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25/09/11

François Bayrou: Livre et vidéo

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25/09/2011 - Vidéo: Débat avec Zemmour et Naulleau sur Paris première

Extrait du livre: C'est une guerre que nous avons à livrer. Guerre qui ne dit pas son nom, bien sûr, plus de l'ordre de l'asphyxie progressive que du bombardement. Guerre contre nos propres faiblesses, plus que contre des ennemis. (...).

Pour gagner une guerre, il faut se concentrer sur l'essentiel. (...) Je nomme urgence nationale ce qui menace notre pays, à court terme, dans sa survie, dans sa dignité, dans sa cohésion.Je nomme urgence nationale les menaces sans appel et sans recours. (...).



Acteur engagé dans la vie démocratique de la France depuis vingt ans, ayant observé autant que je le pouvais nos forces et nos faiblesses, je suis arrivé à la conclusion que nous avons devant nous deux questions d'urgence nationale, et deux seulement. La première : produire en France. Retrouver la production dont nous avons perdu des pans entiers, pour reconquérir l'emploi et pour équili- brer nos comptes. Et la seconde : rendre à la France la meilleure éducation du monde.

Le spectre grec

Il faut voir où nous en sommes. Du fait des faiblesses de sa production, et de l'obligation d'emprunter qui en découle, la France se trouve du point de vue des comptes dans la situation même où se trouvaient il y a à peine quelques mois la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Irlande, dans une situation budgétaire plus inquiétante même que l'Italie.

Ce qui vient d'arriver à ces pays peut nous arriver d'un jour à l'autre. Baisse du salaire des fonctionnaires, baisse des retraites, coupes sévères et sans pitié dans l'ensemble des dépenses sociales, cela peut être notre sort dans quelques semaines ou quelques mois.

Il ne s'agit ni d'hypothèses ni de menaces. Je ne noircis pas le tableau. Ce sont désormais des certitudes. Si nous ne trouvons pas d'urgence les réponses nécessaires à une situation que l'inconséquence de nos dirigeants successifs a laissée dériver, nous connaîtrons exactement les mêmes drames que la Grèce, l'Espagne, le Portugal. (...).

Nous y sommes. La France dévale un toboggan auquel son modèle de société ne résistera pas. Aucune chance. Ni nos allocations, ni nos services publics, ni notre aménagement du territoire, ni notre système de santé, ni nos investissements locaux et nationaux ne peuvent résister à la situation telle que nous l'avons laissée se dégrader. (...).

Aujourd'hui, nous faisons face aux conséquences. La conjonction de notre insouciance et de l'insouciance des autres pays du sud de la zone euro a allumé la mèche de la crise. Le baril de dynamite sur lequel nous sommes assis, sur lequel nous avons si souvent dansé, menace d'exploser à la minute. (...).

Notre dette est immense. Immensissime. Elle représente 1 700 milliards, soit mille sept cents fois mille millions d'euros. Or, nous ne pouvons supporter la charge quotidienne de cette dette que parce que les taux d'intérêt auquel nous empruntons, protégés par l'euro, sont les plus bas de l'histoire économique de l'Europe depuis des siècles. (...).

Et cependant, même à 3 %, nous arrivons à peine à supporter les intérêts de cette dette.

Si le soupçon s'installe, brutalement les prêteurs exigeront du 6 %, du 8 %. Et 6 % dans l'histoire, c'est encore bas : dans les années 90, hier, on était à des 12 et 14 %. Si une telle augmentation des taux se produit, alors simplement, nous ne pourrons plus faire face ! Nous appellerons le FMI, et nous devrons sauvagement couper dans tout ce qui nous permet de vivre ensemble.

Une autre majorité

La politique de reconstruction de la production en France, on peut sans difficulté en énoncer les principes. L'Allemagne, par exemple, a suivi cette politique sans drame depuis 2003. Ce pays rayonne aujourd'hui, lui qui était il y a à peine sept ou huit ans l'"homme malade" de l'Europe. La politique de reconstruction et de priorité à l'éducation, il n'est pas si difficile de la définir. Nous avons tous les atouts humains et professionnels pour la conduire.

Mais ces deux politiques, qui sont nécessaires, qui sont à portée de la main, qui sont question d'urgence vitale, ces deux politiques ne peuvent être conduites par aucune des deux majorités qui se partagent et se disputent le pouvoir depuis des décennies en France. (...).

La majorité traditionnelle de droite a trop sacrifié à l'injustice sociale et fiscale et à la désignation de boucs émissaires. La majorité traditionnelle de gauche a tout donné à l'irréalisme. Ses promesses déjà actées sont intenables. Pourtant, si elle gagne, elle devra les tenir. Et là sera la falaise.

Ces deux majorités potentielles sont l'une comme l'autre liées à des intérêts antagonistes, intérêts de classe, ou intérêts corporatistes, qui empêcheront les décisions nécessaires. Elles sont de surcroît profondément divisées sur le sujet de la mondialisation, de l'Europe, du protectionnisme. Et la rupture qu'elles organisent du pays en deux blocs, constamment en embuscade l'un contre l'autre, rend la difficulté insurmontable.

Quels que soient les gouvernants, s'ils ont contre eux toute l'opposition et la moitié de leur majorité, ils sont sûrs d'être emportés par la vague, et donc ils sont condamnés à reculer.

Il n'est qu'une majorité qui puisse assumer ces politiques, avec une assise suffisamment large pour créer les conditions politiques du succès. Pour porter les politiques courageuses, il faut une majorité du courage. Ce ne peut être qu'une majorité nouvelle, non pas la majorité d'un bord contre l'autre, mais une majorité centrale.

C'était Sarkozy...

Je connaissais, bien sûr, et très bien, l'énergie presque infatigable de Nicolas Sarkozy, sa volonté de revanche. C'était à ranger au nombre des atouts. Mais il m'apparaissait que les valeurs que portait en filigrane le projet du président élu allaient entrer en collision avec les valeurs de notre pays, de ce grand vaisseau républicain qu'est notre nation.

Tout le montrait : ses mots, ses attitudes, les déclarations qui préparaient son mandat. Personne ne s'en avisait ? Raison de plus de le dénoncer en temps et en heure. Il accordait à la réussite matérielle, au monde de l'argent, une importance ridicule. Il était fasciné par les cercles discrets où la puissance financière cherche à contrôler la puissance politique. Il multipliait les complaisances à leur égard. En revanche, il brocardait ce qui a fait la France, la culture classique, l'histoire lointaine et proche. Il pensait que les inégalités étaient inévitables et souvent même souhaitables. Il regardait l'Europe comme un terrain de jeu où il pourrait tirer la couverture à lui.

Sans doute y avait-il dans la confrontation où je m'engageais une composante personnelle ? Il y en a toujours. Et que l'on peut en ce cas résumer en deux phrases : tout ce que j'aimais, il le méprisait ; tout ce que je trouvais secondaire et vain, il l'adorait.

Les hommes peuvent-ils changer ? En général, je réponds non, dans un éclat de rire. Mais après tout, pourquoi pas ? A-t-il changé ? Il m'arrive de le penser. (...).

Aujourd'hui, ce que je ressens, ce que je vois, c'est que ce n'est même plus Sarkozy la question ! Ce que nous avons devant nous, c'est le chantier politique le plus impressionnant du siècle. Ce chantier politique ne se résoudra pas par le énième changement de majorité, ni seulement par le changement de président, ni par le énième passage programmé, obligatoire, de la droite à la gauche.

Ce que la situation exige, c'est à la fois un choc de prise de conscience, une volonté nouvelle assurée par les Français, par le peuple souverain. Une rupture, cette fois, une vraie.

L'impératif de la production

C'est comme si on se disputait devant l'accidenté qui fait une hémorragie sur le bord de la route, pour savoir où il va aller passer ses vacances, ou quel genre d'appartement il doit acheter.

Aujourd'hui, notre pays est pris dans la spirale de cette hémorragie continue, qui le vide de sa substance, de ses moyens. Tous les mois, le déficit de notre commerce extérieur, la différence entre ce que nous achetons et ce que nous vendons, ce que nous fournissons au monde, et ce que nous sommes obligés d'aller acquérir auprès de lui, se compte en milliards d'euros. Tous les mois ! Toutes les semaines ! Au mois d'avril 2011, avant-dernière statistique mensuelle connue au moment où j'écris ces lignes, en un seul mois, notre déficit commercial a atteint la somme astronomique de sept milliards deux cents millions d'euros. Au mois de mai, dernier chiffre révélé, la différence dépasse sept milliards cinq cents millions. Presque quinze milliards, quinze mille millions d'euros. En soixante jours ! Deux milliards, deux mille millions d'euros par semaine !

Qui peut imaginer qu'un commerce puisse durer longtemps quand les sorties sont à ce point, et durablement, supérieures aux rentrées ? Un commerce, ou une famille, ou une entreprise, ou une association. Ou un pays. (...).

On ne connaît pas, dans le monde, deux pays dont les économies soient aussi proches, aussi profondément imbriquées, dont les échanges soient aussi intimes que la France et l'Allemagne. Nous produisons à peu près dans les mêmes secteurs pour le marché intérieur européen, et nous sommes rivaux sur tous les marchés à l'exportation. (...).

Aujourd'hui, si la France connaît une chute continue, avec un déficit du commerce extérieur de l'ordre de 75 à 80 milliards, l'Allemagne connaît un excédent de l'ordre de 150 à 200 milliards !

Le problème n'est pas dans la force de l'Allemagne : il est dans les faiblesses de la France. Car, plus grave et révélateur encore : nous sommes déficitaires en ce début de 2011 non pas seulement avec l'Allemagne, nous sommes déficitaires avec tous les pays importants de la zone euro, sauf la Grèce ! Nous sommes déficitaires dans nos échanges avec l'Italie, avec la Belgique, avec les Pays-Bas, et récemment même avec l'Espagne. (...).

Tant que cette hémorragie continuera, la probabilité de l'échec grandira. Jusqu'à la certitude d'un grave accident social. Y sommes-nous ? Nous y sommes presque. Peut-on en sortir ? Il le faut. Que faut-il faire ? (...) Produire, vendre, c'est le seul chemin vers les deux biens qui nous manquent le plus : l'emploi et les moyens financiers, pour chacun et pour le pays.

Permettre aux productions de la France d'exister à nouveau sur notre marché intérieur et sur les marchés du monde. Toutes nos productions : industrielles, agricoles, agroalimentaires, et de services. Soutenir les points forts, les améliorer encore si possible, aviation, pharmacie, tourisme ; aider les points en fragilité, agriculture ; et reconquérir les espaces où nous n'existons plus, tous les autres, même le textile, même l'électroménager.

On me dira : c'est impossible, c'est trop tard, le combat est perdu. Je n'accepte pas ce constat d'échec. (...).

Car nous avons des atouts qu'aucun des pays en difficulté qui nous entourent n'a au même degré que nous. Nous avons perdu des secteurs entiers de production de masse, mais nous obtenons des succès mondiaux dans l'industrie du haut de gamme, la plus exigeante en recherche et technologie, celle qui exige la maîtrise de l'infiniment complexe, dans l'aéronautique aussi bien que dans la pharmacie.

Notre chance est que désormais la haute technologie sera la condition même des productions, y compris celles qui semblent banales, destinées à la vie de tous les jours. (...).

Mais c'est la dernière chance. Après ces quelques mois ou ces quelques années, il sera trop tard. Nos concurrents seront trop avancés pour que songions à les rattraper.

Une nouvelle offre

Nous, France, pouvons vraiment, comme l'Allemagne il y a sept ans, retrouver en peu d'années le chemin du rayonnement et de la prospérité. (...) Les choix ici défendus reposent sur une option économique, favoriser l'offre plutôt que la demande. (...) Si l'on doit aider un secteur de l'économie, ce doit donc être le secteur de la production, afin qu'il réponde à la demande, et non pas le secteur de la demande qui ne peut faire naître en temps utile une production. (...).

Il ne suffira pas de soutenir l'existant. Il faut surtout inciter à reconquérir les champs de bataille considérés comme perdus. Encore faut-il vraiment inciter. J'écris "inciter" et pas "diriger". (...).

Il ne s'agit pas de dirigisme. Il s'agit de remettre tout un pays dans le sens de la création. De lui rendre l'envie de faire et de créer, de le soutenir quand il le fait, de lui faciliter la vie quand ça marche.

Mais au moins faut-il que nous réfléchissions ensemble à quoi faire, aux chances qui s'ouvrent, aux contraintes qui s'affirment ! Dans quel secteur entreprendre, où sont les manques ? Conduire une réflexion collective sur ce qui pourrait advenir, sur le possible. Cela nécessite un débat public, où les experts auraient bien sûr voix au chapitre, mais où les citoyens avertis, les agents économiques surtout, les familiers de l'exportation, les hommes de PME pourraient apporter leur regard, en tout cas réfléchir sans timidité.

Or ce débat public n'existe pas. (...) C'est donc à un renversement de notre stratégie économique et particulièrement de notre stratégie industrielle que la situation appelle. (...).

Il faut travailler d'abord sur l'image de marque du pays tout entier. L'Allemagne a fait ce choix avant nous, mieux que nous. En ciblant la production de qualité. Ce que l'Allemagne produit est accompagné d'une telle réputation de sérieux, de solidité, que les consommateurs trouvent justifié de payer plus cher pour l'acquérir. (...).

Et nous, qui fabriquons avec sérieux des fusées, des avions, des turbines, des satellites, avec nos voisins allemands ou sans eux, pourquoi ne saurions-nous pas faire valoir nos atouts nationaux ? (...).

Les qualités françaises peuvent prétendre à la même compétence et au même sérieux. Elles peuvent y ajouter créativité, sens de la mode, invention. Ces qualités ne demandent qu'à se révéler, qu'à être mises en valeur. (...).

Quand s'affirmera le grand effort national du "produire en France", il faut que les Français consommateurs soient le soutien actif des Français producteurs. (...) Le label "produit en France" dira au consommateur qu'il est engagé dans le produit, qu'il achète un peu pour lui-même, pour son emploi, ou pour l'emploi des siens, pour sa Sécu et sa retraite. Il ne s'agit nullement de protectionnisme, il s'agit de transparence.

Redresser les finances publiques

Le déficit budgétaire ne cesse de s'approfondir. Il est devenu un gouffre. Le gouvernement, optimiste (les gouvernements sont optimistes par fonction), prétendait que cette année les choses iraient mieux. La crise grecque, dont je crois qu'elle n'est que le prélude à d'autres crises, a eu raison de cet optimisme. Ce sont quinze milliards de plus qui vont s'ajouter aux cent vingt ou cent trente milliards annoncés pour approcher les cent cinquante milliards de déficit pour cette seule année 2011. (...) Contrairement à ce qui est régulièrement annoncé, la situation de la France est plus alarmante que celle de nos voisins. Lorsqu'on examine le déficit primaire, le déficit calculé sans tenir compte de la charge de la dette, au fond la situation telle qu'elle serait dans le pays si l'emprunt n'existait pas ou cessait brusquement, on s'aperçoit que de tous les pays majors de la zone euro la France est dans la situation la plus compromise. Et de loin. Par exemple, l'Italie, malgré les faiblesses de son État et les fractures de sa société, si l'on examine le déficit primaire, l'Italie est à l'équilibre.

Nous, notre déficit primaire se situe à 5,5 % de notre production annuelle, le PIB. 25 ou 30 % de notre budget. Il n'est guère, parmi nos voisins, que l'Espagne qui fasse pire, mais la dette ibérique est de 30 % plus basse que la nôtre. Si nous ne pouvions brutalement plus emprunter, nous ne pourrions plus payer nos fonctionnaires. L'Italie, si. (...).

Le premier gisement de ressources, le plus facile à mobiliser, c'est l'impôt. Il s'agira de s'attaquer aux niches fiscales. L'expression est méprisante. La niche évoque le chien. On vérifiera très vite que le chien peut mordre. (...) Il faut avoir le courage de dire que rien ne sera indolore dans cette décision.

Pour arriver aux 40 milliards de recettes supplémentaires nécessaires, j'ai la conviction qu'une augmentation de deux points de la TVA s'imposera. (...).

Enfin une augmentation des tranches de l'impôt sur le revenu qui touchent les plus favorisés des Français, tranche supplémentaire de 45 % (au lieu de 41 % aujourd'hui), et tranche extraordinaire de 50 % pour les revenus très élevés, effort semblable pour les successions importantes, pourrait représenter quelque 5 milliards supplémentaires. (...).

Sur les budgets sociaux, c'est une quinzaine de milliards supplémentaires qui peuvent être économisés.

Le désert moral

Il est une autre responsabilité que les politiques devront assumer. Le désarroi moral du pays ne tient pas seulement aux difficultés de vie quotidienne qu'il rencontre. Il ne tient pas seulement au pessimisme qui l'envahit. Il tient aussi au désert moral dans lequel les temps l'ont fait vivre. Aux interrogations parallèles du moral et de la morale. 

Lepoint

François Bayrou décrète l’état d’urgence

Le président de la République annoncera, le 24 août, des mesures contre les déficits publics. A sa place, que feriez-vous ?

Je convoquerais le Congrès pour inscrire dès cet automne dans la Constitution de notre pays une règle interdisant les déficits de fonctionnement en période de croissance. Je mettrais ainsi toutes les forces politiques devant leurs responsabilités : qu’elles dépassent leurs affrontements et envoient au monde un signe de sérieux. Ensemble.

Le président de la République prône lui aussi la règle d’or !

Il y a des années qu’il aurait dû la faire adopter et la ­respecter.

La réponse politique à la crise boursière a-t-elle été à la hauteur ?

Les gouvernements se sont trouvés dans une très grande confusion. Les pays membres de la zone euro auraient dû se rassembler pour garantir ensemble les emprunts que chacun d’entre eux est obligé de contracter. Exactement comme on couvre par une assurance la famille qui emprunte pour construire une maison. Or, ce qui a été choisi n’est pas une ­assurance collective mais une défense pays par pays. Ça ne pouvait pas marcher.

La France risque-t-elle de perdre son triple A ?
La France est, dans la zone euro, un des pays dont le ­déficit et la dette sont les plus lourds. Quelques pays sont plus endettés que nous, mais ils ont moins de déficit. D’autres ont plus de déficit, mais moins de dettes. Nous avons les deux ­indicateurs au rouge. Et, comme notre commerce extérieur va très mal et que notre croissance est à zéro, alors oui, la ­situation est celle de l’état d’urgence.

A tel point que vous écrivez dans votre livre : “C’est une guerre que nous avons à livrer.” Se fait-on élire en promettant du sang, de la sueur et des larmes ?

Ce n’est pas du sang, ce ne sont pas des larmes. C’est le contraire. C’est vers la santé retrouvée que nous irons. C’est le seul chemin possible pour – enfin ! – sortir de cette crise poisseuse. Selon moi, nous avons devant nous deux questions de vie ou de mort. D’abord produire en France. Notre commerce extérieur décroche : nous achetons à l’étranger bien plus que nous ne vendons. C’est autour de 80 milliards d’euros, cette année, qui s’en vont ! Ce gouffre engloutit nos ressources et nos emplois. Le second drame, c’est l’éducation. Nous avions le meilleur système éducatif du monde ; nous sommes désormais au-delà du 29e rang des pays développés. Ces deux questions sont notre champ de bataille.

Votre état des lieux est très sombre. Pourtant, selon vous, cinq ­années suffiront à redresser la situation...

Oui. Je le dis avec certitude car un pays a fait exactement ce chemin : l’Allemagne. Il y a sept ans, la situation y était ­catastrophique : chômage, déficits. Voyez la santé de ce pays en 2011. L’organisme qui licencie aujourd’hui chez eux, c’est l’Agence pour l’emploi, parce qu’il n’y a plus de chômeurs ! Et cela avec la même monnaie et les mêmes salaires que les nôtres.

En Allemagne, ces efforts se sont accompagnés d’une modération salariale drastique. Or, pour vous, cela devra se faire “sans baisser les salaires”...

Modérer n’est pas réduire ! Les salaires allemands sont au-dessus des nôtres. Oui, nos salaires et nos retraites doivent être à tout prix préservés. Mais il faudra bien d’autres efforts.

Donc, une augmentation des impôts ?

Ceux qui prétendent qu’ils n’augmenteront pas les impôts ne disent pas la vérité. Il nous faut trouver 100 milliards par an, entre économies indispensables et recettes nouvelles, pour atteindre le point d’équilibre où la dette du pays n’augmente plus. Il faudra baisser nombre de dépenses. Mais aussi augmenter la TVA de deux points, créer une tranche d’impôt sur le revenu à 50 % pour les plus favorisés, rééquilibrer nos comptes sociaux... Le premier pas, c’est de dire la vérité.

Vous appelez à la constitution d’une “majorité de courage” ­alliant ceux qui, à droite et à gauche, sont prêts à mener cette “guerre”. Pourquoi ce qui n’a pas marché en 2007 marcherait-il en 2012 ?
En 2007, on pouvait encore se raconter des histoires. J’ai refusé de le faire, et j’ai dit la vérité à mon pays. D’autres ne l’ont pas voulu. Aujourd’hui, plus personne de bonne foi ne peut nier l’urgence nationale.


Le président “indépendant” que vous décrivez, est-ce vous ?

C’est difficile de parler de soi. Mais je sais une chose : ce que j’annonçais dès 2007 s’est précisément réalisé. Bouclier fiscal, affaire Tapie, crise des déficits et de la dette, crise de l’école. Pendant ces années, mes amis et moi avons farouchement préservé notre indépendance et une parole libre. C’était la condition même pour que naisse une majorité nouvelle.

Dans votre livre, vous n’êtes pas tendre avec le Parti socialiste...

Il aurait été plus facile de construire une majorité nouvelle si les socialistes avaient changé. J’en avais l’espoir. Nous avons fait les gestes nécessaires. Mais le PS d’appareil a choisi d’en rester à ses réflexes du passé. Son programme me semble si loin des nécessités du moment : annoncer la création de 300 000 emplois jeunes avec de l’argent public, le retour de la retraite à 60 ans, l’augmentation du Smic, des allocations pour tous les étudiants, l’augmentation de 30 à 50 % du budget de la culture, cela ne peut pas se faire et ne se fera pas. En Grèce, en Espagne ou au Portugal, ce sont des dirigeants socialistes qui ont dû prendre les mesures les plus dures et antisociales qui soient.

Faites-vous une différence entre Martine Aubry et François Hollande ?

Je les connais tous les deux et je les respecte. Mais ils sont frappés par la malédiction du PS français. Individuellement, ses dirigeants sont intéressants et raisonnables. Mais, dès qu’ils agissent en appareil, leur pensée est faussée et dangereuse.

A l’inverse, vous êtes plus mesuré dans ce ­livre vis-à-vis de Nicolas Sarkozy.
J’ai écrit sur lui le livre le plus franc, le plus dur de ces années, “Abus de pouvoir”. Chaque page en était fondée. Mais, s’il m’apparaît moins provocateur et moins caricatural ­aujourd’hui qu’au début de son mandat, avec le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, les privilèges pour les privilégiés, je le dis... ça ne m’empêche pas de juger ce que les fautes commises ont coûté à notre pays.

En revanche, pas un mot sur Jean-Louis Borloo...

On ne peut pas avoir été activement responsable de toutes les dérives, du bouclier fiscal jusqu’à l’affaire Tapie, et se présenter comme le remède à tous ces maux.

Vous êtes aussi moins sévère vis-à-vis de vos anciens proches du Nouveau Centre.

Les temps, vraiment, sont trop durs pour laisser place à la rancœur. La vie m’a appris qu’on doit être intransigeant sur les principes, mais qu’on peut être compréhensif et rassembleur en pensant aux personnes.

Paris Match

1 commentaires:

Lerohc a dit…

Bayrou et la mémoire sélective! (comme tous ses confrères d'ailleurs!!)
Je me souviens d'un temps, pas si vieux, ou l'Europe de ce monsieur nous assignait le rôle de centre de vacances et de tourisme européen. C'est pourquoi, M Raffarin que M Bayrou soutenait, nous a " bassiner" avec les emplois de services. Les français devaient devenir jardiniers, femmes de chambres, infirmier, "informaticien de loisir",GO club med,etc. Je n'ai pas le souvenir d'un François qui ai contesté cela????
Le problème de notre pays est, de ne pas avoir des hommes ou femmes politiques capables de reconnaitre leur erreurs et d'en tirer les conséquences.
Remarquez, s'ils le faisaient,et rendaient leur tablier pour incompétence, nous serions enfin dans la nécessité de changer les têtes.
Non, je ne crois pas que M Bayrou soit le sauveur, car pour cela il n'aurait du suivre le petit train idéologique.
Bonne continuation.