventuels. Ce système assurait une certaine stabilité monétaire internationale tout en restant souple, car deshistoi ajustements à la hausse (réévaluation à plusieurs reprises du Deutsche Mark, par exemple) ou à la baisse (dévaluation du Franc, également à plusieurs reprises) restaient possibles pour permettre le rétablissement des grands équilibres des balances des paiements.

Les accords de Bretton Woods n'avaient, toutefois, instauré aucun contrôle sur la quantité des dollars susceptibles d'être émis par les Etats Unis. Ceux-ci ont donc trouvé commode de financer simultanément la Conquête Spatiale, les dépenses d'armements induites par la Guerre Froide, la guerre du Vietnam et la "Grande Société" de Lyndon Johnson, par le déficit public lui-même financé par la création monétaire. Les dollars ainsi crées ont constitué les réserves de change des pays dont les balances des paiements étaient excédentaires. Une partie de ces pays (l'Allemagne notamment) engorgés par ces dollars ont ainsi importé chez eux l’inflation provoquée par la création monétaire américaine. L'Allemagne, vite suivie par d'autres pays, dont la France, a donc demandé à convertir partie de ses dollars en or. Les Etats Unis ont réagi en suspendant, le 15 août 1971, la convertibilité des dollars en or et, en janvier 1976, les accords de la Jamaïque ont consacré la disparition de tout système de change organisé.

Après l’éclatement du système de Bretton Woods :

Le monde a vu coexister des monnaies flottant au gré des marchés avec quelques exemples de monnaies gérées. On relèvera, notamment, les cas :

  •  d’ancrage d’une monnaie au dollar associé à l’absence d’obstacles structurels aux mouvements de capitaux (cas par exemple du peso mexicain au début des années 1990 ou du bath thaïlandais, un peu plus tard dans la même décennie) ; ce type d’ancrage a, dans un premier temps, provoqué des afflux considérables de liquidités monétaires dans les économies de ces pays suscitant une illusion de prospérité alimentée par une croissance considérable du crédit, mais en même la naissance de tendances inflationnistes et la dégradation de la compétitivité, puis dans un second temps, lorsque le déficit de la balance des paiements est devenu trop important (8% du PIB dans les cas du Mexique et de la Thaïlande), un retrait brutal des capitaux étrangers et le déclenchement d’une violente crise bancaire, économique et sociale associée à, ou se terminant par, une importante dévaluation de la monnaie locale (de 25 à 50% par rapport au dollar).
  •  l’ancrage du yuan chinois au dollar associé à une rigoureuse politique de contrôle des mouvements des capitaux ; après avoir déprécié de 1978 à 1993 la valeur du yuan par trois par rapport au dollar, les autorités chinoises ont veillé à le gérer en lui conservant toujours une sous-évaluation importante se dotant ainsi d’un outil de protectionnisme monétaire assurant à la Chine l’extraordinaire compétitivité que les formidables excédents de la balance des paiements chinoise (en moyenne de l’ordre de 10% du PIB) démontrent depuis près d’une décennie[2].

L’Europe avant l’euro

L’Europe a, pour sa part instauré un système monétaire régional assurant à ses membres une relative stabilité des changes internes. En 1972 fut crée le serpent monétaire européen liant certaines des monnaies européennes entre elles suivant un système de parités fixes, mais ajustables, de ces monnaies entre elles. Le Système Monétaire Européen lui succéda en mars 1979 avec comme différence notable l’établissement de parités fixes (mais toujours ajustables) des monnaies du système par rapport à l’ECU, « panier » constitué par les monnaies de ce système et variant lui-même comme la moyenne de ces monnaies. Trois événements, d’importance relative différente, ont marqué cette époque :

  •  d’abord, l’ « attaque » spéculative contre la Livre Sterling que le gouvernement anglais a voulu, par fierté, défendre à une valeur surévaluée ; les Anglais, qui ont le sens de l’Histoire, s’en souviendront ;
  •  puis, la politique de taux élevés de refinancement suivie par la Bundesbank pour lutter contre les tendances inflationnistes provoquée par la réunification allemande suite à la décision politique (compréhensible, car il s’agissait de bien « accueillir » les Allemands de l’Est) du gouvernement de Monsieur Kohl d’assurer la parité entre le mark de l’Est et celui de l’Ouest, alors que le mark de l’Est valait en réalité le quart de celui de l’Ouest ; le dispositif anti inflationniste de la Bundesbank a eu pour conséquence de surévaluer le Deutsche Mark et de dégrader la compétitivité de l’économie allemande,
  •  enfin, l’incompréhensible politique du « Franc fort » qui a beaucoup couté à l’économie française ; alors que les autres pays européens avaient compris que le DEM était surévalué pour des raisons de politique interne allemande et que leurs intérêts économiques propres impliquaient un décrochage de leurs monnaies par rapport au DEM, la France a, en collant le Franc au DEM, agi au détriment de sa propre économie, et plus particulièrement, de la compétitivité de son industrie qui a été durement, et malheureusement durablement, frappée.

L’euro

C’est dans ce contexte qu’est né l’euro[3]. Mise en place sans fédéralisation concomitante des budgets des pays de la zone euro, cette monnaie unique voulue par l’Allemagne[4] a permis à ce pays de restaurer sa compétitivité. Fixant un taux de refinancement au niveau du taux du DEM et non à celui de la moyenne pondérée des taux de refinancement des banques centrales des différents pays de la zone euro, la BCE a assuré à l’euro une sous évaluation[5] lors de ses trois premières années d’existence. Cette sous-évaluation de l'euro a largement contribué (conjointement avec la politique salariale mise en place par le gouvernement de Monsieur Schröder) à la restauration dès 2003/2004 de la compétitivité allemande.

Quant aux pays disposant des économies les moins fortes de la zone euro, leur évolution apparait similaire à celle des nations qui avaient choisi d’ancrer leur monnaies au dollar sans disposer en même temps d’un sérieux dispositif de contrôle des mouvements de capitaux. Dans un premier temps l’euro a, artificiellement, stimulé les économies de ces pays de la zone euro. La libre circulation des capitaux, la disparition du risque de change, des taux d’intérêts faibles, la chimère de dettes publiques sans risque, ont alimenté pendant quelques années dans ces pays une forte, et incontrôlée, croissance du crédit, puisque « de 2003 à 2008, le crédit au secteur privé a augmenté d'environ 27 % chaque année en Irlande, pendant qu'il s'accroissait d'environ 22 % par an en Espagne[6]». Ce taux de croissance du crédit est très voisin de celui de 25% que connut le Mexique de 1990 à 1993 avant l’éclatement en 1994 de la crise dite téquila.

Cette « bulle » du crédit, consenti essentiellement au secteur privé, a créé une illusion de richesse en permettant l’acquisition d’actifs dont les prix augmentaient plus vite que ceux des biens de consommation et favorisé un fort développement de la demande intérieure qui, elle-même, a généré une inflation plus forte que l’inflation moyenne européenne, érodant ainsi la compétitivité de ces pays. Lorsque l’accumulation de l’endettement excède les capacités de remboursement des agents économiques et la valeur, désormais dépréciée, des actifs acquis à crédit, la difficulté de continuer à emprunter impose, dans un second temps, pour ces pays le retour aux équilibres.

Curieusement la BCE et les Banques Centrales du SEBC[7], qui ont nécessairement vu naitre ces « bulles », n’ont rien fait pour empêcher leur éclosion.

Ces banques centrales étaient probablement obnubilées par la pensée unique européenne qui postulait, et continue à postuler, que la pérennité de la monnaie unique dépendait de la discipline budgétaire des Etats membres de la zone euro consistant à ne pas laisser leur déficit public annuel excéder 3% de leur PIB et à contenir leur endettement public en deçà de 60% de ce PIB. Or, à l’aune de ces critères, l’Irlande et l’Espagne étaient les meilleurs élèves (excédents publics jusqu’en 2007 et très faible endettement) alors que l’Allemagne et la France étaient plutôt de mauvais élèves. Si l’endettement peut résulter de mauvaises finances publiques comme cela fut le cas pour le Grèce, il peut aussi être le fait d’un secteur privé trop dynamique situé dans des pays aux finances publiques rigoureusement gérées.

Quelles actions auraient-elles pu être prises pour limiter la croissance trop forte du crédit dans certains pays ? Sans remettre en cause le principe de la libre circulation des capitaux, il eut été possible pour la BCE et les banques centrales de la zone euro de subordonner l’octroi de crédits, dans certaines zones (par exemple dans tous les pays où la croissance annuelle des volumes de crédit aurait excédé un certain pourcentage) ou pour certains types de crédit, à la constitution de réserves obligatoires auprès des banques centrales du Système. Cette faculté d’imposer aux banques commerciales de la zone euro la constitution de réserves obligatoires est prévue par l’article 19 du protocole n°5 annexé au Traité de Lisbonne[8]. Elle n’a pas été utilisée, et c’est certainement une faute, pour limiter l’expansion démentielle de la croissance du crédit dans certains des pays de la zone. Ces réserves sont en effet un moyen efficace de limiter l’octroi du crédit. Elles en augmentent en effet le prix, car elles obligent les banques à déposer, sans rémunération (ou avec une très faible rémunération) auprès d’une banque centrale un certain pourcentage des crédits qu’elles consentent : c'est l'inverse de l'"effet de levier".

Aujourd’hui les déséquilibres économiques au sein de la zone euro sont flagrants et excessifs. Sans parler de la Grèce, les déficits des balances des paiements[9] espagnoles et portugaises avoisinent depuis 5 ans 10% du PIB de ces pays, tandis que pour la même période l’excédent allemand est de l’ordre de 7% de son PIB. Les compétitivités italiennes et espagnoles se sont également fortement dégradées ces cinq dernières années par rapport à celle de l’Allemagne.

En réalité pour rassembler durablement dans une union monétaire des régions économiquement différentes il faut disposer d’un budget étatique ou fédéral (cas de la France du temps du Franc ou des Etats-Unis) permettant d’assurer des transferts financiers des régions riches vers les régions pauvres et d’une unité culturelle et (idéalement) linguistique permettant aux populations des régions pauvres d’aller rechercher du travail dans les régions plus prospères (les bretons et auvergnats de Paris constituent un exemple traditionnel de populations ayant migré d’une région pauvre vers une région riche).

Ces arguments, souvent développés par les détracteurs de la monnaie unique telle qu’elle fut imposée à l’Europe, n’ont jamais été pris en considération. C’est dommage, et il faudra bien que nos hommes et femmes politiques posent clairement la question de la fédéralisation des budgets étatiques des pays de la zone euro. La réponse sera probablement négative, mais un débat européen doit être impérativement engagé sur cette question.

Dès lors qu’il semble peu probable qu’au sein de la zone euro les pays riches renflouent les pays pauvres que peut-on envisager ?

  •  Une dévaluation de l’euro : celle-ci devrait être toutefois très forte pour impacter l’économie des pays dont la balance des paiements est déficitaire : elle aurait pour conséquence d’augmenter encore la compétitivité de l’Allemagne et provoquerait probablement dans ce pays une forte inflation. Cette solution est donc d’autant moins envisageable qu’elle constituerait, dans les relations de l’Europe avec le reste du monde un casus belli.
  • La recherche d’excédents dans les pays actuellement déficitaires par une contraction drastique de la demande intérieure : cela implique pour ces pays (à l’exception peut-être de l’Irlande dont la situation de la balance des paiements n’est pas mauvaise et qui pourrait assez aisément sortir de sa crise dès lors que son système bancaire sera nationalisé de fait et que le pays procédera à une augmentation sensible de sa fiscalité) une sévère déflation provoquant :

- une augmentation importante du cout de l’endettement accumulé (lorsqu’il y a déflation le cout réel des intérêts accroit),

- un accroissement du chômage,

sans que des résultats tangibles puissent être aisément obtenus compte tenu de l’ouverture international relativement limitée de ces pays, de telle sorte que la perspective la plus probable, après une période de dépression, est celle d’une restructuration ou rééchelonnement de la dette de ces pays, puisque c’est comme cela que l’on dénomme désormais la banqueroute.

Certes on peut imaginer que grâce à divers expédients la situation puisse perdurer quelques temps. Le plus efficace de ces expédients sera probablement la monétisation de la dette publique des Etats de la zone euro les plus touchés par la crise, c'est-à-dire l’achat de cette dette par la BCE (qui se financera en créant de la monnaie, ce que fait la FED depuis des lustres aux USA). La monétisation directe est, certes, interdite en l’état actuel du Traité de Lisbonne, mais la monétisation indirecte consistant à acheter (ou à se faire remettre en garantie par les banques commerciales en contre partie de l'octroi d'un prêt) aux banques commerciales partie de cette dette publique est possible. Ces expédients ne dureront qu’un temps et ne résoudront pas les déséquilibres profonds des économies de la zone euro. Il ne reste donc que la banqueroute de certains des Etats de la zone ou la transformation de la zone euro en une zone de monnaie commune (le retour à un Système Monétaire Européen un peu amélioré) en commençant par envisager une sortie possible de l’Allemagne de la zone pour donner un peu de souffle aux autres pays de cette zone. Il s’agira dans tous les cas d’une rude tâche. Les problèmes posés sont complexes : par exemple, qui assumera le risque de change résultant de la sortie d’un pays du système de monnaie unique ? Ces problèmes ne sont, toutefois, pas insolubles et ce n’est pas en les niant que l’on améliorera la situation.

Dominique D - Les Echos

________________
[1] Cette explication fut donnée en 1752 par David Hume, dans le troisième discours (sur l’argent) de ses Discours Politiques, édition numérique réalisée par Philippe Folliot (http://classiques.uqac.ca/classiques/Hume_david/Hume_david.html)

[2] Sur mon analyse du rôle des déséquilibres résultant de la sous évaluation du yuan dans la crise voir http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/2...

[3] Sur la crise de l’euro parmi les très nombreux écrits disponibles, il faut lire l’analyse très fouillée, bien qu’un peu polémique, de B. Connolly, ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne : elle est disponible dans sa traduction française sur http://blog.turgot.org/index.php?post/Connolly. Cette analyse est complétée par contribution faite sur ce site par J.P. Dumas http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/221130027/la-grece-l-espagne-le-portugal-l-irlande-et-les

[4] D’après l’analyse pertinente de Marie-France Garaud in Impostures Politiques, Plon 2010, p.41s.

[5] Le 4 janvier 1999 l’euro valait 1,16 USD ; il s’est vite dépréciée pour atteindre son plus bas le 26 octobre 2000 (1€=0,825 USD) ; il n'a retrouvé la parité avec le dollar qu’en juillet 2002 (16 juillet 2002 1€=1,0024USD).

[6] Joaquín Maudos, professeur à l’université de Valence, cité par Jessica Berthereau dans son article paru dans les Echos du 15 décembre 2010, « Banques espagnoles : le syndrome irlandais » ; cet article précise également l’ampleur des créances des banques espagnoles sur les promoteurs et constructeurs immobiliers : 440 milliards d’euros, dont 180 milliards d’euros de créances douteuses.

[7] Système Européen des Banques Centrales.


[9] Tableau comparatif des balances en pourcentage du PIB :http://www.oecd-ilibrary.org/trade/balance-des-operations-courantes_20743939-table5


22/12/2010 - Pourquoi la crise obligataire touche plus l'Europe que les Usa?

Il est important de comprendre pourquoi cette crise est plus tenace en Europe qu'aux USA et pourquoi l'extrême-orient a effacé celle-ci. Ne pas avoir peur de mettre en avant les vraies difficultés qui ne sont pas celles que dénoncent les journalistes, les syndicalistes et les politiques.

On a imputé la crise aux Subprimes et aux banques. C'est quelque chose qui plait bien car c'est donc la faute de ce qu'il y de plus visible du capitalisme. Ainsi les gouvernements ne sont aucunement responsables, ni les hommes politiques qui ont gouverné en alternance dans les 30 dernières années, ni les syndicalistes qui jettent les foules dans les rues pour forcer les politiques à donner des avantages à l'infime minorité qui les élit. La faute, c'est les autres : les vilains banquiers américains et les banquiers avides de gains immoraux.

Si l'on veut comprendre, il faut comme toujours se poser la question de savoir à qui elle a profité et à qui profite cette crise ? Que s'est-il passé ?

Tout à coup, l'argent s'est fait rare. Ceux qui étaient endettés n'ont plus pu rembourser...on a vendu leurs maisons aux USA et ailleurs. Des banques ont fait faillite ou se sont trouvées dans une situation critique. Les gouvernements se sont portés à leur secours en empruntant "sur les marchés" car la faillite d'un pays, ceux qui avaient l'argent ne voulaient pas aller jusque là. Ce n'était pas leur intérêt qui est de gagner de plus en plus d'argent.

Mais qui donc avait l'argent ? La réponse est très simple : ceux qui dépensaient moins que ce qu'ils avaient de revenus et comme il s'agit de sommes considérables ce sont des pays car aucun capitaliste n'aurait eu les sommes considérables en question.

Le premier de ces pays est la Chine qui a accumulé des réserves de change inégalées : 2500 milliards de US$, soit 30 % des réserves mondiales ! Il faut encore ajouter les réserves de change de Hong Kong soit 260 milliards US$, soit au total 38 % des réserves mondiales qui sont de 8200 milliards US$ et qui représentent 14% du PIB de notre planète !

L'argent qui circule dans le monde pour irriguer "les marchés" vient principalement de Chine

Si l'on spéculait sur l'hypothèse d'une collusion entre chinois, on pourrait ajouter les réseves de Taïwan et celles de Singapour qui sont principalement peuplés de chinois. On arriverait alors à 40 % des réserves mondiales.

L'argent qui circule à la vitesse de l'éclair dans le monde pour irriguer "les marchés" et qui se multiplie dans des proportions considérables lorsqu'il y a "la confiance" vient donc principalement de Chine bien qu'il y ait des réserves énormes également au Japon (1050 milliards US $) et en Arabie Saoudite (410 milliards US $)

Tout à coup, il n'y avait plus la confiance : le flux s'est considérablement ralenti. Ce fut la crise ! Alors la valeur des entreprises s'est effondrée et ceux qui avaient l'argent ont pu acheter à bas prix tout ce qui était à vendre dans l'urgence. Les gouvernements se sont endettés, ce qui limite leurs possibilités de relancer l'économie.


Brésil, Russie, Inde et Chine


Serait-ce une guerre économique bien préparée et orchestrée par la Chine, un pays qui n'a rien de démocratique ? Bien joué pour assurer l'avenir de ce pays remarquable par sa culture, son sens du bien commun aux chinois, ses hommes et de son économie. Je ne cherche pas à faire de la science fiction mais à analyser le phénomène autrement que les passions des uns et des autres l'ont fait.

Dans la situation actuelle, que peut-on faire pour défendre les Eupéens dont les Français ? Que fait un individu lorsqu'il n'a plus d'argent ? Il peut emprunter raisonnablement ou arrêter d'acheter.

Que doivent faire les pays dont la France : arrêter d'emprunter à tout va comme on le fait depuis 30 ans et arrêter d'acheter lorsqu'on ne peut pas payer avec nos exportations, particulièrement celles qu'on fait vers la Chine. Avec ce pays, j'irai même à dire qu'il faut en quelque sorte en revenir au troc comme l'ont fait tous les régimes communistes pendant plus de 40 ans, c'est à dire équilibrer la balance commerciale !

Des pressions politiques pour rééquilibrer les échanges commerciaux

Ce n'est pas une atteinte au libre échange de la mondialisation, c'est une réponse de bon sens qui devrait conduire la Chine à acheter plus chez nous, ce qui fera redémarrer notre économie, nos usines et réduira le chomage.

Oui, bien entendu il y a aussi d'autres questions à résoudre car les problèmes sont très complexes. Il y a aussi le taux de change du Yuan..il y a aussi la pollution chinoise...il y a l'absurdité de certaines dépenses en CO2 comme des transports maritimes injustifiés... Il y a encore beaucoup d'autres paramètres. Cependant ces paramètres ne doivent pas nous cacher la cause principale qui est les déséquilibres des échanges commerciaux.

Lorsque le pétrole et le gaz augmentent énormément, il faut faire des pressions politiques pour rééquilibrer les échanges avec les pays partenaires. Ne croyez pas que ce soit impossible. Voici un exemple possible aujourd'hui: du fait des progrés technologiques développés aux USA pour l'extraction des gaz situés dans des poches difficiles. Ce pays est redevenu en 3 ans le premier producteur mondial.

Le gaz sera grandement excédentaire dans les 30 années à venir. Nous pouvons négocier pour obtenir que le prix du gaz ne soit plus indexé sur le pétrole car cela ne se justifie plus du tout. Nous pouvons aussi forcer les pays producteurs qui nous vendent du gaz à nous acheter plus car ils vont avoir du mal à écouler leur production. Il s'agit de la Russie, l'Arabie Saoudite et d'autres pays du golfe, et même de l'Algérie. C'est une voie pour rééquilibrer nos échanges.

Nous ne sommes jamais sûr à 100 % mais quand nous avons une raison sérieuse de penser que la principale raison de la crise vient du déséquilibre des échanges mondiaux, nous devons régir et non continuer à accuser les moulins à vent à parole comme on le fait aujourd'hui.

Avec du courage, de bonnes analyses et de l'imagination, il est possible de redresser notre pays à condition que tout le monde s'y mettent et que l'intérêt général prime. La situation est grave. Il faut travailler tous ensemble et cesser cette guerre des cow-boys et des indiens qui est la guerre gauche-droite imbécile dont on nous rebat les oreilles. Vive l'intérêt général !

Jean-Pierre Lechevalier - Les echos


15/12/2010 - La faillite en Grèce désormais officielle?

Nouriel Roubini persiste et signe. Après avoir mis en garde la France sur le dérapage de ses finances publiques le mois dernier, le célèbre économiste a récidivé dans une interview accordée au Monde : « Un jour, les marchés se réveillent et il est trop tard. » Un constat valable pour toute l’Europe ?

Il y a d’abord eu l’Islande, puis la Grèce et la Hongrie. Et enfin l’Irlande. Malheureusement, le rouleau compresseur n’est pas près de s’arrêter en Europe et l’Espagne est dans la ligne de mire des investisseurs. Ainsi, l’agence Moody’s vient de publier un rapport annonçant que les banques espagnoles sont confrontées à des besoins de recapitalisation de l’ordre de 17 milliards d’euros.

Que se passera-t-il ? Le gouvernement espagnol, dont les comptes sont déjà plombés, empruntera pour refinancer ses banques. Trop cher sur les marchés, cet emprunt se fera auprès de la Banque centrale européenne, dont les rachats de dettes souveraines atteignent des records depuis le mois de juille

Mais confrontée elle aussi à des besoins de financement, la BCE « envisagerait de doubler son capital [...], des pertes potentielles liées aux achats d’obligations depuis mai suscitant des inquiétudes », observe L’Agefi.


Deux points à ce sujet : d’une part, cette augmentation de capital serait apportée par les Etats européens, ce qui ne fera qu’accroître leur déficit ; d’autre part, les craintes autour des pertes potentielles sont plus que légitimes.

En effet, la date butoir du remboursement du prêt grec, fixée initialement en 2015, devrait être repoussée, au mieux, en… 2024 ! Idem en Islande, où l’accord concernant le remboursement des créanciers de la banque Icesave, qui a fait faillite, vient d’être décidé : finalement, le pays ne remboursera pas tout !

« On aurait dû rééchelonner au moment de la Grèce », déplore Philippe Herlin, chercheur en finance. Et de poursuivre : « Il y aurait eu des pertes pour les banques mais, ensuite, elles auraient été plus prudentes. »

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une seule solution : la rigueur budgétaire. La Hongrie a opté pour un choix radical, en autorisant le gouvernement à prélever jusqu’à 10,5 milliards d’euros dans les caisses des fonds de pension !

Moneyweek


11/12/2010 - La Grèce et l’Irlande ont déjà fait défaut officieusement?

Réunis la semaine prochaine à Bruxelles, les responsables européens cesseront-ils de se disputer pour faire face aux vrais enjeux de la crise de la dette?

En réalité, la Grèce et l’Irlande ont déjà fait défaut. Pas officiellement. Cependant, à écouter les opérateurs financiers, plus personne ne veut prêter un centime à ces deux Etats qui croulent sous les dettes. La situation du Portugal et de l’Espagne n’est guère plus confortable.

Lundi passé, des chiffres publiés par la Banque centrale européenne ont démontré comment elle tient les Etats de la zone euro à bout de bras. Entre le 25 novembre et le 1er décembre, la BCE a acheté pour 1,965 milliard d’euros d’obligations publiques; le plus fort montant enregistré depuis le début du mois de juillet alors que l’on sortait à peine de la crise grecque. Les opérateurs estiment que l’institution dirigée par Jean-Claude Trichet a nettement accéléré ses achats de dette publique irlandaise et portugaise. Car, en face, les grands investisseurs s’en détournent.

Pimco, le géant américain des obligations, a déjà annoncé avoir vendu la majorité de ses titres grecs, irlandais, portugais et espagnols. JPMorgan, un des poids lourds du marché de la dette gouvernementale européenne, a indiqué que beaucoup de ses clients veulent se débarrasser des titres des Etats «périphériques» de la zone euro.


D’ailleurs, Goldman Sachs a calculé que 17% de la dette cumulée de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal se trouvent désormais dans les coffres de la BCE. Au rythme actuel, cette part pourrait monter à 50% sans tarder.

Cette fuite des investisseurs explique pourquoi les taux d’intérêt à dix ans restent si élevés: 11,7% pour la Grèce, 8% pour l’Irlande ou encore 6% pour le Portugal. A titre de comparaison, la Confédération, en excédent budgétaire, a émis cette semaine un emprunt de près de 1 milliard de francs à 1,75%.

La défiance en Europe tient du bon sens. Le budget irlandais publié mercredi montre à quel point il n’est pas tenable. Ce quatrième plan d’austérité en deux ans va, au mieux, ramener le déficit de 12% du produit intérieur brut (PIB) cette année (32% si l’on inclut le sauvetage des banques), à 9% l’an prochain. Au mieux, car on imagine mal comment l’économie irlandaise dont 80% de l’activité dépend de la demande intérieure surmontera les nouvelles coupes dans les revenus de sa population. On imagine en revanche très bien une croissance plombée pour un bon nombre d’années, et un exil de ses élites.

La situation grecque, bien que structurellement différente, n’est pas plus tenable. L’an prochain, sa dette représentera une fois et demie son PIB.

«On peut s’interroger sur l’acceptabilité politique et pour les opinions publiques d’un schéma qui laisserait la plupart des pays membres sous une procédure «disciplinaire» pendant plus d’une décennie», écrit dans sa dernière note de conjoncture l’économiste de BNP Paribas Frédérique Cerisier.

C’est pour cette raison que nombre d’économistes ne voient d’autre issue qu’un abandon d’au moins une partie des créances. Nouriel Roubini, qui avait annoncé la crise des «subprime» bien avant son éclatement, le juge «inéluctable». Seul le défaut, qui peut aussi prendre la forme d’un rééchelonnement des emprunts, permettra de résoudre le problème fondamental de la croissance faible et de la déflation, estime-t-il.

Les Etats européens ont désormais admis l’idée. Le hic est qu’ils ne l’envisagent qu’à partir de 2013, comme ils l’ont dit au G20 de Séoul. On doute qu’il faille attendre jusque-là car l’acceptation du principe du défaut a immédiatement fini de fermer le robinet des marchés financiers pour les Etats périphériques de la zone euro.

Dans une récente analyse, l’économiste français Patrick Artus voit deux inconvénients au défaut. D’une part, il va accroître la défiance actuelle des marchés envers les Etats en difficulté. D’autre part, pour convaincre ces mêmes marchés de leur nouvelle virginité, les Etats ayant fait défaut «seront incités à mener des politiques budgétaires anormalement restrictives».

Les deux arguments peuvent être démontés. La défiance, d’abord: elle est déjà là. Le marché s’interroge par exemple sur la capacité du Portugal à récolter les quelque 10 milliards dont il a besoin mi-2011 pour se refinancer.

La rigueur, ensuite: l’austérité actuellement exigée pour amorcer un début d’esquisse d’assainissement budgétaire n’a rien de normal.

L’alternative au défaut serait de recourir à l’inflation. Une hausse généralisée des prix réduirait la valeur de la dette. Cette solution ne joue cependant que sur une relativement longue durée car l’inflation ne se déclenche, ni ne s’arrête, par un claquement de doigts. En outre, la BCE ne veut pas en entendre parler, ce qui n’est pas le cas de la Fed, son homologue américaine. Sans oublier que les Allemands quitteraient sans doute une zone à inflation forte. Tandis qu’ils ne verraient pas forcément d’un mauvais œil un défaut du «Club Med».

La BCE ne veut pas pour le moment évoquer le défaut. Mais elle ne pourra sans doute pas faire tourner sa planche à billets comme le fait la Fed pour financer à l’infini les déficits budgétaires.

Une dernière solution est avancée: l’émission d’obligations européennes. Puisqu’il s’agit d’ajouter une couche supplémentaire d’endettement au niveau actuel, cela ne répond cependant pas au problème présent.

Le défaut sera sûrement combattu par le lobby des créanciers, banques en tête. Ils ont pourtant participé aux dérives du système et il n’y a aucune raison pour qu’ils ne l’assument pas.

Dans les années 1980 puis 1990, l’Europe a fait le choix de la stabilité des prix au détriment de l’emploi pour converger vers la monnaie unique. En pariant qu’à terme les bienfaits de l’euro résoudraient son chômage de masse. Près de 10 ans après le lancement de l’euro, on compte toujours les chômeurs par millions.

Le défaut de paiement permettrait d’éviter de sacrifier une deuxième génération. Cette sorte de tabula rasa offrirait l’occasion de construire un avenir commun à la zone euro. Un peu comme Barack Obama a offert un nouveau destin à General Motors qui, après une faillite historique, vient de faire un retour tout autant historique en bourse.

Réunis la semaine prochaine à Bruxelles pour un nouveau sommet crucial consacré à l’euro, les dirigeants européens développeront-ils cette vision stratégique? Retarder l’échéance du défaut, c’est prendre le risque que le problème devienne insurmontable et soit fatal à la zone euro dans sa composition actuelle.

Frédéric Lelièvre - Le temps


08/12/2010 - La crise obligataire européenne va empirer selon un analyste

Les dirigeants européens prendront les mesures nécessaires pour stopper la contagion au sein de la zone euro que lorsqu'ils seront dos au mur, selon Justin Knight, spécialiste des obligations européennes chez UBS.

Comment voyez-vous évoluer la situation dans la zone euro?

Justin Knight - Selon nous, la crise sur le marché des dettes d'État va continuer à empirer et atteindre des niveaux encore jamais vus. Jusqu'à un point de rupture mettant en danger la survie même de la monnaie unique. A ce moment-là, les dirigeants européens seront dos au mur et devront prendre les décisions nécessaires pour sauver l'euro. C'est-à-dire abroger l'article 125 du Traité de Lisbonne interdisant le sauvetage financier d'un pays membre.

Il faudra alors persuader deux groupes d'Européens. Les nordiques (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) devront accepter de signer des chèques pour les pays moins vertueux. Les pays de l'ouest du continent (Espagne, France,…) devront se résoudre à perdre une partie de leur souveraineté, capitulant une partie de leurs liberté budgétaire. Seule la gravité de la crise pourra convaincre les deux groupes de pays de prendre ce chemin.

Pourquoi croyez-vous à ce scénario-catastrophe?

Ce n'est pas à proprement parler un scénario catastrophe. Nous pensons qu'au final l'Europe devrait en effet se trouver renforcer à travers un approfondissement de la coordination des politiques budgétaires.

En attendant, les investisseurs qui détiennent de la dette des États périphériques (Grèce, Irlande, Portugal) de la zone euro n'ont plus ce qu'ils voulaient lorsqu'ils l'ont acheté. Avec ce type d'obligations, ils cherchaient à placer leur argent dans des titres sûrs, et dont la valeur était stable. Aujourd'hui, les obligations grecques ou irlandaises ne répondent plus à ces critères, donc les investisseurs s'en débarrassent en masse et achètent des obligations françaises ou surtout allemandes. Comme, en face, personne ne veut les leur acheter, sauf la Banque centrale européenne (BCE), les taux d'intérêt grimpent.

La semaine dernière déjà, sans l'intervention de la BCE sur les marchés européens de la dette, la contagion se serait répandue au-delà de l'Espagne, dernière cible en date des marchés. L'Italie, en particulier, a commencé à être attaquée. Sa chute serait une catastrophe pour la zone euro : sa dette représente 1500 milliards d'euros sur les marchés.

Quelle forme prendrait le sauvetage de l'euro?

Il faut une mesure coupe-feu. Une des solutions consisterait à sauver les banques espagnoles, le principal problème de Madrid. Il faudrait recapitaliser les établissements directement avec des fonds européens. Notons au passage que les banques irlandaises sont dans un bien plus sale état que leurs homologues ibériques.

Plus globalement, nous estimons que les dirigeants européens devront mettre en place un mécanisme de garanties croisées entre les pays de la zone euro. Les plus solides garantiront les plus fragiles. Quand ils auront pris cette décision, le grand fossé entre les taux d'intérêt des différents pays européens devrait se combler lentement.

Figaro


06/12/2010 - Un scénario sur la fin de l'euro

La monnaie unique peut-elle disparaître? Et si c'était le cas, que se passerait-il? Sean O'Grady, rédacteur en chef des pages économiques de l'Independent, imagine le jour fatal où les Etats membres quittent le navire euro. 

Berlin, 29 septembre 2013. Angela Merkel remporte haut la main les élections fédérales. “La femme qui a sauvé l’Allemagne” triomphe devant ses partisans rassemblés à la porte Brandebourg.

Après quelques mots de remerciement pour sa victoire sans précédent, la chancelière retire de la poche de sa veste un billet de 100 Nouveau mark et l’agite devant la foule en délire. Le cauchemar de l’euro est bel et bien terminé. Il avait en réalité pris fin deux années auparavant.

Les événements du 16 septembre 2011, “le jour où l’euro est mort” n’avaient pas pu commencer de manière moins spectaculaire. Car le coup de grâce n’avait pas été porté à la crédibilité de la monnaie lors d’un autre jour agité ou de quelque important sommet, mais par des juges siégeant au Tribunal constitutionnel fédéral, à Karlsruhe.


Ce jour-là, dans une salle de conférence mal aérée, décorée d’un simple drapeau allemand, trois magistrats d’un certain âge ont décrété qu’il était “inconstitutionnel” de la part du gouvernement allemand de continuer à financer le reste de l’Europe : “La monétisation des instruments de la dette extraterritoriale enfreint la Loi fondamentale de la République fédérale”. Par ces mots, ils ont sonné le glas de l’euro.

Les plus grosses chutes des Bourses depuis les années 30

La cour constitutionnelle a prononcé son verdict à 11h11. A midi, toutes les banques ou presque de la zone euro fermèrent leurs portes. Les distributeurs automatiques de billet furent bientôt à sec, les déposants pris de panique tentant de récupérer les économies de toute une vie.

A l’image d’un nouveau propriétaire incapable d‘honorer le échéances de son crédit immobilier, les conseils d’administration des banques remirent purement et simplement les clés de leurs institutions au Trésor national de leurs pays respectifs. Encore une fois, c’était le problème de l’Etat. Sauf que les caisses de l’Etat étaient vides, elles aussi.

Un peu partout sur le continent, les rouages de la formidable machine monétaire internationale se grippèrent. Les problèmes se multiplièrent pour toutes les opérations — mécanisme de paiements pour la compensation des transactions par carte de crédit et de débit, prélèvements automatiques, virements automatiques et chèques – à mesure que les banques refusaient d’honorer les paiements de leurs clients. Les Bourses de Paris, de Francfort et de Londres, puis du reste du monde, enregistrèrent leurs plus grosses baisses depuis les années 1930.

Une nouvelle crise économique profonde semblait inévitable. Le ventes massives d’euros des semaines précédentes tournèrent à la débandade. La vérité éclata enfin au grand jour, même aux yeux de ceux qui ne connaissaient rien à la finance, à savoir que l’euro ne valait rien, parce que sa valeur était maintenant indéterminée.

On allait sauver quelque chose, lors de la reconversion de l’euro dans les monnaies nationales nouvellement rétablies. Mais pour de nombreux épargnants dans l’Union européenne, ainsi que pour les détenteurs d’obligations de banque ou d’Etat irlandaises, grecques, espagnoles et italiennes, il était impossible de préciser à quelle hauteur. Sauf qu’il leur en resterait moins.

La note de la Grèce inférieure à celle du Malawi

La première fenêtre à céder se trouvait à Madrid, quelques minutes après le saccage du ministère espagnol des Finances. Dans un premier temps, les policiers anti-émeutes et les militaires hésitaient sur l’action à engager, mais quand ils virent les manifestants fourrer des fleurs dans le canon de leurs fusils, ils se rangèrent aux côtés de la foule.

Leurs familles avaient, elles aussi, pâti des mesures d’austérité inefficaces des dernières années. L’Etat espagnol paraissait ébranlé. Le gouvernement de José Luis Zapatero s’engagea à faire “tout ce qu’il faudrait” pour préserver l’unité de l’Espagne, malgré les troubles qui avaient éclaté dans l’ensemble de la Catalogne.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Gerry Adams, en mission “de solidarité” à Barcelone, était visiblement mal à l’aise lors de la séance photo organisée dans une banque vandalisée, lorsque l’explosion d’une bombe se fit entendre à l’extérieur.

Les Catalans proclamèrent unilatéralement leur indépendance. En fin d’après-midi, les Premiers ministres d’Estonie et du Portugal annoncèrent leur démission. La note de solvabilité de la Grèce plongea en dessous de celle du Malawi.

Pourtant, les responsables politiques européens n’étaient pas totalement pris au dépourvu. Depuis la première crise de la dette souveraine grecque en mai 2010, ils avaient commencé à “penser l’impensable”.

Après les renflouements successifs de l’Irlande en novembre 2011, du Portugal le mois suivant et de l’Espagne en janvier 2012, le fonds d’aide de l’UE était à court d’argent quand Silvio Berlusconi lança un nouvel appel au secours. Mais la Belgique fut le premier pays à essuyer un refus, au motif qu’elle n’avait pas de gouvernement stable, et qu’elle risquait même de cesser d’exister bientôt. A l’instar des Catalans, les séparatistes flamands saisirent leur chance.

Dans un premier temps, le nouvel euro remplace l'ancien

Maintenant, les dirigeants européens ont mis en place leur “Plan B”, sous la pression de la chancelière Merkel, parce que “l’Allemagne était à bout de patience”. Dans un premier temps, le Nouvel euro a remplacé l’ancien, dont il ne représentait plus que 80 % de la valeur. Toutes les dettes et épargnes seraient ajustées en conséquence, valant désormais beaucoup moins.

Mais les populations des économies les plus faibles n’ont pas fini de souffrir. Car le nouvel euro ne servait qu’à faire la transition vers le rétablissement des anciennes monnaies nationales. De fait, ce n’était rien d’autre qu’une “unité de compte”, un panier de monnaies nationales qui reviendraient prochainement de plein droit, mais qui étaient pour l’instant intégrées dans la nouvelle devise à une valeur fixe — mais dans de nombreux cas, à un taux inférieur qui serait sous peu revu à la baisse.

Lors de l’introduction de ces nouvelles nationales le 1er janvier 2012, le nouvel euro s’échangeait librement contre le nouveau drachme, le nouvel escudo, le nouveau franc belge, la nouvelle peseta, et ainsi de suite. L’ennui était que les citoyens des pays en cause se sont aperçus que les liasses de billets qu’ils achetaient valaient encore moins que les euros, nouveaux comme anciens. Certains avaient perdu au moins 50 % de leur pouvoir d’achat.

En 2013, la Slovénie, la Slovaquie, Malte et la partie de Chypre non occupée par la Turquie, étaient les seuls territoires où circulait encore le Nouvel euro, devenu une curiosité financière plutôt qu’une monnaie de réserve internationale.

Cependant, en Allemagne, en Finlande, en Autriche, aux Pays-Bas et dans quelques autres pays, l’appauvrissement a cessé. Soudain, les ménages y ont constaté une amélioration de leur sort quand ils dépensaient leurs nouveaux marks, marks finlandais, schillings et florins.

"Les pédophiles imbéciles" ne pourront plus "taper sur Sarko"

Le “franc fort 2” de la France tentait de résister face au nouveau mark, avec des résultats mitigés. Lors de “[ma] dernière conférence de presse” en mai 2012, un président Sarkozy à bout de forces a qualifié les journalistes et les spéculateurs qui attaquaient la devise française de “pédophiles imbéciles”. “Messieurs, vous ne pourrez plus taper sur Sarko”. Il avait été battu par Dominique Strauss-Kahn, l’ancien patron du FMI rentré au pays pour briguer la présidence. DSK avait fait campagne en prenant pour slogan : “Je n’ai jamais cru à l’euro”.

Au Royaume-Uni, on assistait dans un splendide isolement à l’agonie de l’euro. Les Britanniques enfin reconnaissants, remerciaient quelque peu les politiques qui avaient su préserver la livre sterling. Une frêle Margaret Thatcher fut amenée dans sa chaise roulante au seuil de sa maison de Belgravia [à Londres] pour qu’elle accepte les hommages d’une petite foule d’eurosceptiques.

Peu après le lancement de l’euro en 1999, un cambiste londonien l’avait surnommé “monnaie papier toilette”. Un peu plus d’une décennie après, on a déjà tiré la chasse d’eau.

La nouvelle a à peine fait la une des journaux de Delhi et de Beijing.

"Tendance - La conspiration du mark en pleine surchauffe
 
Les prophètes de la chute le savent déjà : le deutschemark est sur le point de revenir. "Ce n’est qu’une question de quelques semaines“, rapportait récemment la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung qui a suivi les activités de Walter K. Eichelburg. Dans ses séminaires et sur son forum Hartgeld.com, ce Viennois, expert financier autoproclammé, "trouve un public attentif dans la communauté Internet en surchauffe chronique depuis le premier sauvetage d'un Etat en Europe“.

Eichelburg assure que des hauts responsables politiques et financier lui ont confié que "depuis fin 2009, le chef de la Bundesbank [Axel Weber] a distribué à son cercle de fidèles des marks en billets fraichement imprimés.“


Quant à Angela Merkel, en mai 2010 et sous pression du président français, elle aurait été obligée de faire marche arrière et aurait donné l'ordre de récupérer tous les billets déjà distribués pour les stocker en lieu sûr. Eichelburg conseille à ses clients d'investir dans l'or et organise des stages de survie où ses disciples apprennent à fabriquer de la viande fumée et à se débrouiller sans électricité. Le tout payé – toujours – en euro."


Presseurop - The independent 


01/12/2010 - L'Europe a-t-elle renoncé à faire payer les banques?

Les politiques monétaires sont devenues l’enjeu majeur de l’affrontement économique global. On assiste à une partie de poker où deux tables jouent leur propre partie tout en jouant aussi l’une contre l’autre

Dans un monde en déflation, voire au bord de la dépression, dévaluer est un but ne comportant que des avantages. A la première table, le monde du billet vert: Etats-Unis et Chine s’affrontent. Ben Bernanke peut jouer de plus en plus gros grâce au «quantitative easing» (assouplissement quantitatif). Les Chinois doivent suivre! Pour les autres, Brésil, Canada, Australie, Japon…, l’appréciation de leur devise signifie qu’ils perdent la partie (à ce jeu-là tout du moins).

Tellement certaine de sa suprématie, cette table a complètement oublié que la seconde table, réunie autour de l’euro, joue contre eux. L’Allemagne la domine mais son point faible se trouve dans les obligations d’Etats en faillite détenues par ses banques. Lassée de voir ceux-ci vivre au-dessus de leurs moyens, elle les oblige à «se coucher» et à observer un régime draconien de rigueur.

A la première table, c’est un jeu de titans. A la seconde, c’est un jeu de patience où gagner du temps est le maître mot. Les Américains étaient persuadés de contenir les Chinois et d’avoir toutes les cartes pour jouer une dévaluation gagnante. C’était sans compter avec une chancelière qui se révèle être une joueuse subtile cachant un grand jeu.

J’ai utilisé cette métaphore du jeu de poker pour décrire quelque chose d’infiniment complexe mais de crucial pour la gestion et la préservation de capitaux dans cette période très troublée. A mon avis, comme dans une partie de poker, tout peut se renverser à tout moment. Les indispensables choix monétaires doivent pouvoir être remis en question. Même si nous allons vivre d’autres phases de tumulte financier, il est difficile de cantonner ses investissements à des monnaies refuges ou aux métaux précieux. Au milieu de ces incertitudes, il y a une ­certitude: en Europe, on devra passer, dans les pays à problème, par un contrôle des changes et une obligation d’investir dans des papiers souverains car supprimer l’euro signifierait l’implosion du système financier mondial! Cela, aucun joueur ne peut se le permettre.

Le temps - Frédéric Binggeli - Banque Privée - Edmond de Rothschild SA.



25/11/2010 - Pourquoi la crise obligataire européenne ne s'arrête pas?

Aucun consensus ne se dégage entre ceux qui veulent faire payer les investisseurs obligataires et ceux qui veulent plus de solidarité européenne pour juguler la panique actuelle.

« Les investisseurs ne demandent plus rien, ils s'en vont. » C'est ainsi que répond un investisseur à la question de savoir ce qu'il faudrait donner aux marchés financiers pour stopper la panique qui est en train de se propager de la Grèce et de l'Irlande à l'ensemble de la zone euro. Alors que les plans d'austérité et les mécanismes d'aide de l'Europe et du Fonds monétaire international ne semblent plus suffire et qu'aucun consensus ne se dégage sur la solution pour arrêter la machine infernale, les marchés envisagent le pire. Les investisseurs américains rapatrient leur argent, rapporte-t-on. Il est vrai que les économistes d'une grande banque d'outre-Atlantique jugent « extrêmement élevés » les risques de dérapage.

En fait, deux camps se dessinent pour proposer une solution à la panique actuelle, mais chacun se heurte à des limites. Le premier propose la restructuration de la dette des banques en difficulté, voire de celle des Etats. Forcer la conversion de la dette des banques en capital permettrait à celles-ci de repartir sur des bases saines, estiment des économistes comme Jacques Delpla, du Conseil d'analyse économique.


Qui plus est, cette solution serait plus juste. Jusqu'à maintenant, la collectivité a payé le gros des pots cassés de la crise. C'est pourquoi l'Allemagne veut que dans le prochain mécanisme permanent de résolution de crise dans la zone euro, les détenteurs de dettes assument une partie des pertes. Les marchés, d'ailleurs, pressentent que c'est inéluctable. « Même si c'est difficile à mettre en place, c'est vers cette solution qu'on se dirige », explique un gérant de « hedge fund ». Le problème de cette solution est que les risques sont grands qu'elle provoque un scénario à la Lehman Brothers. « Les grands investisseurs institutionnels et les compagnies d'assurances ont leur portefeuille remplis de ces titres de dettes », explique un financier. Si on rabotait leurs avoirs, ils devraient lever des capitaux dans l'urgence. Pour certains économistes, c'est la crainte de ce type de pertes qui provoque la panique actuelle.

Deux camps, une impasse

Dans le second camp, se trouvent ceux qui considèrent que les pays solides de la zone euro comme l'Allemagne doivent être plus solidaires des pays fragiles. Paul De Grauwe, professeur d'économie à l'université de Louvain, estime qu' « il faut mettre en place un fonds monétaire européen qui propose aux pays en difficulté des conditions décentes pour redresser leurs comptes ». Le Fonds de stabilité financière européen mis en place en mai dernier au moment du sauvetage de la Grèce étouffe les pays qui y ont recours en les poussant à rembourser trop vite et avec des taux trop élevés sous conditions de réductions de déficits budgétaires qui empirent la situation. Les économistes de ce camp ne comprennent pas pourquoi le gouvernement allemand n'explique pas plus clairement à son opinion publique que c'est dans son intérêt que la zone euro survive. Le problème de cette solution est qu'elle se heurte à des oppositions politiques fortes. Pour Olivier Garnier, économiste en chef à la Société Générale, on ne peut pas exclure que les dettes des pays comme la Grèce et l'Irlande soient rééchelonnées, mais plus tard. « Ils devront montrer des résultats de rééquilibrage de leurs finances d'abord, explique-t-il. Ce sera une carotte de récompense. »

Face à cette impasse entre les deux camps, une solution intermédiaire pourrait imposer des pertes gérables aux investisseurs obligataires en contrepartie de mécanismes européens de redressement des comptes plus généreux. « Cela pourrait être la solution raisonnable », explique Paul De Grauwe. Elle est cependant loin d'être en vue. Pour l'instant, en fait, il ne reste donc que la « voie étroite », comme dit Olivier Garnier, d'une reprise économique loin d'être certaine…

NICOLAS MADELAINE, Les Echos


25/11/2010 - Les points faibles de l'Espagne qui la feront tomber?

Les autorités ont beau plaider, parfois à juste titre, en faveur de la solidité de leur économie, l'Espagne souffre de faiblesses structurelles qui attisent la méfiance des marchés.

La défiance des investisseurs envers l'Espagne ne s'est pas calmée mercredi. La prime de risque qu'ils exigent pour détenir de la dette espagnole atteint des niveaux historiques. En quoi la situation de l'Espagne se rapproche-t-elle et diffère -t-elle de la Grèce et de l'Irlande, les deux premières « victimes » de la crise européenne ?

De faibles perspectives de croissance

La dette publique espagnole est inférieure à la moyenne européenne . Elle se situe autour de 64% du PIB -celle de l'Italie représente 120%, celle de la Grèce 95 %, celle de l'Irlande, 87,9 % . Les communautés autonomes ne présentent pas le même niveau d'endettement, depuis la Catalogne dont la dette s'approche des 30 milliards d'euros à la région de Murcie où elle ne représente qu' 1,8 milliard d'euros. Les régions totalisent tout de même près de 105 milliards d'euros de dette, deux fois plus qu'il y a cinq ans. « La dette la plus préoccupante est celle des mairies », souligne Carles Vergara maître de conférence à l'IESE Business School. Les municipalités sont aussi très endettées depuis l'explosion de la bulle immobilière en 2008 : Madrid croule sous une dette de 7,15 milliards d'euros. Les experts s'inquiètent aussi de la dette des ménages et des entreprises espagnols, respectivement 86% et 140% du PIB en 2009, d'après la Banque centrale européenne.


Une dette privée très lourde

La ministre espagnole de l'Economie, Elena Salgado, a beau vanter la « solidité » des réformes entreprises, les experts soulignent les faiblesses de fond de l'économie espagnole qui risquent de rendre la dette insoutenable .En 2011, le Trésor espagnol a prévu 43,3 milliards d'émissions nettes et 148,7 milliards de remboursements obligataires. Or l'OCDE table sur un petit 0,9% de croissance l'an prochaine avec un chômage touchant toujours 20% de la population active. Le gouvernement s'est certes engagé à réformer, dès mars prochain, le système de retraite, l'une des clés pour calmer les marchés financiers. Le relèvement de l'âge du départ en retraite de 65 à 67 ans, l'allongement de la durée de cotisation et de la période prise en compte pour le calcul des pensions sont envisagés.

Un secteur bancaire toujours affecté par la crise immobilière

« Notre secteur financier a toujours bénéficié de la supervision et de la régulation de la banque d'Espagne, ce qui n'a probablement pas été le cas en Irlande », a déclaré hier Elena Salgado . Le gouvernement et la banque d'Espagne ont renforcé les règles de provisionnement des créances douteuses et poussé les caisses d'épargne, particulièrement frappées par la crise immobilière à fusionner à marche forcée. Ils peuvent aussi compter sur deux géants bancaires (Santander et BBVA) réputés solides. Mais le secteur bancaire espagnol n'est pas totalement hors de danger. Près de la moitié des 13 fusions en cours _ qui feront passer le nombre total de caisses d'épargne de 45 à 18 _ n'ont pas encore totalement abouti. En outre, les banques et les caisses d'épargne espagnoles comptent près de 181 milliards d'euros de créances immobilières jugées «potentiellement problématiques » par la Banque d'Espagne, dont un portefeuille d'actifs de 70 milliards d'euros. Enfin, le secteur bancaire espagnol était exposé, fin mars, à hauteur de 108 milliards de dollars à la dette portugaise, selon les derniers chiffres de la BRI.

Les echos


25/11/2010 - Le risque de contagion reste intact

Les banques et autres fonds d'investissements ont gagné. Ils restent, pour le moment, à l'abri de pertes importantes sur les obligations souveraines de la zone euro.

Les ministres des Finances de la zone euro ont en effet fait marche arrière dimanche sur une proposition chère à Angela Merkel, qui voulait faire payer le secteur privé en échange de la pérennisation du Fonds européen de stabilisation financière (FESF) au-delà de 2013. 

Il s'agissait en clair d'envisager que les créanciers privés détenteurs de dette publique puissent abandonner une partie de leurs créances en cas de faillite d'un Etat. Mais l'évocation lors du Conseil européen d'octobre d'un tel mécanisme de défaut n'avait pas manqué d'agacer les marchés, qui se sont empressés de "punir" les pays les plus fragiles de la zone euro, Irlande et Portugal en tête, par une envolée des taux obligataires.

C'est donc pour calmer les investisseurs que l'UE a pris soin dimanche de clarifier deux choses : seules les obligations d'État contractées après juin 2013 seront assorties de clauses d'action collective permettant, en cas de risque de défaut de paiement d'un Etat, de modifier les conditions de remboursement. 

Deuxièmement, les créanciers privés seront sollicités "au cas par cas", sur une base contractuelle et de manière graduelle. S'il s'agit "seulement" d'une crise de liquidité, les créanciers du secteur privé seront seulement "encouragés à maintenir leur exposition", c'est-à-dire à ne pas vendre leurs titres de dette pour s'en débarrasser. En revanche, s'il s'agit d'une crise de solvabilité, l'aide européenne sera assortie de l'obligation non seulement de mener un programme d'ajustement budgétaire, mais aussi de restructurer la dette. L'Etat concerné négociera alors avec ses créanciers privés. Il pourra être décidé de rééchelonner les remboursements, de baisser les taux d'intérêt prévus, voire de réduire les montants à rembourser.

C'est certes un progrès qui sera apprécié par les citoyens européens qui ne voient pas pourquoi ils seraient les seuls à supporter tout le coût du sauvetage des Etats en difficulté. Mais on est loin de ce qu'espérait Berlin, à savoir, dès 2011, un mécanisme de restructuration automatique des dettes publiques en cas d'aide européenne.

Le risque de contagion reste intact

Rassurés, les créanciers ne devraient donc pas trop sanctionner les pays fragiles en ajoutant des "primes de risque" à leurs taux. Mais à part ça, l'annonce de ce week end ne résout aucun des problèmes auxquels l'Europe est confrontée dans l'immédiat. La preuve, les bourses, brièvement dopées par les précisions sur le MES, ont rapidement rechuté lundi matin.

Et pour cause, plusieurs économistes restent persuadés qu'une restructuration de la dette de certains pays est inévitable, et qu'elle n'aura pas la politesse d'attendre 2013. "Nous avons une crise maintenant, et je n'ai encore trouvé personne qui m'explique ce qui va se passer avec les dettes existantes", a expliqué Thomas Mayer, économiste en chef de Deutsche Bank, dans les colonnes du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Que va-t-il se passer avec ces titres si les programmes de consolidation ne fonctionnent pas ?", s'interroge-t-il, en référence aux mesures d'assainissement budgétaire annoncées par la Grèce, l'Irlande ou encore le Portugal.

Quant à la solution retenue jusqu'en 2013, elle est pour le moins hasardeuse, puisqu'elle consiste à garantir la solidarité budgétaire entre Etats-membres. "Si les marchés refusent de prêter à un pays, ses voisins européens s'engagent à emprunter à sa place, explique Jean-François Jamet, économiste à Sciences Po. Résultat, les marchés ont tout intérêt à arrêter de prêter aux Etats fragiles, de spéculer sur leur défaut via les Credit Default Swaps (CDS), et de faire monter les taux sur la dette jusqu'à ce que les Etats soient obligés de prendre le relais". Un petit jeu qui rapporte beaucoup aux spéculateurs et qui risque surtout de coûter très cher à la zone euro. Reste à savoir ce que l'UE peut faire pour sortir de cette spirale de la spéculation. Une piste intéressante a été présentée dimanche par l'eurodéputé Vert Pascal Canfin, qui souhaite imposer aux détenteurs de CDS sur dette souveraine de détenir la dette d'Etat sous-jacente.

En attendant, les partisans d'une plus grande intégration européenne pourraient paradoxalement se réjouir de cette "fédéralisation de facto de la dette", sauf que "si l 'Europe fédérale naît ainsi de la contrainte des marchés, ce n'est pas une bonne naissance, avertit l'économiste de Sciences Po. Cela suscite des réactions souverainistes". Il n'y a qu'à voir le ressentiment aussi bien des Irlandais, dont la dette est désormais prise en charge par les partenaires européens, que des Allemands, qui en ont assez de payer pour les autres

L'expression


25/11/2010 - Témoignage d'un écrivain irlandais

L’écrivain irlandais Julian Gough a traversé les années du Tigre celtique en ne vivant guère que d’amour et d’eau fraîche. Il est aujourd’hui installé à Berlin, et voici le récit de son existence à l’époque, lui qui était sceptique (et fauché) tandis que le reste du pays basculait dans la fièvre immobilière qui a fini par le ruiner.

En Irlande, du temps de la prospérité, il fallait vraiment travailler dur pour éviter de gagner de l’argent. J’y suis arrivé en devenant auteur de romans impopulaires. Ma moitié, elle, y est parvenue en devenant artiste. Nos amis faisaient du fric, nous faisions de l’art. C’était parfait. Après tout, un écrivain irlandais a le devoir sacré d’être en décalage complet avec son pays.

Mais passé l’an 2000, ce qui avait été un boom incontestable s’est transformé en bulle immobilière qui a fait perdre aux gens le sens des réalités. Très vite, le Irish Times s’est retrouvé affublé d’un supplément d’annonces immobilières plus épais que lui. Mes amis ont commencé à acheter des maisons toujours plus chères. La dette a explosé, mais les médias préféraient parler de prospérité.

Le seul journaliste financier irlandais à analyser clairement le phénomène fut David McWilliams. L’économiste Morgan Kelly écrivit un article étonnant où il disséquait toutes les bulles immobilières de l’histoire. L’Irlande avait fait tout ce qu’il ne fallait pas, au centuple. Le pays était totalement plumé. Je l’ai envoyé à tous mes amis. Je vivais encore à Galway, dans l’ouest, alors qu’eux tous s’étaient installés à Dublin, cœur palpitant du Tigre celte.


Ils n’ont rien voulu savoir. J’avais tort. Après tout, ils ne cessaient de s’enrichir pendant que moi, j’étais chaque jour un peu plus pauvre. La nation entière s’était pris une cuite, et parler de bulle pouvait susciter des réactions agressives.

Bertie Ahern, le Premier ministre irlandais de l’époque, fit un discours télévisé où il attaqua les gens comme Kelly et McWilliams qu’il accusa de “rester sur la touche à pester et à geindre … Je ne sais pas comment les gens qui font ça ne finissent pas par se suicider.” La foule rit et applaudit.
Le champagne coulait comme de la bière

Pendant ce temps, nos amis ont commencé à avoir des enfants, et à déménager dans de plus grandes maisons. Mais ils gardaient leurs maisons précédentes. J’étais perplexe. L’investissement ne suit-il pas deux règles d’or ? Il faut diversifier son portefeuille, et ne pas emprunter pour spéculer ? Or, les banques irlandaises s’étaient mises à conseiller au salarié lambda de jouer à quitte ou double en contractant deux énormes hypothèques.

En Irlande, une conversation sur deux portait désormais sur l’immobilier. Les gens prenaient leur weekend pour aller acheter des appartements en Bulgarie. Dans la vitrine de notre agent immobilier local, on trouvait des publicités pour des logements au Portugal. Mais mes amis ne me parlaient plus d’immobilier, ni de bulle, et ils s’énervaient quand j’évoquais le sujet. Du reste, nous ne nous fréquentions plus tant que ça.

Peu à peu, j’ai eu la sensation d’être comme un passager de troisième classe sur le Titanic, qui a vu l’iceberg ouvrir une brèche tout le long de la coque et qui vient de courir à l’étage jusqu’à la salle de bal pour donner l’alerte … et tout le monde continue à danser pendant que le brave homme est poliment raccompagné à l’extérieur. Parce qu’à ce moment-là en Irlande, si vous n’étiez pas propriétaire et que vous ne gagniez pas d’argent, vous étiez en troisième classe.

Les loyers, les prix, la consommation de cocaïne … tout faisait des bulles qui enflaient en moussant. Un soir, dans l’hôtel de Bono, ma compagne et moi avons eu une révélation en regardant nos amis commander négligemment des bouteilles de champagne médiocre à 90 euros pièce comme ils consommaient autrefois des bières. Quelqu’un a lancé : “Bah, on n’aura qu’à partager à la fin.”

Mon aimée et moi nous sommes regardés. A nous deux, nous avions dix euros, et nous avions prévu de faire durer notre eau gazeuse toute la soirée. Nous étions en retard pour le loyer. Nous avons présenté nos excuses, leur avons laissé nos dix euros, et nous sommes partis. L’Irlande était devenue une nation de propriétaires sans même s’en apercevoir. Et nous n’étions que des locataires.
L'ascension sans fin des prix de l'immobilier

J’ai terminé mon étrange roman sur l’Irlande moderne. Les méchants étaient un promoteur immobilier et un ancien Premier ministre. On peut s’en douter, aucun éditeur n’en a voulu. Ce livre était tout simplement absurde ! Les prix de l’immobilier avaient triplé en dix ans. Nous étions riches. L’histoire était finie, l’Irlande avait gagné, merci de la fermer.

Peu après avoir essuyé ses refus, nous nous sommes trouvés à court d’argent, notre fille est née et nous avons été expulsés le jour du Nouvel An 2006. Notre propriétaire, tigresse celte, était quelqu’un de charmant, mais elle avait pris une double hypothèque sur la maison pour acheter d’autres logements. Elle ne pouvait se permettre de baisser le loyer ; déjà, ce dernier était loin de suffire à couvrir l’hypothèque. Mais peu importait, puisque les prix de l’immobilier étaient voués à une ascension sans fin.

Nous avions encore quelques bons amis, même si nous ne les voyions jamais. Un couple qui travaillait dans la banque nous a trouvé une maison à Dublin dont le loyer était deux fois moindre que le prix du marché. Mais la prospérité continuait de prospérer, et bien vite, nous n’avons même plus été en mesure de payer la moitié d’un loyer irlandais.

L’amie d’un ami, à Los Angeles, nous a proposé sa maison, dans un village en France, sans loyer à payer. Nous avons émigré pour 50 cents chacun à bord de Ryanair. Nous avons pris deux sacs à dos, tout ce qu’une marmite contenait comme objets de valeur, et un ordinateur portable. En Irlande, nous avions traversé les années de misère et de chômage, mais nous n’avions pas pu survivre au boom.

La maison était minuscule, adorable, et à quatre kilomètres de la boutique la plus proche. Nous y allions avec la poussette, à travers des champs de lavande et de blé. Tandis qu’en Irlande, la prospérité atteignait son paroxysme, nous, fauchés que nous étions, nous chantions et savourions des pique-niques sous un chêne. Puis un éditeur a acheté mon livre.

Nous nous sommes déniché un foyer parmi tous les autres artistes sans le sou qui gravitent à Berlin, ville ruinée, bon marché. Un fonctionnaire a épluché nos déclarations irlandaises de revenus. Notre revenu se situait très, très en dessous du salaire minimum ; en dessous des allocations chômage. Il a sifflé et a dit : “Sie leben auf Liebe und Luft.” Vous vivez d’amour et d’eau fraîche.
Ils étaient condamnés mais ne le savaient pas

Un an plus tard, j’ai remporté le BBC National Short Story Award, pour une nouvelle télescopant le Fianna Fáil, le parti au pouvoir en Irlande, et Le magicien d’Oz. Les gens pensaient qu’il s’agissait d’une comédie. On m’a invité à participer au plus grand talk show d’Irlande. Une limousine surdimensionnée est venue nous chercher à l’aéroport et nous a déposés dans un hôtel cinq étoiles flambant neuf, construit grâce à des allègements fiscaux par des promoteurs partisans du Fianna Fáil.

Ce soir-là, quand on m’a demandé pourquoi j’avais quitté l’Irlande, le petit pays le plus riche d’Europe, j’ai raconté l’histoire ci-dessus. Et j’ai ajouté que le boom sur l’immobilier était factice. Que c’était comme si j’assistais au déferlement d’une étrange religion sur toute la nation, comme si les gens montraient des maisons et disaient : "Vous voyez cette maison ? Elle vaut cinq millions d’euros.” Sauf qu’elle ne les valait pas, ai-je conclu.

Et, dans le silence glacial du studio, j’ai compris qu’ici, tout le monde avait investi dans l’immobilier et prévoyait d’investir encore. Que tous avaient hypothéqué leur logement pour acheter à leurs enfants une maison qui, bientôt, ne vaudrait pratiquement rien. Ils étaient condamnés mais ne le savaient pas. Un quart de la population me fixait. Je crois que jamais je ne me suis senti aussi seul.

Il m’arrive de revenir au pays à quelques reprises dans l’année, et j’y retrouve mes amis, à chaque fois dans un restaurant de moins en moins cher. Moi, je suis toujours fauché, mais maintenant, au moins, je peux payer ma part de l’addition. Et nous ne parlons toujours pas d’immobilier.

Presseurop - The times



24/11/2010 - Crise obligataire: après l'Irlande, l'Espagne et le Portugal dans la  ligne de mire

Après avoir mis 110 milliards d’euros pour sauver la Grèce et 90 milliards pour sauver l’Irlande, l’Union européenne n'est pas tirée d’affaire.

L’hiver, dans les campagnes, on tuait autrefois le cochon entre décembre et mardi gras. En sera-t-il de même pour les PIGS («cochons» en anglais), ces pays fragiles de la zone euro, Portugal, Irlande, Grèce, Espagne (Spain)? Deux d’entre eux déjà – la Grèce et l’Irlande – ne doivent leur salut qu’à l’aide de l’Union européenne et du FMI (Fonds monétaire international). Aujourd’hui, après le plan de 110 milliards d’euros pour la Grèce puis celui de 90 milliards pour l’Irlande, rien ne prouve que l’Union et l’euro soient tirés d’affaire. Les responsables portugais le savent bien, le pays étant considéré comme le prochain maillon faible des PIGS que les marchés vont tester… Comme ils l’ont fait pour les deux premiers. Avant peut-être de s'attaquer à l'Espagne, un pays d'une toute autre taille.

Certes, les cas de la Grèce et de l’Irlande n’ont pas grand-chose à voir. La première affichait un déficit public abyssal par laxisme complet en matière de finances publiques. La seconde croule sous le poids de la dette de ses banques. Dublin a du les renflouer de 50 milliards d’euros, et c’est ce sauvetage qui lui vaut d’afficher un déficit public de 32% de son PIB. Un poids insupportable, d’autant plus que malgré la prise en charge publique des banques, celles-ci ne tiennent que grâce au refinancement massif de la BCE… Tout le monde s’est donc penché au chevet de l’Irlande, y compris la Grande-Bretagne, qui est hors de la zone euro. Car les banques britanniques, allemandes et françaises, très engagées auprès des banques irlandaises, seraient les premières concernées en cas de défaillance.


Mais peu importe aux marchés, au fond, les causes précises qui ont conduit tel ou tel des PIGS au bord du précipice. Ce qui les intéresse, c’est de tester la détermination des Européens à rester ensemble et pour ce faire, à progresser vers une intégration plus complète. Lorsque le projet de monnaie commune a été adopté, chacun pensait qu’il conduirait logiquement à mieux cordonner les politiques des Etats membres. Or, cela n’a pas été le cas, en partie parce que l’Union a voulu intégrer très vite les pays d’Europe de l’est et a connu une brusque crise de croissance. La crise actuelle est l’occasion de révéler que le fonctionnement de l’Europe est incohérent. La monnaie unique doit impliquer un minimum de politique budgétaire et économique commune et de redistribution.

Tant que les leaders européens ne se décideront pas à progresser dans ce sens, les marchés continueront à tester la construction de l’Union. Ils sont ainsi faits. Et finalement, même si leur mode d’intervention crée le chaos, on peut se demander comment l’Europe évoluerait s’ils ne suscitaient pas une telle pression. Entre la crise grecque du printemps dernier et celle de l’Irlande aujourd’hui, un constat s’impose: le sauvetage a été plus rapide. Le dispositif était prêt et l’Allemagne n’a pas, cette fois, cherché à gagner du temps.

Cela ne suffira pas. Comme l’ont fait remarquer Jean-Claude Trichet, président de la BCE, et Dominique Strauss Kahn, président du FMI, le 19 novembre lors d'un colloque sur les banques à Francfort, il est urgent d’aller plus loin. La veille, Jean-Claude Trichet avait dit sa «profonde inquiétude» devant la manière dont la zone euro règle ses difficultés. Cette fois, il a ajouté qu’il existe «le risque de voir les mesures nécessaires en période de crise provoquer une accoutumance lorsque les conditions se normalisent». Il a ainsi fait référence aux facilités de refinancement «à taux fixe et à volume illimité», mises exceptionnellement à la disposition des banques commerciales depuis le début de la crise financière, et auxquelles les établissements irlandais ont aujourd’hui largement recours. Selon une note des analystes de Morgan Stanley, citée par le Figaro, les banques d'Irlande - pays de 4 millions d'habitants - se refinancent auprès de la BCE à hauteur de 120 milliards d'euros. Soit pratiquement autant que ce que les établissements allemands et français réunis obtiennent actuellement de la BCE. Jean-Claude Trichet estime que la banque centrale ne peut continuer à soutenir ainsi les établissements irlandais.

Pour Dominique Strauss-Kahn, l'Union européenne doit adopter «une stratégie de croissance commune» si elle veut «rompre les chaînes de sa faible croissance». Aussi chaque pays doit-il céder davantage de pouvoir aux institutions centrales. Il suggère d'instaurer «un marché unique du travail», car, dit-il, «l'euro ne peut pas atteindre son véritable potentiel avec des marchés du travail segmentés». Bref, «la coopération avance trop lentement», au sein de l'UE, estime le président du FMI, qui souligne «la lenteur de la réparation du secteur financier». Il y a fort à parier que s’il n’est pas écouté, un autre des PIGS va à son tour se trouver emporté et un autre... jusqu'à ce que l'édifice s'effondre.

Marie-Laure Cittanova Slate


22/11/2010 - Grèce et Irlande: la faillite comme solution?

L’Irlande risque l’effondrement financier pendant que la Grèce continue de creuser ses déficits. Mais est-ce aux contribuables de payer ? Pour Der Standard, les investisseurs, tout comme les Etats, doivent assumer les risques qu’ils ont pris

Josef Pröll est bon comédien. Le 16 novembre, le ministre des Finances autrichien a récité son monologue de l’inflexible créancier faisant la leçon à son débiteur. La Grèce ne respecte pas le programme de réduction des dépenses établit par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI). Athènes fait plus de dettes qu’elle ne devrait.

Josef Pröll a menacé de ne pas verser la prochaine tranche d’aide destinée à la Grèce [elle sera finalement versée en janvier]. C’est que font généralement tous les créanciers, qu’il s’agisse d’Etats ou de banques. Ils menacent et montrent les dents mais au bout du compte finissent presque toujours par accorder un délai supplémentaire à leur débiteur : mieux vaut un débiteur mal en point qu’un débiteur mort.

Un endettement à 150% du PIB

Sauf qu’à présent, la crise de la dette dans la zone euro n’est plus un cas normal et Josef Pröll le sait parfaitement. D’après les dernières estimations corrigées de son déficit, la Grèce affiche une dette représentant près de 130 % de son PIB. D’ici à 2015, Athènes doit rembourser sa dette à 140 milliards d’euros, s'y ajoutent 90 milliards d’intérêts. Tout cela sur fond d’économie en déroute. Nul besoin d’être grand clerc pour affirmer que cela risque de mal finir.


Ce n’est pas le seul cas de faillite dans la zone euro. L’Irlande aussi se trouve au bord du gouffre. A cause du renflouement des banques, le taux d’endettement du pays devrait friser les 150 % du PIB jusqu’en 2016. Les marchés évaluent les emprunts irlandais au même niveau que ceux du Pakistan et du Venezuela. Les économistes irlandais se préparent à une faillite, avec ou sans sauvetage.
Les créanciers doivent payer leur part

Dans de telles conditions, les politiques ne peuvent guère faire plus que gagner du temps. Vue sous cet angle, la pantomime de Pröll ne paraît pas absurde. Mais simultanément, la zone euro devrait s’armer contre la prochaine vague de faillites. Il faudrait obliger les créanciers à prendre part aux coûts des faillites en question.

Cela a l’air facile, mais ce n’en serait pas moins une rupture avec les pratiques en vigueur jusqu’à présent. Ce sont d’abord les banques qui ont été menacées d’effondrement. Les contribuables les ont renflouées. Ensuite, ce sont les Etats qui ont basculé. Encore une fois, les contribuables — d’autres pays — ont dû se ruer à la rescousse.

Il faut que cela cesse. Dans le cadre du G20, on s’efforce déjà de développer le modèle d’une restructuration des banques au niveau international. La même chose est nécessaire pour les Etats. Dans l’économie de marché, il existe un système de banqueroute qui permet d’effacer une partie de la dette. Qui investit son argent à tort finit par le perdre.
Nous ne reverrons pas notre argent

Il est remarquable de constater que c’est d'Irlande que provient la critique la plus virulente quand les Allemands ont voulu installer une procédure ordonner pour une faillite étatique. L’Irlande serait vraisemblablement celle qui profiterait le plus d’un tel modèle. Pourtant, la seule évocation de cette idée a entraîné une hausse des taux d’intérêts irlandais et fait un peu plus trébucher le pays.

Mais quels que soient nos sentiments d’empathie, quand ouvrir le débat, sinon maintenant ? La crise de la dette va perdurer. Qui dit que, d’ici deux ans, le marché ne réagira pas avec la même panique ? Il est regrettable que Berlin ait fait marche arrière et reporte désormais à un avenir lointain la possibilité d’une participation des créanciers [privés] aux frais induits par l’insolvabilité d’un Etat.

C’est trop peu. La pantomime ne peut pas durer éternellement. De plus, à un moment donné, les politiques vont devoir commencer à expliquer que nous aussi, en tant que créanciers de la Grèce, nous ne reverrons pas toute la couleur de notre argent. Il n’y a certes pas de quoi se réjouir, mais ce n’est rien comparé à ce qui attend encore les Irlandais et les Grecs.

Vu d’Athènes - Le “4e Reich” ruine l’Europe !

Le 16 novembre, l’Allemagne a prévenu la Grèce que si elle ne faisait pas plus d’efforts de rigueur, elle risquait de ne pas recevoir la troisième tranche de l’aide financière européenne et du FMI décidée au printemps. Le 17, il a d’ailleurs été annoncé que ce versement de 6,5 milliards d’euros n’aurait lieu qu’en janvier, au lieu de décembre. "La confrontation est imminente, réagit To Ethnos. "Les dirigeants allemands veulent isoler tous les pays de la zone euro et d'Europe et les transformer en colonies du 4e Reich".

La vive guerre médiatique qui avait opposé les deux pays au printemps, lorsque les Allemands rechignaient à aider la Grèce, semble ravivée. "La politique économique sera donc dictée par Berlin, avec en ‘marionnettes’ les institutions européennes, et l’Allemagne va réussir a détruire le seul espoir des pays les plus fragiles : emprûnter à bas taux."

"Cette politique va renforcer la place de l'Allemagne en Europe, ajoute le quotidien. Elle est d'ailleurs déjà prépondérante, comme on le voit avec ce qui se passe en Irlande. Ce pays refuse d'appliquer le plan de rigueur et l'Allemagne fait monter la pression pour le lui imposer ! Cette tension ne détruira pas l'Europe ; à condition de mener une vraie résistance au 4e Reich."

Presseurop


19/11/2010 - Les PIGS ne paieront pas leurs dettes selon deux experts

L'Allemagne est-elle en train de pousser les pays européens les plus fragiles financièrement et économiquement, les fameux PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Spain (Espagne)) à faire défaut sur leurs dettes. Un scénario catastrophe qui effraye toute la planète financière. C'est en tout cas la thèse exposée par deux experts parmi les plus réputés sur le site project-syndicate: Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI et professeur au MIT, et Peter Boone de la London School of Economics.

Ils ironisent sur le fait que le gouvernement allemand a beaucoup critiqué les pays considérés comme laxistes et irresponsables dans la gestion de leurs finances publiques et de leur dette, mais que son attitude mène ces mêmes pays au bord du gouffre. Berlin demande aujourd'hui la mise en place d'un mécanisme strict de financement des pays en difficulté de la zone euro et instaurant un nouveau système en 2013 leur permettant de restructurer leur dette. Il s'agit de gagner du temps, de rassurer le contribuable allemand et de faire partager la charge des mauvaises dettes en y associant notamment les prêteurs, à savoir le système bancaire et financier. Le coté pervers de ce mécanisme est qu'il peut conduire les pays en difficulté à choisir de faire défaut comme la moins mauvaise solution.

L'article de project syndicate souligne que lors du dernier épisode de défauts de paiement en chaîne de dette souveraine, en Amérique Latine dans les années 1970, les pays ont décidé de ne plus rembourser leurs dettes quand les coûts d'une défaillance devenaient moins lourds que ceux de continuer à payer. Il ne faut pas oublier que faire défaut revient à lâcher des créditeurs souvent étrangers et donc qui ne votent pas et ne pèsent pas sur le destin des gouvernements.


Pour Simon Johnson et Peter Boone, la perspective grandissante de défaillances est tout simplement en train d'assécher le marché obligataire européen et rien ne semble pouvoir plus enrayer une crise et ses effets dominos. Plus personne ne veut prêter de peur d'être contraint dans quelques semaines ou quelques mois de renoncer à une partie des intérêts et du capital. Le risque est que cela touche tous les pays européens ou presque, même ceux qui sont solides. La seule solution est pour la Banque centrale européenne (BCE) d'ouvrir les vannes et de faire comme la Réserve fédérale américaine (Fed) en rachetant la dette des Etats avec de la monnaie qu'elle crée et anticiper les échéances de 2013 pour les pays en difficulté en restructurant la dette de l'Irlande, de la Grèce, du Portugal, voire de l'Espagne ou de l'Italie.

Cet alarmisme n'est pas seulement le fait de Simon Johnson et Peter Boone. Matthew Lynn, chroniqueur de l'agence d'information financière Bloomberg, pointe lui aussi l'effet domino à l'œuvre et prévient qu'après la Grèce et aujourd'hui l'Irlande la défiance des marchés et des prêteurs gagnera les titres de dette du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie et… de la France. «La France a une économie plus forte que bon nombre de pays périphériques de la zone euro. Mais comme les protestions contre une une réforme modeste des retraites l'ont montré, aucune autre nation européenne reste aussi attachée à un système social coûteux et dépassé que les Français», écrit-il.

Le Financial Times met lui en avant la rancœur grandissante en Europe contre l'Allemagne dans un article accessible gratuitement via le site de la chaine de télévisions américaine CNBC. Le quotidien londonien souligne que les pays en difficulté de la zone euro ont le sentiment d'être mis dans une situation intenable par la chancelière Angela Merkel qui poursuit des objectifs de politique intérieure en voulant surtout rassurer le contribuable allemand.

Slate


18/11/2010 - Secourir l'Irlande ne suffira peut-être pas selon le journal Times

Défaillance, risques de contagion… La situation de l'Irlande, sous pression pour accepter une aide financière de l'Europe, menace de faire tache d'huile dans la zone euro. Comme le résume le Guardian, "il n'y a que des mauvaises nouvelles" dans ce dossier. Pour les chroniqueurs européens, la situation actuelle reflète les lacunes de l'intégration économique à l'européenne.

Pressions d'un côté, réticences de l'autre, déclarations venues de différents niveaux, le quotidien économique allemand Handelsblatt souligne la "cacophonie" qui règne dans la zone euro. Pour l'économiste et chroniqueur du Financial Times Gavyn Davies, celle-ci "est minée par la contradiction qu'il y a à vouloir opérer une union monétaire sans l'accompagner d'une union fiscale". Selon lui, ce problème ne peut être résolu que s'il existe "un vrai partage du fardeau au sein de la zone euro, ainsi que des normes régulatoires et budgétaires qui empêchent cette situation de se reproduire".

Le quotidien espagnol El Pais revient également sur cette "schizophrénie" européenne. Pour le journal, il est possible de "vivre avec cette contradiction" en dehors des périodes de crise, mais "elle s'avère dangereuse lorsqu'une récession ou un changement de direction des flux de capitaux exacerbe les différences entre les territoires qui partagent la même politique monétaire". Un constat partagé par le New York Times, qui explique que "les pays solides et les pays fragiles qui utilisent la même monnaie prennent des trajectoires différentes".


LES MÉCANISMES DE SOUTIEN EN QUESTION

Le Times souligne le caractère inquiétant de la situation actuelle, qui, "bien que présentant des différences notables, rappelle étrangement ce qui s'est passé en Grèce il y a des mois". Mais, avertit le quotidien britannique, "avec des conditions économiques qui se détériorent, secourir l'Irlande ne suffira peut-être pas cette fois-ci".

Pour l'économiste Nouriel Roubini, qui signe une tribune (édition abonnés) dans le Financial Times, si l'Europe opte pour une aide financière d'urgence, c'est avant tout parce que Bruxelles craint une contagion d'ordre systémique. Selon lui, l'UE pourra s'en sortir par des mesures de sauvetage temporaires pour l'Irlande, et éventuellement pour le Portugal, mais cette approche pose problème à long terme. Selon l'économiste, la crise actuelle montre que "prendre les pertes des banques du secteur privé dans les comptes publics peut mener les gouvernements à l'insolvabilité". Il est donc, selon lui, nécessaire pour l'Europe de s'interroger sur les processus de restructuration utilisés actuellement.

Le Wall Street Journal va plus loin, en affirmant que "le vrai problème de la zone euro aujourd'hui n'est pas la contagion. C'est la solvabilité". Pour le quotidien économique, l'annonce de la mise en place de mécanismes de soutien européens était censée calmer les marchés, mais "comme le prouve l'évolution du cours des bons irlandais et portuguais, ça n'a pas marché, et ce parce que [ces mesures] ne traitent pas du problème des dépenses excessives et de la croissance en berne qui sont au cœur du problème de dette de l'Europe". Lapidaire, le journal affirme : "Forcer l'Irlande à accepter un plan de sauvetage ne sauvera pas la monnaie [européenne]."

Marion Solletty - le Monde


17/11/2010 - L’Irlande n’est qu’un début

L’Union européenne va-t-elle lancer un plan d’aide financière à l’Irlande ? Est-ce le début d’une crise plus large et plus grave ? Dans les décisions à venir, “l’île ne compte pas pour beaucoup”, estime Der Standard. Le quotidien viennois comprend "le scepticisme de Dublin" face à une possible perte de son indépendance financière. 

“Le problème fondamental est le suivant : Pour les sauveurs du continent, le problème principal n’est pas l’Irlande. Comme c’est le cas de la Grèce, l’économie irlandaise est beaucoup trop petite pour tirer la zone euro vers les profondeurs. Mais comme les Grecs, l’Irlande et ses banques doivent beaucoup d’argent aux banques de la zone euro et du Royaume-Uni - 138 milliards pour les seules banques allemandes", constate le quotidien viennois, qui pointe le danger d’un effet domino qui pourrait faire tomber la quatrième économie européenne : l’Espagne.

"L’Espagne est-elle la suivante ?", s’interroge El Mundo. Le quotidien madrilène rapporte qu’ "au bord du précipice, l’Espagne est mise en garde par l’UE". Car la Commission européenne a estimé que "la situation irlandaise peut affecter l´Espagne si celle-ci ne démontre pas sa crédibilité dans les marchés". "Le gouvernement a peu avancé dans les réformes structurelles engagées” en mai dernier, et n’a plus de temps, note le journal. Madrid doit, entre autres, réformer le système des retraites et accélerer processus de fusion de caisses d'épargne, un problème majeur pour le financement de l'économie espagnole, ce qu' "exige de manière impérative" le gouverneur de la Banque d´Espagne.


Chez le voisin portugais, Diário de Notícias annonce que "le gouvernement refuse de demander de l’aide même si les Irlandais le font". Mais à Bruxelles, pointe son confrère Público, "certains admettent qu’une aide commune aux deux pays est inévitable".

Comment en est-on arrivé là ? Pour Les Echos, l’Europe paie les décisions prises au printemps dernier. Lors de la crise grecque, elle a “par fierté exclu toute restructuration de la dette d’un de ses Etats membres” et créé “un plan censé gagner du temps et calmer les marchés”. Mais "les marchés financiers ne se sont calmés que quelques mois et le temps va bientôt manquer aux pays dits ‘périphériques’ de la zone euro que sont la Grèce, l’Irlande ou le Portugal pour se refinancer dans des conditions acceptables”, constate le quotidien économique français.

Et aujourd’hui, comment l’Irlande pourrait-elle ramener son déficit budgétaire de 32% du PIB à 3% en 2014 ? s’interroge le journal. “L’excès de dette ne peut que déboucher un jour ou l’autre sur le défaut de paiement ou sur une restructuration profonde. L’Europe a refusé de l’admettre jusqu’ici.” Il serait donc urgent “de sortir du déni” et “de mettre en place un mécanisme de restructuration ‘ordonnée’ de la dette des pays les plus vulnérables - en clair un étalement des échéances s’accompagnant d’un effort des créanciers”.

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, c’est un "poker sur l’Irlande" qui se joue. Et Berlin, par exemple, se trouve coincé entre les marchés et les contribuables à cause du projet présenté par Angela Merkel pour pérenniser le mécanisme de sauvetage à partir de 2013. La chancelière voudrait faire participer les créanciers privés, notamment les banques et les fonds, au sauvetage d’un pays.

“On ne pourrait pas exiger encore plus longtemps des citoyens que les banques soient sauvées avec l’argent des contribuables sans les obliger à assumer les conséquences de leurs investissements erronés”, explique la FAZ pour laquelle la chancelière a bel est bien contribué à l’emballement des marchés quand elle a réaffirmé cette position allemande lors de sommet de Seoul. Selon un banquier interrogé par le quotidien, certains investisseurs ont cru que l’Irlande ou le Portugal seraient concernés par ce mécanisme de sauvetage.

Presseurop



29/07/2010 - Les stress - tests n'ont pas testé les banques dans le cas de la faillite d'un pays

Et donc ne sont pas fiables.

Les tests de résistance que viennent de passer les banques européennes, les fameux "stress tests", n'ont pas été assez exigeants. Seuls sept des 91 établissements de crédit soumis à des simulations par les régulateurs du Vieux Continent auraient besoin d'une recapitalisation pour faire face à un choc économique grave.

Mais ces tests officiels sont insatisfaisants pour deux raisons. Tout d'abord, les régulateurs se sont fondés sur le ratio de capitaux propres "Tier one" pour évaluer le bilan des banques, donnant le feu vert à tous les établissements affichant un "Tier one" supérieur à 6 % après un choc économique de deux ans. Or le ratio "Tier one", qui inclut des créances hybrides et d'autres instruments sans prise de participation, est largement discrédité. Les investisseurs ne s'y fient plus, et les régulateurs eux-mêmes tentent de s'accorder sur une définition plus stricte du capital.

La deuxième lacune, bien plus importante, réside dans la prise en compte de la dette souveraine par ces tests de résistance. En dépit de l'inquiétude que suscitent les finances de la Grèce, de l'Espagne et d'autres pays de la zone euro, les banques n'ont pas été exposées à une éventuelle faillite souveraine. L'hypothèse de compromis trouvée par les régulateurs était un creusement sensible des "spreads" (écart des taux) sur les obligations d'Etat.

Cependant, ce critère n'a été appliqué qu'aux portefeuilles valorisés au prix du marché. Or dans leur immense majorité, les obligations d'Etat détenues par les banques figurent dans ce qu'on appelle les "banking books" (portefeuilles bancaires), qui ne tiennent compte des pertes qu'en cas de défaillance. C'est pourquoi toutes les banques grecques, sauf une, ont réussi les tests, alors même qu'elles sont toutes d'importants créanciers de l'Etat grec.

Les banques ont joué le jeu

Au moins les tests auront-ils compensé leur manque de sévérité par une exigence de transparence. Il a en effet été demandé aux banques de détailler leurs portefeuilles d'obligations d'Etat de l'Union européenne et de préciser dans quelles proportions celles-ci figuraient dans des "banking books". Chaque établissement est libre de décider ou non de rendre ces informations publiques, mais, à l'exception de quelques banques allemandes, la plupart se sont déjà exécutées.

Ces renseignements permettront aux investisseurs de se faire eux-mêmes une idée du risque souverain pesant sur les bilans des banques européennes. Les institutions financières jugées trop exposées à ce risque auront probablement des difficultés à trouver des financements, à moins de lever davantage de capitaux. Une chose est sûre : le marché ne manquera pas d'infliger aux banques des tests plus exigeants que ceux qu'elles viennent de passer.

(Traduction de Julie Marcot.) Le monde

1 commentaires:

BA a dit…

MEDIAPART, Paul Jorion : « La zone euro est à deux doigts de l’éclatement », le 30 avril 2013.

Mediapart : Un économiste grec, Yanis Varoufakis, considère sur son blog que le mémoire de la Bundesbank est un acte de guerre et annonce la fin de la zone euro telle que nous la connaissons. Partagez-vous cette analyse ?

Paul Jorion : Les conclusions de Yanis Varoufakis au billet alarmiste qu’il poste sur son blog sont probablement bonnes, mais pas pour les raisons qu’il avance. Entre la Grèce, Chypre, le Portugal, il est clair que c’est l’Allemagne qui tient la zone euro. Elle a commencé à faire les comptes. L’addition devient de plus en plus lourde et les risques aussi, comme le traduit Target 2 (système de compensation intra-européen qui montre que l’Allemagne est créditrice à hauteur de 700 milliards d’euros à l’égard du reste de la zone euro). Enferrée dans sa position d’exportateur net, elle devient de plus en plus en risque. Les Allemands sont devenus les seuls répondants. La zone euro est devenue un fardeau beaucoup trop lourd pour eux. L’intérêt calculé de l’Allemagne est de couper le cordon.

Mediapart : Peut-elle décider de le faire ?

Paul Jorion : La raison voudrait que l’on arrête la politique du chacun pour soi, qu’on rebâtisse un ordre monétaire international, dont l’absence depuis 1971 entraîne tout le monde par le fond. Au niveau européen, la construction telle qu’elle a été faite montre toutes ses lacunes et ses erreurs. Il faudrait aller vers plus de fédéralisme, afin qu’un système budgétaire et fiscal commun vienne compléter la monnaie unique. Mais si cela se fait, ce sera contre les opinions publiques. Celles-ci ont décroché du projet européen : elles souhaitaient une Europe des citoyens, elles n’ont que l’Europe des marchands. À ce stade, il y a toutes les raisons d’être pessimiste. Nous sommes dans une période très critique. La zone euro est à deux doigts de l’éclatement. Le système est dans une telle situation de fragilité que la moindre étincelle peut le faire exploser.

http://www.pauljorion.com/blog/?p=52999